L’antibiorésistance a directement causé la mort d’1,27 million de personnes dans le monde en 2019 du fait de la perte d’efficacité des antibiotiques. Grâce à leurs propriétés antimicrobiennes, les huiles essentielles suscitent un intérêt croissant dans le domaine de la recherche et représentent une piste sérieuse pour faire face à ce problème majeur de santé publique. Leur évaluation nécessite néanmoins d’être davantage cadrée avant d’envisager leur utilisation en pratique clinique.
« À une époque où la résistance des microbes aux antibiotiques ne cesse de croître, on insiste de plus en plus sur la nécessité d’introduire dans les traitements des produits antimicrobiens contre lesquels les microbes n’ont pas encore développé de résistance », explique Malwina Brożyna, chercheuse à l’université de médecine de Wroclaw en Pologne dans un communiqué.
Dans deux récentes publications, l’une dans Frontiers in Microbiology, l’autre dans Frontiers in Pharmocology, la chercheuse et son équipe soulignent la nécessité de mettre en place un cadre méthodologique rigoureux et standardisé pour évaluer l’efficacité antimicrobienne des huiles essentielles et leur potentiel thérapeutique, à l’instar de ce qui est fait pour les antibiotiques et les antiseptiques.
À l’heure actuelle, la plupart des recherches sont de faible qualité méthodologique, portant sur un panel de souches microbiennes limité, ne permettant pas de comprendre le microenvironnement complexe des sites d’infection et ne répondant ainsi pas aux normes attendues pour des agents anti-infectieux.
Les huiles essentielles, des propriétés multiples
Les huiles essentielles sont un ensemble complexe d’une multitude de composés aux propriétés antimicrobiennes, mais aussi anti-inflammatoires et antioxydantes. Leur activité antimicrobienne à large spectre contre différentes cibles microbiennes (à la fois les membranes, les enzymes et les voies de signalisation) « réduit le risque de résistance », précisent les chercheurs polonais. Compte tenu de ces propriétés, les huiles essentielles pourraient augmenter l’efficacité des antibiotiques.
Dans un premier temps, les scientifiques se sont intéressés à l’effet des huiles de romarin et de thym contre le staphylocoque doré (Staphylococcus aureus), pathogène responsable de nombreuses infections cutanées et dont certaines souches sont très résistantes aux antibiotiques. Plusieurs souches ont été utilisées, obtenues à partir de plaies qui ne cicatrisaient pas, afin de refléter l’hétérogénéité microbienne.
L’activité antimicrobienne de l’huile de thym était nettement plus élevée dans des conditions au plus proche de l’environnement de la plaie qu’en condition standard de laboratoire, tandis que l’activité microbienne de l’huile de romarin était au contraire plus importante en condition de laboratoire.
« Ces différences montrent à quel point les conditions dans lesquelles la recherche est menée influent sur son efficacité », insiste Malwina Brożyna. « Si nous voulons que les huiles essentielles trouvent réellement une application clinique, nous devons concevoir des expériences qui reflètent ce qui se passe dans le corps, et pas seulement dans un tube à essai. »
Encourager l’adoption de normes
De plus, une grande variabilité d’effet a été obtenue en fonction des souches, certaines ayant réagi fortement aux huiles essentielles et d’autres non.
Dans la deuxième étude portant sur l’huile de thym et plusieurs souches du pathogène Pseudomonas aeruginosa, responsable de nombreuses infections nosocomiales et hautement résistant, les chercheurs ont là aussi observé une grande variabilité inter-souches.
« L’évaluation rigoureuse des huiles essentielles, telle que proposée ici, n’est pas un protocole figé, mais un cadre dynamique qui invite à l’amélioration continue et à la contribution interdisciplinaire. Nous espérons que cette étude encouragera l’adoption plus large de normes pour l’analyse des huiles essentielles », indiquent les chercheurs.
L’équipe de recherche espère que leurs études aideront à développer de manière responsable les huiles essentielles comme adjuvants dans la lutte contre les infection.
Un autre monde est possible. Tout comme vivre en harmonie avec le reste du Vivant. Notre équipe de journalistes œuvre partout en France et en Europe pour mettre en lumière celles et ceux qui incarnent leur utopie. Nous vous offrons au quotidien des articles en accès libre car nous estimons que l’information doit être gratuite à tou.te.s. Si vous souhaitez nous soutenir, la vente de nos livres financent notre liberté.