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Mobilisation paysanne en Inde : la jeune activiste climat Disha Ravi a été arrêtée

Plutôt que d’aller dans le sens de la souveraineté alimentaire du pays, les lois de dérégulation du marché instaurées à l’automne 2020 par le gouvernement de Narendra Modi risquent de sonner le glas des paysans indiens en supprimant le « prix plancher » qui fixait un prix minimal sur notamment les céréales, la dernière assurance d’un revenu minimum garanti qu’ils avaient.
17 février 2021 - Laurie Debove
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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En Inde, la militante pour le climat Disha Ravi, âgée de 22 ans, a été arrêtée à son domicile dimanche 14 février pour avoir exprimé son soutien aux agriculteurs paysans sur les réseaux sociaux en invitant les internautes à organiser des manifestations pacifiques. En lutte depuis le mois de novembre, les paysans indiens protestent dans la rue par dizaines de milliers contre les lois de libéralisation du marché agricole en bloquant les accès à la capitale New Delhi. L’arrestation de Disha Ravi montre une escalade dans la répression de ce mouvement par le gouvernement de Narendra Modi, le Premier Ministre Indien controversé pour ses pratiques liberticides aux dépens des minorités.

La pression de la scène internationale

Disha Ravi est la co-fondatrice de la branche indienne de « Fridays For future », le mouvement écologiste lancé par Greta Thunberg. Elle publie donc régulièrement des messages invitant les citoyen.ne.s à se mobiliser.

Face aux révoltes paysannes en Inde, Disha Ravi a ainsi relayé l’appel à soutien de Greta Thunberg, en complétant et partageant un document expliquant la démarche à suivre pour soutenir les paysans via des Tweets, des lettres aux députés, et des manifestations pacifiques.

Le gouvernement de Narendra Modi a alors envoyé cinq policiers au domicile de la militante pour l’arrêter et la placer en garde-à-vue pendant cinq jours avant de comparaître devant un juge. Les autorités indiennes l’accusent de sédition et de complot avec des séparatistes du Pendjab, une des régions d’origine des paysans.

«Le gouvernement veut nous faire croire que quiconque qui n’est pas d’accord avec ses opinions fait partie d’une sinistre conspiration internationale», a déclaré Satish Deshpande, professeur de sociologie en Inde, à TheTime. « Le but est de terroriser les dissidents pour les forcer au silence. »

La police de New Delhi estime que le document partagé par Disha Ravi est à l’origine des manifestations plus violentes qui ont eu lieu dimanche 26 janvier. Surtout, la police indienne considère que l’alliance entre les militantes écologistes de différents pays est un « complot international » qui aurait pour but d’entraîner une « guerre économique, sociale et culturelle contre l’Inde ».

Une mobilisation populaire dont la colère provient de loi

Pourtant, la colère des paysans indiens gronde de longue date. Dans le pays, l’implantation forcée de la « Révolution Verte » dans les années 60 a favorisé l’agriculture industrielle basée sur l’utilisation massive d’intrants chimiques et de semences non reproductibles et a plongé les agriculteurs indiens dans une spirale infernale d’endettement.

Résultat, alors que le milieu agricole pèse plus de 15 % du PIB indien et permet de faire vivre 58 % de la population, soit environ 800 millions de personnes, le nombre de paysans qui se suicident par désespoir augmente chaque année.

En 30 ans, 300 000 agriculteurs indiens ont mis fin à leurs jours.

C’est ce système de domination et de privatisation du vivant que la biologiste Vandana Shiva et son organisation Navdanya dénoncent depuis des années. En 1984, déjà, les paysans du Punjab ont protesté contre la fin de leur autonomie par les décisions du gouvernement indien.

« En enfermant les communs, la liberté des peuples, de leurs cultures et démocraties est détruite. Il s’agit de la fin des économies réelles où les producteurs indépendants échangent et vendent des marchandises à des prix justes et justes. Dans le même ordre d’idées, les ajustements structurels de la Banque mondiale imposés en 1991 ont démantelé le système de sécurité alimentaire de l’Inde. En supprimant les lois régissant les marchés, les prix et la détention de stocks, elle a détruit les moyens de subsistance des agriculteurs, le droit des gens à l’alimentation et à l’alimentation en tant que bien public, afin de créer un «marché libre» des produits des entreprises. » explique le Dr Vandana Shiva

Plutôt que d’aller dans le sens de la souveraineté alimentaire du pays, les lois de dérégulation du marché instaurées à l’automne 2020 par le gouvernement de Narendra Modi risquent de sonner le glas des paysans indiens en supprimant le « prix plancher » qui fixait un prix minimal sur notamment les céréales, la dernière assurance d’un revenu minimum garanti qu’ils avaient.

Malgré la répression, le mouvement de révolte des paysans ne s’essouffle pas, bien au contraire. Ouvriers, étudiants, citoyens, femmes, jeunes, hommes et vieux de tous bords rejoignent le mouvement dans un flot continu qui font parler de « raz-de-marée » aux observateurs sur place.

Dans un merveilleux exemple de démocratie participative, les paysans ont mis en place des Mahapanchayats, d’immenses Assemblées Générales populaires afin de structurer la lutte pour bannir les divisions de religion, de caste, ou de sexe encore très présentes dans le pays. Une douzaine d’entre elles devraient se tenir dans les prochains jours.

« Si les petits paysans disparaissent, alors la civilisation indienne disparaîtra aussi. Nous nous battons et continuerons à nous battre jusqu’au bout pour la Terre et l’âme de l’Inde. » conclut Vandana Shiva

crédit photo couv : Anindya Chattopadhyay / The Times Of India / The Times of India via AFP

17 février 2021 - Laurie Debove
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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