Quand la chasse piège et tue les chats et des espèces protégées

L’ASPAS signale que les pièges à mâchoire non sélectifs sont responsables de beaucoup de blessures souvent très graves d’animaux domestiques, et beaucoup d’espèces protégées au passage. L’ASPAS dénonce depuis des années ces pièges non sélectifs et barbares, et demande l’interdiction définitive de leur utilisation. Parmi tous les pièges autorisés en France, certains sont conçus pour tuer les animaux. Théoriquement destinés aux espèces classées « nuisibles», ils éliminent avec la même radicalité des espèces protégées et des animaux domestiques.
24 juin 2020 - Sarah Roubato
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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On les aime. On craque tellement, ils sont mignons. Ils nous rassurent, jouent avec les enfants, réconfortent et nous font bien rire. Ils génèrent des millions de vues sur Youtube. Domestiqué depuis 10 000 ans, animal sacré en Égypte antique et diabolisé au Moyen-Âge, célébré par les poètes, ils sont aujourd’hui objet de l’intérêt de scientifiques et on parle de ronrothérapie et certaines écoles les intègrent aux classes pour détendre élèves et professeurs.

Mais tout ceci ne doit pas faire oublier que les chats restent des chasseurs. Et depuis des années, la recrudescence de chats errants pose de sérieux problèmes aux équilibres de nos écosystèmes. 

Au début de l’année la SPA de Poitiers tirait la sonnette d’alarme. Une surpopulation dans ses locaux, entraînant des coûts exorbitants pour les faire stériliser. Car c’est bien la stérilisation qui pose le plus de problème : elle n’est pas obligatoire. Si l’identification est obligatoire, seuls 46 % des Français semblent s’y conformer. Or beaucoup de chats perdus ou abandonnés ne sont pas stérilisés, et la commune trouvant ces chats, au lieu de les stériliser et de les relâcher, préfère les envoyer à la SPA. Une chatte peut avoir de deux à huit chatons par portée, et plusieurs portées par an. Théoriquement donc elle peut engendrer plus de 200 chatons dans sa vie. 

Crédit photo : Meaghan Cafferty

Les chats errants seraient plus de 11 millions en France selon un rapport de l’association One Voice (Chats errants en France : État des lieux, problématiques et solutions) publié en 2018, soit presque autant que les chats domestiques (13 millions). Selon le code rural, un chat est considéré comme errant, ou selon la loi «  en état de divagation », quand il est retrouvé à plus d’un kilomètre du domicile de son maître, à plus de 200 mètres de toute habitation, et qu’il n’est pas identifié. 

Les chats errants posent de nombreux problèmes de nuisances, de dispersion des poubelles, de transmissions de maladies. Mais ils sont surtout responsables d’une importante diminution de populations d’oiseaux comme les étourneaux sansonnets et les moineaux – 75 millions d’oiseaux meurent en France par le chat selon La Ligue de Protection des Oiseaux, qui observe aussi une chute de la fertilité de nombreuses espèces du fait du stress engendré par leur présence.

11 % des animaux reccueillis dans les centres de soin sont blessés par les chats. Les chats errants sont aussi une menace pour les chats forestiers, une espèce protégée native de France. Menace à double titre : en tant que concurrent, mais aussi par l’inverse : l’accouplement. L’hybridation est déjà avérée, mais si elle se généralisait, l’espèce serait en grand danger. 

Que faire face à ce phénomène ? Dans de nombreuses régions, notamment dans les zones rurales, des propriétaires prennent sur eux d’aller noyer les chats errants quand ils découvrent une portée. Ils ne le font pas par plaisir mais pour tenter de réguler la population face à un phénomène qui peut devenir très dangereux pour l’ensemble des écosystèmes. 

La situation est toute autre quand des chasseurs décident de piéger des chats, non pas pour équilibrer les écosystèmes, mais pour ne pas se faire prendre leur gibier. Un chasseur devient une menace pour un autre chasseur en somme. L’association pour la protection des animaux sauvages alertait en mai dernier contre cette pratique. C’est au nom du même principe que les chasseurs avaient obtenu le droit de tirer, piéger ou déterrer le renard. Le président de la Fédération nationale des chasseurs, Willy Schraen, déclarait lors d’un live Facebook que le piégeage des chats à plus de 300 mètres d’une habitation serait une bonne chose.

L’ASPAS signale que les pièges à mâchoire non sélectifs sont responsables de beaucoup de blessures souvent très graves d’animaux domestiques, et beaucoup d’espèces protégées au passage. L’ASPAS dénonce depuis des années ces pièges non sélectifs, et demande l’interdiction définitive de leur utilisation. Parmi tous les pièges autorisés en France, certains sont conçus pour tuer les animaux. Théoriquement destinés aux espèces classées « nuisibles», ils éliminent avec la même radicalité des espèces protégées et des animaux domestiques.

Comme le dit l’ASPAS : « Des pièges tuants à appâts (végétal ou carné) peuvent être installés partout en France. Par définition, les pièges utilisant des appâts ne sont pas sélectifs dès lors que l’espèce visée partage le même régime alimentaire que d’autres espèces. Les appâts carnés sont en effet susceptibles d’attirer tous les carnivores, protégés ou non, « nuisibles », et bien sûr domestiques. Indépendamment des appâts, les similitudes morphologiques impliquent également des prises accidentelles inévitables. Les bilans de captures par piégeage en témoignent. Ainsi, de nombreuses espèces non « nuisibles », voire protégées, y apparaissent : genettes, chats forestiers, blaireaux, hérissons ou encore castors d’Europe ; espèces dont les niveaux de conservation sont extrêmement faibles (notamment à cause de leur piégeage intensif, autrefois légal). »

La Ligue de Protection des Oiseaux a fait des études comparatives pour tenter de trouver une solution à ce problème très délicat, où il faut pouvoir conjuguer le bien-être d’une espèce et celle de toutes les autres, et d’une espèce qui vit étroitement avec l’humain. Voici leurs conseils pour éviter la prédation : 

  • Réfléchir à deux fois avant de devenir propriétaire : il faut pouvoir assumer psychologiquement financièrement et matériellement la présence d’un chat pendant 15 à 20 ans. Un chat n’est pas une peluche qu’on peut mettre de côté quand on se lasse ou quand on n’a plus le temps. 
  • La stérilisation : elle permet d’éviter les naissances qu’on ne pourra pas assumer, et donc les abandons et la surpopulation de chats errants
  • Accès libre à l’alimentation : laisser au chat un accès libre à une alimentation variée évite qu’il se sente tenté d’aller en chercher ailleurs 
  • Limiter ses déplacements : ne pas le laisser sortir au petit matin ou à la nuit tombée.

La surpopulation de chats étant directement liée à l’irresponsabilité de leurs propriétaires, sans doute des mesures coercitives seront un jour mises en place pour punir les propriétaires, et des battues pourraient être organisées. On pourra toujours s’offusquer, mais l’origine est bien à chercher dans nos habitudes de considérer un animal de compagnie comme un bien de consommation comme un autre, que l’on jette dès qu’on n’en n’a plus usage. 

« C’est ce côté captivité qui l’insupporte et qui la porte à regarder souvent la porte avec énervement quand elle est bien fermée. Oui quand la porte est bien fermée elle offrirait alors mon Dieu tout l’or qu’elle a dans ses beaux yeux pour sortir se promener. Mais quand la porte est grande ouverte elle est ouverte en pure perte et vous pouvez bien la fermer. » Sacha Guitry, Vers de Bohème. 

Image à la une : ASPAS

24 juin 2020 - Sarah Roubato
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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