Méditerranée : deux millions de microparticules plastique par mètre carré de fond marin

Les niveaux de concentration de plastique dans la mer Tyrrhénienne sont les plus hauts jamais enregistrés dans des fonds marins.
7 mai 2020 - Augustin Langlade
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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Une nouvelle étude prouve que les courants continus des fonds marins emportent et concentrent les microparticules de plastique dans des zones essentielles aux écosystèmes des mers et des océans. Des taux inédits de microplastique ont même été retrouvés dans l’une d’entre elles, en Méditerranée. Un argument de plus pour cesser totalement la production de cette matière toxique aux conséquences catastrophiques.

Deux millions de microparticules de plastique par mètre carré

Presque deux millions de microparticules de plastique par mètre carré : tel est le niveau de pollution qu’ont récemment enregistré des chercheurs européens, qui analysaient les eaux de la mer Méditerranée. Pilotée pas l’Université de Manchester (Royaume-Uni), mais rassemblant également des équipes françaises et allemandes, cette mission de recherche avait pour but d’étudier l’influence des courants marins sur la circulation des particules de plastique qui polluent massivement les mers et les océans. Les résultats sont accablants.

C’est une donnée bien connue : chaque année, entre 4 et 12 millions de tonnes de déchets et de résidus plastique terminent leur course dans la mer.

Par la suite, tout ce plastique est charrié par les eaux, fragmenté en des milliards de débris et disséminé par les courants, sans que l’on sache vraiment ce qu’ils deviennent. Car les déchets que l’on voit flotter à la surface des eaux et que certaines photos spectaculaires ont pu révéler au grand public ne représentent qu’un petit pour cent du plastique qui circule réellement dans les océans. L’écrasante majorité de celui-ci, décomposée, échoue dans les profondeurs des océans. Mais où ? Et de quelle manière ?

Si l’on suit l’étude qu’ils ont publiée le 30 avril dans la revue Science, les chercheurs européens ont découvert que la plupart des microparticules de plastique (les 99 %) sont emportées par des courants spécifiques qui circulent dans les profondeurs marines, à la différence des résidus flottants qui sont entraînés par les courants de surface et finissent dans les tourbillons marins, célèbres pour être devenus des « plaques à ordures ».

Auparavant, on pensait que ces « gyres » — tourbillons provoqués par la rencontre des courants — fragmentaient le plastique et l’expédiaient verticalement au fond des océans. Mais l’étude en question suggère que les courants des eaux profondes, ceux-là mêmes qui sont à l’origine de la circulation des sédiments, transportent en haute mer des sommes astronomiques de microparticules et les concentrent dans des endroits clés, que les chercheurs nomment « hotspots » et qu’on pourrait traduire par « points de rencontre » ou « zones d’accumulation ».

Pour vérifier ses hypothèses, l’équipe s’est ainsi rendue en mer Tyrrhénienne, celle qui se situe sur la côte ouest de l’Italie, entre la Corse, la Sardaigne et la Sicile. Le choix se justifiait par diverses considérations scientifiques, notamment parce que la circulation et la vitesse des courants y ont un fonctionnement comparable à de nombreux autres milieux marins du monde et que la géographie de cette mer est particulièrement bien connue.

Les prélèvements ont été effectués au fond de la mer, dans des endroits clés où les courants déposent les sédiments, et la conclusion est sans appel :

les niveaux de concentration de plastique dans la mer Tyrrhénienne sont les plus hauts jamais enregistrés dans des fonds marins.

Crédit : Université de Manchester

Les hot spots : zones d’accumulation maximale

Certains prélèvements renfermaient presque deux millions de microparticules au mètre carré, plus du double des niveaux mesurés dans les canyons sous-marins, que l’on considérait comme des zones d’accumulation maximale. Dérivant avec les sédiments mais plus légères que ceux-ci, les microparticules se retrouvent par ailleurs dans des lieux essentiels à la biodiversité.

Puisqu’ils transportent de l’oxygène et des nutriments en grande quantité, les courants continus du fond marin conditionnent également les endroits où les organismes vivants pourront se développer facilement. Les microparticules de plastique échouent donc dans les zones les plus riches de l’écosystème marin et viennent les polluer dans une envergure que nous sommes bien incapables de déterminer.

Dans la mer Méditerranée, ce sont 600 000 tonnes de plastique qui sont rejetées chaque année, et ce chiffre reste encore une estimation.

La France est le premier producteur de ce matériau délétère, parmi les vingt-deux pays de cette région du monde. La contribution de notre nation à la pollution plastique proviendrait en premier lieu des activités côtières (transport, pêche), du tourisme et des fleuves. Selon l’organisation WWF, la Méditerranée serait quatre fois plus polluée que le septième continent de plastique, alors qu’elle contient moins d’un pour cent de l’eau de la planète.

« Une décharge à ciel ouvert », comme le dit Ludovic Frère Escoffier, un responsable de WWF France.

Les échantillons prélevés par les scientifiques en mer Tyrrhénienne étaient composés de 70 à 100 % de fibres et de 0 à 30 % de fragments, ce qui veut dire que la principale source de pollution aux microparticules se trouve dans les vêtements et les textiles que nous lavons et dont les fibres plastique ne sont pas filtrées par les usines de traitement des eaux usées.

Acheminées par les rivières et les fleuves, ces particules tombent dans l’océan, qui les dépose à son tour dans des zones de concentration où elles font obstacle à toutes les formes de vie marine.

En 2016, la France a produit 4,5 millions de tonnes de déchets plastique, soit 66,6 kg par habitants.

La seule manière d’arrêter ce désastre : couper la production et favoriser le réemploi du plastique existant. Pourtant, avec la pandémie actuelle, c’est exactement l’inverse qui se produit. Alors que ce dérivé du pétrole est l’un des pires fléaux du monde moderne, le plastique à usage unique a fait depuis plusieurs mois un retour en force dans notre consommation, en particulier dans les secteurs de la santé et de l’alimentation.

Par une sorte de jeu de l’esprit absurde, les responsables et les clients des grandes surfaces s’imaginent que la multiplication des emballages alimentaires, en hausse de 20 % actuellement, sont une protection efficace contre la contamination. Cependant, une étude publiée début avril par la revue The Lancet a montré que le coronavirus résistait bien plus longtemps sur les surfaces lisses. Parmi elles, le plastique représente le matériau le plus dangereux, puisque le virus y resterait contagieux pendant quatre à sept jours.

Son usage serait donc à bannir immédiatement, pour des raisons de santé publique. L’utilisation croissante, en cette période difficile, du plastique à usage unique et des équipements de protection comme les masques chirurgicaux et les gants aura très certainement des conséquences catastrophiques sur l’environnement, que nous ne parviendrons à comprendre que quand le mal sera fait

7 mai 2020 - Augustin Langlade
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