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Pierre et Gonzague lancent Zfarm, la première pépinière arboricole en aquaponie de France

"Nous souhaitons remettre en route une formule peu connue, le sandponics. Nous utilisons pour cela du sable de rivière, disposé en alternance de buttes et de sillons."

« J’ai trouvé ça fantastique dès que je l’ai découvert ! » Pierre Harlaut est un enthousiaste qui décide de changer de vie après quelques années dans le web. Il adore les arbres et sait combien leur rôle est crucial pour l’avenir de la planète tant en milieu rural qu’en zone urbaine. « L’aquaponie, ça m’a paru intelligent, très écologique et pas nécessairement très coûteux. » Aujourd’hui, il démarre Zfarm avec son collègue Gonzague, une pépinière aquaponique arboricole, la première du genre en en France.

Pierre et Gonzague se lancent dans une expérimentation sur le seul terrain disponible à ce moment, le jardin de la maison d’enfance de Pierre. Il y a deux façons d’aborder l’aquaponie : via le high tech ou via le low tech. Pierre et son comparse ont opté pour la seconde version. Ils ont pour objectif de s’insérer dans le vivant le plus possible en ayant l’empreinte la plus légère. Un entretien d’Isabelle Vauconsant.

La Relève et La Peste : Peux-tu définir l’aquaponie ?

Pierre Harlaut : L’aquaponie est un bel exemple de collaboration vertueuse entre plantes et poissons. Ce sont les déjections des poissons présentes dans l’eau avec laquelle les plantes vont être arrosées qui les fertilisent. Les plantes filtrent l’eau en se nourrissant des déjections et nous renvoyons de l’eau propre aux poissons. Rien ne se perd, tout profite !

J’ai donc commencé par créer Aquaponie France et faire de la formation. Je poursuis cette activité tout en démarrant avec Gonzague Damiens, chef de culture, Zfarm.

Pour nourrir les poissons, nous nous approvisionnons auprès de Le Gouessant, une coopérative bretonne pionnière dans le domaine, qui travaille sur une formulation spéciale aquaponie avec des nutriments adéquats pour les poissons et les plantes.

LR&LP : On a l’habitude de voir de petites plantes en aquaculture et toi tu veux faire pousser des arbres?

PH : Oui, j’adore les arbres et Gonzague également. Nous démarrons les boutures en aquaponie pendant 6 à 12 mois selon les espèces, puis nous les rempotons en containers ou les plantons dans nos champs. Les arbres sont alors prêts à vivre leur vie et à être vendus aux professionnels comme aux particuliers.

Nous faisons pousser des espèces champêtres et des fruitiers, y compris des fruitiers un peu rares, acclimatés comme les plaqueminiers ou les asiminiers.

Je suis un fan absolu d’argousiers, des arbustes très ramifiés, au port très dense. Ils  produisent de belles baies rouge orangé dont on peut faire des confitures ou qu’on peut laisser aux oiseaux. J’en cultive 38 variétés différentes.

Nous avons également une activité de solidarité avec l’action Plantons des Haies dont l’objectif est de faciliter les opérations de reboisement en secteur agricole. Nous allons vendre des arbres champêtres en racines nues à 1 ou 2 €, c’est-à-dire très bas. Mais nous sommes convaincus de l’importance de reboiser les villes comme les campagnes, alors… on participe !

Argousiers – Crédit : Isabelle Vauconsant

LR&LP : Quelle est la dimension de ta ferme?

PH : Nous venons d’acquérir plusieurs parcelles. Sur un premier terrain de 5000m2, nous installons une grande serre, avec un bassin à poisson placé au-dessus. C’est là que l’essentiel du travail de la pépinière va se dérouler. Un peu plus loin, nous avons une parcelle de 11 ha que nous allons couper en deux pour en cultiver une partie en agroforesterie et l’autre partie en forêt comestible.

Gonzague et Pierre devant l’une des parcelles destinées à accueillir la forêt comestible – Crédit : Isabelle Vauconsant

LR&LP : Techniquement, de quoi a-t-on besoin  ?

PH : Nous installons le plus en aval possible un puisard de récupération d’eau de pluie. Il est équipé d’une pompe qui envoie l’eau vers le bassin des poissons. C’est un bassin à débordement dont l’eau passe par deux filtres. Ensuite se distinguent deux boucles. D’un côté, l’eau filtrée par les poissons retourne au puisard. De l’autre, l’eau sans matières en suspension, reminéralisée irrigue les bacs de culture. Nous bénéficions ainsi d’une phyto-épuration continue.

Pour tout cela nous avons choisi l’option low tech. Cela signifie que nous sommes les rois de la récup, de la transformation, du bricolage, de la solidarité et du système D. Nous avons tout construit. Nous avons échangé et récupéré un grand nombre de boutures. Notre volonté était de faire fonctionner un système simple, résilient, facile à réparer ou à modifier.

En Afrique, j’accompagne des projets et les Africains, compte tenu de leur peu de ressources, maîtrisent le sujet mieux que personne. Je vois aussi des fermes qui se montent avec un matériel et des systèmes de contrôle sophistiqués. Ça marche ! Mais nous avons choisi de passer du temps, d’observer beaucoup et de dépenser peu.

Nous faisons ainsi la démonstration qu’on peut s’installer à moindre coût, avec une once d’astuce et d’imagination et beaucoup d’huile de coude !

Le premier système expérimental – Crédit : Isabelle Vauconsant

LR&LP : Quel est le substrat utilisé pour cette culture ?

PH : Il y a trois possibilités. Les tables à marée peuvent être remplies de billes d’argile expansé, c’est le cas le plus fréquent. On peut installer des radeaux flottants en polyéthylène alimentaire, percés de trous dans lesquels on vient insérer les plants. Les racines se développent en dessous et sont oxygénées pour aider au développement d’une bonne vie bactérienne.

Enfin, notre choix à nous est de remettre en route une formule peu connue, le sandponics. Nous utilisons pour cela du sable de rivière, disposé en alternance de buttes et de sillons.

La méthode Sandponics – Crédit : Isabelle Vauconsant

LR&LP : Pourquoi choisir du sable ou des billes d’argiles ?

PH : Une des grandes qualités de l’aquaponie, c’est que nos boutures ont un taux de développement rapide et particulièrement important. Et, très important, les substrats sont si légers que nous sortons les plants au moment de les rempoter ou de les planter en pleine terre, sans jamais blesser les racines. La reprise est donc assurée.

Par ailleurs, techniquement, ce qui permet à l’aquaponie d’être efficace, c’est l’équilibre entre l’eau avec les nutriments qu’elle transporte et la circulation de l’air.

Les nitrobactéries assurent la transformation des déjections en nitrates, facilement absorbables par les plantes. Il s’agit d’un procédé biologique anoxique qui consiste à réduire les nitrates en azote gazeux via formation de composés intermédiaires le nitrite, l’oxyde nitrique et l’oxyde nitreux.

Ce cycle permet de limiter les intrants. L’eau des poissons fertilise nos plantes et comme les poissons sont nourris avec des pellets bio, la boucle est bouclée.

Le meilleur sable que nous ayons trouvé vient de l’importation. Mais il reste un choix écologiquement cohérent avec notre volonté de réduire au maximum notre consommation de ressources naturelles comme industrielles car nous ne le changeons jamais !

Cette méthode sandponics est celle qui utilise le moins de matière plastique. Le seul que nous employons est le plastique alimentaire qui tapisse le fond des bacs afin de ne laisser échapper aucun résidus potentiellement dangereux dans l’eau, le meilleur plastique est celui qu’on n’utilise pas.

Puisard au pied de la future serre – Crédit : Isabelle Vauconsant

LR&LP : Pourquoi du plastique alimentaire ?

En aquaponie, on ne change jamais l’eau. C’est inutile puisque nous la purifions à chaque passage. Elle arrose les substrats par marée avant de retourner aux poissons. En revanche, le matériel qui la transporte pendant plusieurs années, doit être résistant et ne pas se dégrader.

Seule l’évapotranspiration nous contraint à refaire les niveaux. Les études font apparaître 5 à 10% de perte d’eau toutes les trois semaines en fonction du climat et du type de végétaux. C’est grâce à ce système que nous pouvons revendiquer un modèle particulièrement sobre.

Pommier de la pépinière – Crédit : Isabelle Vauconsant

Un système économe très ancien

L’aquaponie, contrairement à ce qu’on pourrait penser, est un système très économe en eau. Ainsi, selon la FAO (Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture):

“une installation aquaponique utilise moins de 10% de l’eau normalement nécessaire pour la pisciculture et la production végétale.”

L’aquaponie est également une tradition très ancienne. Les Aztèques, il y a deux millénaires, cultivaient déjà des îles agricoles, appelées “Chinampas”.

L’Asie a découvert ces fructueux échanges entre plantes et poissons dans certaines rizières. Certains écrits du VIème siècle font état en Chine, de radeaux flottants sur lesquels poussaient des végétaux.

Les scientifiques modernes s’emparent de l’idée dans la décennie 70/80 aux États-Unis et en 1979, l’Université des Îles Vierges et le Dr James Rakocy voient naître un système aquaponique à grande échelle. Le monde anglo-saxon a développé cette forme de culture, la Chine également.

Et de nos jours en France, l’aquaponie fait des émules ! Avec Aquaponie France, Pierre a accompagné une trentaine de projets comme le Potager des Poissons à Angoulême, et de nombreux autres projets sont en cours de création. 20 à 30 fermes supplémentaires devraient voir le jour d’ici 2023 sur le territoire français. Le programme scientifique APIVA (AquaPonie, Innovation Végétale et Aquaculture) a créé une carte recensant les différentes initiatives déjà existantes.

L’aquaponie n’étant répertoriée ni en pisciculture, ni en maraîchage, ni en pépinière, Pierre Harlaut a déposé des dossiers afin d’obtenir des aides nationale et européenne. “Lorsqu’on ne coche pas la bonne case, on essuie des refus”. Voilà pourquoi Pierre a lancé un crowdfunding qui se termine le 3 novembre 2021. Si vous souhaitez apporter votre soutien : c’est ici.

Crédit photo couv : Gonzague à gauche et Pierre à droite, par Isabelle Vauconsant

Isabelle Vauconsant

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