Montée en puissance des actes de sabotage contre les antennes 5G

À l’égal des compteurs Linky, qui nourrissent aussi la méfiance, les antennes 5G sont un énième exemple de la manière dont l’Union européenne, les gouvernements et les géants de la télécommunication imposent des projets considérables sans consulter le moins du monde les élus locaux et la population.
12 mai 2020 - Augustin Langlade
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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Depuis que l’épidémie de coronavirus a fait son entrée fracassante sur le territoire européen, les attaques et les incendies visant des antennes relais utilisées pour les télécommunications ont proliféré. Pris isolément, ce ne sont que des faits divers. Mais lorsqu’on les met bout à bout, à l’échelle de la France ou de l’Europe, on voit bien qu’il s’agit d’un mouvement répondant à de solides et communes motivations. Qu’est-ce qui peut expliquer que les populations de plusieurs pays s’en prennent tout à coup à des pylônes ?

Hausse des actes de sabotage contre les antennes relais

Le 10 avril dernier, les flammes dégradent trois pylônes de téléphonie mobile implantés au-dessus de Salins-les-Bains, au sommet du Mont-Poupet (Jura). Le procureur en charge du dossier parle « d’une volonté affirmée de détruire ». Les équipements à usage commercial sont irrécupérables, mais ceux que les forces de l’ordre utilisent n’ont pas été endommagés.

Dans la nuit du 14 au 15 avril, à Foncine-le-Haut, toujours dans le Jura, une autre antenne est complètement saccagée par un incendie, sans qu’on sache si cet incident est en corrélation avec le précédent. Le 26 avril, dans les Côtes d’Armor, une antenne de l’opérateur Orange est incendiée en bordure de la départementale 700.

Le parquet saisit la section de recherche de Rennes, une enquête est ouverte, aucune piste unique n’est privilégiée. Le 1er mai, quelqu’un propage un feu de nuit dans un relais téléphonique de la ville de Saint-Marcellin, dans l’Isère. C’est le troisième relais à partir en fumée en un mois, dans ce département de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Ainsi que tous les autres, l’incendie n’est revendiqué par personne.

Comme le révèle une note des services du renseignement territorial consultée par Franceinfo, les actes de sabotage à l’encontre des antennes téléphoniques se sont multipliés sur l’ensemble du territoire ces derniers mois. Vingt-sept dégradations ou incendies auraient été recensés depuis la fin du mois de mars, visant en grande majorité des antennes relais appartenant aux géants français de la télécommunication, et parfois des biens de l’État ou des collectivités.

Dans le Val-de-Marne, neuf sites ont été sabotés ces dernières semaines : incendies, déboulonnages de pylônes, sectionnements de câbles souterrains à la disqueuse, il s’agirait du plus important sabotage de ces vingt dernières années. Si la volonté de détruire le réseau est avérée, on ignore cependant l’identité des auteurs ainsi que leurs motivations.

Dans une autre note en date du 23 avril, dont le contenu a cette fois-ci été publié par le Parisien, le renseignement territorial croit avoir découvert les responsables : l’ultragauche.

« Les éléments les plus radicaux des mouvances contestataires radicales […] poursuivent leur logique d’intensification des actions de dégradations, en ciblant prioritairement les services de l’État, l’énergie et les télécommunications, ainsi que les symboles de la finance. »

Il est vrai que sur certains blogs et réseaux sociaux, les appels au sabotage ont été massivement relayés, notamment à travers un manifeste appelant « à renouer avec l’action directe », que l’on peut encore retrouver sur d’autres pages qui l’ont partagé. En quelques mots, après avoir évoqué un contexte répressif inédit et une impossibilité de se faire entendre par des moyens traditionnels comme les manifestations, le texte engage tous ceux qui le veulent à créer un mouvement de « résistance concrète, et pas seulement symbolique », pour « reprendre l’avantage dans la guerre sociale actuelle », à travers des actions de sabotage et de dégradation, plus susceptibles de peser « dans la décisions du gouvernement », comme l’a montré l’exemple de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes il y a deux ans.

Il faut noter qu’aucun appel ou manifeste de ce type ne préconise de violence envers les individus ; seuls les biens matériels sont visés.

Malgré les nuisances qu’entraînent de tels actes de sabotage (des milliers d’utilisateurs sont privés de réseau), il peut être intéressant de comprendre les motivations des personnes qui entreprennent de s’attaquer aux structures de communication et qui n’appartiennent pas toutes à une mouvance politique précisément identifiée, comme le sous-entendent les notes des services de renseignement.

Antenne Vodafone 5G à Hattstedt en Allemagne – Crédit : Fabian Horst

Un mouvement d’envergure mondiale

Au Royaume-Uni, depuis l’arrivée de l’épidémie, des dégradations et des incendies ont été commis contre des antennes relais, un peu partout, aussi bien à Birmingham, Liverpool, et Melling dans le nord de l’Angleterre qu’à Belfast en Irlande du Nord. Dans d’autres pays européens, de nombreux pylônes ont également succombé à des attaques ciblées, comme aux Pays-Bas (14 actions recensées), en Belgique ou en Italie, selon des modes opératoires similaires : la plupart du temps les flammes, moins souvent le sectionnement de la structure ou des câbles.

Selon le journal Le Monde, ce mouvement d’envergure européenne, voire mondiale, serait le résultat d’une théorie du complot très populaire, expliquant que les ondes 5G auraient accéléré le déploiement de l’épidémie de coronavirus, en favorisant la transmission de la maladie ou en affaiblissant les défenses de l’organisme.

Des personnalités publiques, des groupes, des pages Facebook et des particuliers ont appelé durant les mois de mars et d’avril à déclencher une vague de sabotage contre les nouvelles antennes relais émettant des ondes de cinquième génération. Il y aurait donc un lien entre toutes les actions de sabotage constatées dans plusieurs pays européens : la peur irrationnelle, la montée en puissance des théories complotistes…

Mais le problème ne semble pas aussi simple, si on veut bien le poser autrement. D’où vient la défiance que la population entretient envers la 5G, cette nouvelle technologie permettant d’augmenter les débits des télécommunications apparue il y a seulement quelques années ?

À l’égal des compteurs Linky, qui nourrissent aussi la méfiance, les antennes 5G sont un énième exemple de la manière dont l’Union européenne, les gouvernements et les géants de la télécommunication imposent des projets considérables sans consulter le moins du monde les élus locaux et la population.

Bloc 5G en Allemagne – Crédit : Fabian Horst

En France, fin décembre 2019, le gouvernement a donné son feu vert au déploiement national des nouvelles antennes relais, alors qu’aucune évaluation sérieuse n’a été effectuée de leurs conséquences environnementales ou de leurs effets délétères pour la santé. Risques sanitaires, brouillage des données météorologiques, consommation inédite de matériaux (jusqu’à trois fois plus que la 4G, qui n’a pas encore fini d’être installée en France), perturbation du système nerveux des insectes et des animaux, failles dans la cybersécurité : de nombreux scientifiques supposent que les répercussions de la 5G sur la société et la vie dans son ensemble pourraient être désastreuses. Mais le territoire national doit être couvert d’ici 2030, c’est un ordre.

Nous avons ainsi un projet à l’utilité douteuse (hormis le divertissement), dont les effets biologiques et sanitaires sont impossibles à évaluer, qui par ailleurs augmentera d’environ 2 % notre consommation nationale d’électricité, qui précipitera l’affluence de milliards de serveurs, antennes et terminaux sur le marché (tous les téléphones devenant obsolètes), qui fera croître les coûts des opérateurs de 60 à 300 %, qui bouleversera les méthodes de protection numérique actuelles et qui engloutira des métaux rares dans une mesure jamais égalée dans l’histoire, alors que nous nous apprêtons à traverser la pire crise qu’ait connue l’humanité et qu’il faudrait faire tout notre possible pour économiser les ressources, tout en protégeant notre santé.

Voilà ce que représente la 5G : l’absurdité de notre système, matérialisée dans des antennes discrètes aux conséquences invisibles et dangereuses.

Le gouvernement clame que sa priorité actuelle est de protéger la population, d’endiguer une épidémie qui a été provoquée par l’activité de l’être humain, l’extinction des espèces barrières et la destruction des milieux naturels accélérant la transmission à l’homme de maladies infectieuses animales.

Et pourtant, ce même gouvernement ne s’est pas contenté d’autoriser l’année dernière, mais a exigé que les opérateurs mettent en place un maillage territorial serré de cette cinquième génération de réseau téléphonique. Les décisions contradictoires du sommet de l’État ne serait-elle pas la cause moins directe certes, mais plus profonde de ces actes de sabotage qui prolifèrent aujourd’hui en France, et plus globalement en Europe ? Ne favorise-t-elle pas la peur ?

Face à la multiplication des attaques contre les antennes, une trentaine de députés Les Républicains ont réclamé, le lundi 11 mai, la création d’une commission d’enquête sur les effets sanitaires de la 5G, afin de mieux comprendre les impacts de cette technologie à moyen et long terme. Il serait temps, car les opérateurs se sont déjà rués sur les appels d’offres.

crédit photo couverture : YORICK JANSENS / Belga / AFP

12 mai 2020 - Augustin Langlade
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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