Fait inédit depuis les années 90 : le préfet coordonnateur du Plan National d'Actions a annoncé une expérimentation de lâchers de Lynx pour 2027, suivant ainsi les recommandations de l’Office Français de la Biodiversité (OFB) et du Muséum National d’Histoire Naturelle. L'objectif : assurer la viabilité des lynx boréal en France, qui seraient seulement 150.
Mardi 24 mars, le comité de pilotage (COPIL) du Plan national d’actions (PNA) dédié au lynx boréal s’est réuni à Dijon. Cette rencontre avait pour objectif de dresser le bilan du premier PNA, qui constituait la feuille de route pour la conservation de l’espèce sur la période 2022-2026. La réunion devait aussi définir les actions à venir dans le cadre d’un nouveau PNA afin de renforcer la protection de l’espèce, classée « en danger » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). C’est lors de cette réunion que le préfet a créé la surprise en annonçant les lâchers.
« Les associations se félicitent de cette initiative salutaire et strictement nécessaire pour extraire ce grand félin de la situation critique dans laquelle il se trouve, sur le plan numérique et génétique », déclarent France Nature Environnement, la Société Française pour l’Étude et la Protection des Mammifères, les Réserves Naturelles de France, l’Observatoire des carnivores alpins, et Rewilding France.
Le lieu de ces réintroductions reste encore à déterminer, tout comme le nombre de Lynx lâchés et leur provenance.
« Le terme important, c’est « expérimentation », explique Mickaël Paul, co-président du Pôle Grands Prédateurs pour La Relève et La Peste. « On est vraiment sur une phase de tests éventuels. Il faut déjà trouver des territoires volontaires, ce n’est déjà pas rien ».
En effet, de nombreux acteurs locaux, notamment parmi les éleveurs et les chasseurs, s’opposent à la présence des lynx. L’acceptabilité sociale de leur présence est donc essentielle à la réussite de ces lâchers.
« Ceux réalisés dans les Vosges dans les années 80, ont été catastrophiques », rappelle Mickaël Paul, « la plupart des lynx lâchés avaient été braconnés. »
« Les associations sont bien conscientes que le Lynx peut très occasionnellement causer des dégâts sur les troupeaux », expliquent les associations. « Mais elles rappellent qu’il est aussi un atout pour les écosystèmes, la régénération de nos forêts, et qu’il contribue également au développement d’un tourisme de nature, support d’emplois dans les territoires. »
Autre enjeu : la prise en compte du risque de collisions routières. Elles coûtent la vie à plusieurs dizaines de lynx chaque année, sur les quelque 150 individus en âge de se reproduire estimés sur le territoire français.
Les routes tuent les lynx mais bloquent aussi leur passage d’une zone à l’autre, empêchant le brassage génétique essentiel à la survie des populations. La création de corridors écologiques entre les zones de présence de lynx est donc primordiale.
Pour l’heure, les associations « saluent ce passage à l’action du gouvernement qui redonne de l’espoir quant à la conservation du Lynx et à la coexistence entre Humain et vivant sauvage . » Elles appellent à « une démarche reposant sur une consultation qualitative, appuyée sur des éléments scientifiques et sur l’appropriation locale des objectifs pour déterminer un territoire apte à accueillir ces renforcements de la population. »
C’est en impliquant tous les acteurs du territoire, que le lynx pourra persister sur le territoire français.
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