Les lobbies contrôlent tout, notre seule option : la décroissance

« La crise écologique semble de plus en plus inévitable, et plusieurs experts estiment que la croissance perpétuelle sur laquelle repose notre système économique est responsable de la dégradation de l'environnement. Et donc, pour sauver l’humanité, certains appellent à la décroissance. »
30 août 2018 - Laurie Debove
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Durant l’été, le média canadien Rad a publié une série de vidéos sur la décroissance. Face à l’urgence du dérèglement climatique, cette série explore comment le concept économique de décroissance peut répondre à la crise écologique en cours.

Une croissance infinie sur une planète aux ressources finies

Présentée par le journaliste Olivier Arbour-Masse sur un ton humoristique, la série vidéo commence pourtant par établir la liste des conséquences mortifères d’une société de surproduction et surconsommation poussée à son paroxysme : catastrophes météo de plus en plus violentes, cri d’alarme de 15 000 scientifiques sur le risque climatique, début de la sixième extinction de masse, aggravation des inégalités et accaparement des richesses par un petit nombre.

« La crise écologique semble de plus en plus inévitable, et plusieurs experts estiment que la croissance perpétuelle sur laquelle repose notre système économique est responsable de la dégradation de l’environnement. Et donc, pour sauver l’humanité, certains appellent à la décroissance. » Olivier Arbour-Masse

Le concept de décroissance a émergé dans les années 1970 suite à la publication du rapport Meadows intitulé « Halte à la Croissance » et sous l’impulsion de différentes personnalités, notamment Jacques Ellul, André Gorz et Bernard Charbonneau. La paternité du concept est attribué à l’économiste mathématicien Nicholas Georgescu-Roegen (1906 – 1994). En 1971, il a publié le livre « The Entropy Law and the Economic Process » dans lequel il remet en cause la pensée économique occidentale dominante basée sur le concept de croissance.

Pour N. Georgescu-Roegen, une croissance infinie est tout simplement impossible à maintenir sur une planète aux ressources finies. L’économiste mathématicien reproche à la doctrine économique de la croissance d’oublier deux principes fondamentaux :

  • les limites physiques de notre planète avec le processus de dégradation de l’énergie et de la matière (loi de l’entropie, deuxième principe de la thermodynamique)
  • l’homme ne peut pas être réduit au rôle de consommateur/producteur, mais doit s’épanouir à travers différentes dimensions (biologique, politique, philosophique, culturelle, spirituelle).
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« Chaque fois que nous produisons une voiture, nous détruisons irrévocablement une quantité de basse entropie qui, autrement, pourrait être utilisée pour fabriquer une charrue ou une bêche. Autrement dit, chaque fois que nous produisons une voiture, nous le faisons au prix d’une baisse du nombre de vies humaines à venir. Il se peut que le développement économique fondé sur l’abondance industrielle soit un bienfait pour nous et pour ceux qui pourront en bénéficier dans un proche avenir : il n’en est pas moins opposé à l’intérêt de l’espèce humaine dans son ensemble, si du moins son intérêt est de durer autant que le permet sa dot de basse entropie ». N. Georgescu-Roegen, source « Aux Origines de la décroissance »

Changer la société dans son ensemble

Le journaliste canadien Olivier Arbour-Masse s’est intéressé à l’application des principes de décroissance à la fois à l’échelle individuelle mais aussi sociétale. Pendant un mois, il a voulu réduire son empreinte carbone en suivant plusieurs défis : réduire sa production de déchets, se passer d’objets et vêtements dans une démarche minimaliste, manger végétalien cinq jours par semaine.


Très vite, et malgré une diminution de son empreinte carbone, le journaliste se trouve limité dans ce qu’il peut accomplir seul. Aux yeux du sociologue Eric Pineault, c’est parce que cette « démarche individuelle de simplicité volontaire » n’est pas l’objectif principal de la décroissance.

« La décroissance mise sur des outils collectifs et des réponses collectives aux problèmes pour que ce soit plus facile et moins traumatisant pour les individus. » Eric Pineault, pour Rad

Les experts interrogés proposent ainsi plusieurs mesures à mettre en place pour que la société s’engage dans la décroissance : diminuer le temps de travail pour mieux partager les emplois et la richesse en dégageant du temps pour d’autres activités, lutter contre l’obsolescence programmée comme le permet la loi française de 2015, et réduire le pouvoir de l’entreprise privée dont le but est de produire toujours plus pour gagner toujours plus.

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Si certains économistes attachés au seul PIB comme symbole de richesse d’un pays qualifient la décroissance d’utopiste, d’autres revendiquent au contraire l’urgence de changer de modèle économique.

« La quatrième révolution industrielle en cours n’est vue par les économistes standards qu’au travers des points de croissance supplémentaires qu’elle pourrait apporter pour compenser le risque de stagnation séculaire. Elle devrait être, au contraire, un formidable atout pour gérer la décroissance d’une façon intelligente, et notamment inclusive sur le plan social tant l’explosion des inégalités ces dernières années a un lien étroit avec celle des risques sur la planète. Ce qui compte in fine n’est pas le PIB ou le revenu national brut, mais bien le revenu net, notamment de tous les dégâts du soi-disant « progrès », surtout ceux à venir qui constituent une dette vis-à-vis de nos enfants. C’est une révolution conceptuelle pour les économistes. » Jean-Joseph Boillot, Conseiller économique au club du CEPII, pour Libération

Lors de son entretien sur FranceInter, Nicolas Hulot précisait avant d’annoncer sa démission que le monde entier « s’évertue à entretenir voire à réanimer un modèle économique marchand qui est la cause de tous ces désordres » climatiques et humains. L’heure de la décroissance aurait-elle sonné ?

30 août 2018 - Laurie Debove
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