Réduire le temps de travail permettrait de préserver l’environnement

Réduire le temps consacré au travail pourrait être un levier majeur de la transition écologique et sociale. Depuis plus de dix ans, les économistes écolo anglo-saxons étudient le lien entre réduction du temps de travail et empreinte écologique.
19 novembre 2018 - Laurie Debove
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Comment réorganiser notre mode de vie pour préserver notre environnement et nous sauver nous-mêmes ? Certains chercheurs et économistes américains en sont convaincus : il est nécessaire de réduire le temps de travail pour adopter un mode de vie écologique et socialement juste.

Travailler plus pour polluer plus

Réduire le temps consacré au travail pourrait être un levier majeur de la transition écologique et sociale. Depuis plus de dix ans, les économistes anglo-saxons étudient le lien entre réduction du temps de travail et empreinte écologique. Dans un article publié sur Alternatives Economiques, l’économiste française Aurore Lalucq liste les différentes études réalisées à ce sujet et leurs principales conclusions.

La première d’entre elles date de… 2005 ! A travers l’étude de 18 Etats de l’OCDE, la sociologue américaine Juliet Schor (Boston College) avait ainsi mis en évidence que plus les individus travaillent, moins ils ont le temps de « faire » par eux-mêmes (cuisiner, jardiner, bricoler, etc.) et se retrouvent pris dans une spirale « travailler/consommer/se reposer » où le lien entre pollution et temps de travail est dicté par la nécessité de consommer des biens et services à forte empreinte écologique pour « aller plus vite ».

Crédit Photo : Bethany Legg

Cette conclusion a été vérifiée un an plus tard par les économistes David Rosnick et Mark Weisbrot (CEPR, Washington). En comparant l’Europe et les Etats-Unis, ils ont découvert que si les Européens avaient un temps de travail similaire à celui des Américains, ils consommeraient 30 % d’énergie en plus !

« En France, l’instauration des 35h est un échec dans l’inconscient collectif alors que c’est l’une des seules politiques de création d’emploi qui a très bien marché ces dernières décennies. Limiter le temps de travail permet non seulement de créer des emplois, mais aussi d’améliorer la qualité de vie et l’état de l’environnement : c’est un triple dividende positif. » Aurore Lalucq, co-directrice de l’Institut Veblen pour les réformes économiques

Changer d’indicateur de richesse

Réduire le temps de travail nécessite un changement d’évaluation sociétale important : ne plus utiliser le PIB comme indicateur de richesse. Créé dans les années 30 pendant la Grande Dépression, le PIB est venu répondre au besoin du gouvernement américain de savoir si sa politique allait relancer l’économie ou pas. Son inventeur, Simon Kuznets, avertit dès 1934 des défauts de cet indicateur en précisant que « la mesure du revenu national peut difficilement servir à évaluer le bien-être d’une nation » et que le PIB ne sait pas faire de différence entre une nuisance et une richesse. Le PIB va ainsi augmenter et créer de la croissance en cas de guerre ou de pollution massive.

En France, l’utilisation du PIB s’est d’ailleurs mise en place au sortir de la deuxième Guerre Mondiale, alors que le pays était en pleine reconstruction.

« Aujourd’hui, la problématique n’est pas celle de la reconstruction mais celle de la perte de la biodiversité, du dérèglement climatique et du partage des richesses. La question n’est pas de savoir si le PIB croît ou pas, mais de savoir si on est en train de détruire la biodiversité ou de la restaurer, de voir si les inégalités augmentent ou pas. Maintenant, il faut définir comment choisir ce nouvel indicateur et mettre tout le monde d’accord. On peut penser à l’empreinte écologique, un budget carbone, un budget social avec plafond environnemental, etc. La taxe carbone s’est mise en place en Suède après 10 ans de dialogue social, et elle est aujourd’hui la taxe européenne la plus efficace. La transition écologique est forcément sociale et doit passer par la démocratie. En France, il est urgent de définir les contours d’un nouveau contrat social. » Aurore Lalucq, co-directrice de l’Institut Veblen pour les réformes économiques

Ce changement de paradigme demande de pouvoir penser collectivement le système de manière cohérente, et mettre en place des politiques bien plus ambitieuses et socialement justes qu’une taxe carbone mal utilisée. La réduction du temps de travail et la limitation des effets rebonds ferait donc partie des politiques à mener sans qu’elle soit imposée comme un échec social ou qu’elle contribue à aggraver les inégalités.

19 novembre 2018 - Laurie Debove
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