Alors que le monde suffoque sous des canicules historiques et que la crise climatique décime les récoltes, les supermajors du pétrole et du gaz affichent des profits indécents. Portés par la flambée des cours liée au conflit entre les États-Unis, Israël et l'Iran, les huit plus grands groupes pétroliers ont amassé 80 milliards d'euros en seulement trois mois, au printemps 2026.
Chaque minute, ces multinationales empochent plus de 630 000 euros de bénéfices nets, et doublent ainsi leurs profits par rapport à l’année précédente. D’un côté, certains s’enrichissent tout en détruisant la planète. De l’autre, des millions de foyers subissent l’explosion des factures et les ravages du chaos climatique.
Big Oil : une machine à détruire le climat
Des géants comme Saudi Aramco, TotalEnergies, ExxonMobil ou BP forent les sols et extraient sans relâche du pétrole, du gaz et du charbon. En brûlant ces hydrocarbures, ils libèrent des milliards de tonnes de dioxyde de carbone et de méthane.
L’urgence climatique devrait imposer une décroissance de la production, mais c’est tout l’inverse : le profit avant tout. La transition des énergies fossiles aux renouvelables est bien loin des préoccupations de ces magnats de l’énergie, tant les budgets alloués aux énergies vertes sont dérisoires.
Les six plus grandes entreprises prévoient d’accélérer, en augmentant leur production d’hydrocarbures de 14 % d’ici 2030, injectant chaque jour 2,5 millions de barils supplémentaires dans un système au bord de l’asphyxie.
Superprofits sur fond de chaos géopolitique
Les tensions géopolitiques ont fait exploser les prix du baril au-delà de 113 euros, transformant chaque baril en mine d’or. Au premier rang de ces profiteurs de crise, le géant saoudien Saudi Aramco a vu son bénéfice trimestriel bondir de 34 % pour dépasser les 29 milliards d’euros. Aux États-Unis, Chevron (10,9 milliards d’euros) et ExxonMobil (13 milliards d’euros) ont provoqué la colère de Donald Trump, qui les a accusés de « gagner trop d’argent » grâce à sa guerre contre l’Iran, menaçant de les taxer.
En Europe, Shell a engrangé 8,8 milliards d’euros (son deuxième meilleur trimestre historique) et Equinor 2,8 milliards. En France, TotalEnergies affiche une hausse de 102 % de ses bénéfices au deuxième trimestre 2026.
Selon Oxfam, ses profits atteindront 21,5 milliards d’euros sur l’ensemble de l’année (+77 % par rapport à 2025). Au total, les six majors s’apprêtent à engranger pas moins de 131 milliards d’euros sur l’année 2026.
La facture mortifère des énergies fossiles
Cette fuite en avant a un coût humain et écologique terrifiant. En 2025 seulement, ces entreprises ont généré 53 milliards d’euros de dommages environnementaux.
L’été 2026 est marqué par une Europe subissant sa pire canicule historique — jugée impossible sans l’influence humaine —, responsable d’environ 20 000 morts, dont près de 6 000 en France et 3 000 au Royaume-Uni. En Corée du Sud et au Japon, le mercure a atteint des sommets terrifiants à 42,5 °C. De partout, les rendements agricoles s’effondrent.
En France, si les cultures d’hiver s’en sortent mieux, les cultures de printemps subissent des effondrements historiques. C’est le cas du maïs grain non irrigué et du sorgho – une céréale ancienne originaire d’Afrique, pourtant ultra résistante à la sécheresse – qui subissent des chutes de production massives, tout comme le blé de printemps et les tournesols.
Côté légumes et tubercules, certaines productions essuient des pertes colossales allant jusqu’à 70 %. Enfin, l’arrêt de la pousse de l’herbe dès le mois de mai impacte l’élevage, menaçant de provoquer une pénurie de fourrage.
L’urgence de la justice climatique
Face à ce saccage, les appels à taxer les profiteurs se multiplient. Patrick Galey (Global Witness) résume l’absurdité de la situation : « Vous savez que Big Oil prend le monde pour des imbéciles lorsque l’un de leurs plus grands alliés, Donald Trump, leur intime l’ordre de freiner leur profitabilité. »
Oxfam calcule qu’une taxe ciblée sur les géants pétrogazières pourrait générer jusqu’à 360 milliards d’euros de recettes dès la première année, couvrant les coûts d’adaptation climatique mondiaux. En France, une telle taxe sur TotalEnergies rapporterait 2 milliards d’euros par an, de quoi financer la rénovation des passoires thermiques et le développement ferroviaire.
Toujours selon une enquête d’opinion menée pour Oxfam cette année sur plus de 6000 individus à travers sept pays (la France, le Royaume-Uni, le Brésil, la Turquie, l’Australie, les Pays-Bas et la Colombie), l’opinion publique est largement acquise à cette cause. 68% des citoyens interrogés soutiennent l’idée de taxer les profits des géants du secteur fossile pour financer la transition, un chiffre qui atteint 75% en France.
Face à des bilans humains et environnementaux de plus en plus lourds, l’heure n’est plus aux grandes promesses, mais à une question de survie collective. Quand Big Oil fait le choix délibéré de menacer les équilibres vitaux de la planète, les individus et les sociétés doivent choisir la fin de l’impunité pour ces architectes du chaos.
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