Avec 35 % de couverture forestière, la région La Nouvelle-Aquitaine est la plus boisée de France métropolitaine. Pourtant, l’état des forêts s’y dégrade du fait du dérèglement climatique et de la sylviculture intensive. Un collectif s’oppose aux coupes rases et réclame de meilleurs pratiques pour une forêt riche et vivante.
Début décembre, le Réseau Forêt Limousine, le collectif Forêts Vivantes Pyrénées et SOS Forêt Dordogne, qui représentent ensemble plus de 110 associations, collectifs, syndicats et groupements forestiers, ont interpellé la ministre de la Transition écologique dans un communiqué et un courrier envoyé au ministère. Ils réclament une meilleure gestion forestière en Nouvelle-Aquitaine et demandent à être « associés à l’élaboration d’une politique publique nationale et régionale sur la forêt ».
Une sylviculture intensive
Tandis que le massif des Landes fait face à l’apparition d’un ver mortel pour les arbres, dont la propagation pourrait être favorisée par la pratique de la monoculture intensive de pins maritimes, le Limousin voit s’intensifier la pratique de la coupe rase. Des forêts vivantes et diversifiées y sont remplacées par des monocultures de résineux, au grand dam de nombreux habitants et forestiers, victimes de l’industrialisation de la gestion forestière.
« Ça me fait pleurer », lâche Camille (prénom modifié), membre du Réseau Forêt Limousine. « Parfois, je n’arrive pas à me balader en forêt parce que je sais que je vais tomber sur une nouvelle coupe rase. Quand on est chez soi et qu’on entend les grosses machines qui arrivent en forêt, ça tord les boyaux. »
Dans le Limousin, nombreux sont ceux à percevoir une augmentation des coupes rases et des prélèvements de bois.
« En Creuse, le flux du bois est désormais négatif : la production biologique ne couvre plus la mortalité et les prélèvements en hausse », affirment les trois collectifs.
Cette augmentation des prélèvements s’inscrit dans une tendance française et européenne. Une étude publiée en 2020 dans la revue Nature, pointe une augmentation de la superficie forestière exploitée de 49 % et une hausse de 69 % de la biomasse récoltée entre 2016 et 2018 par rapport à la période 2011-2015.
Dans le même temps, sous l’effet du dérèglement climatique, la mortalité des arbres augmente et leur croissance diminue, tout comme leur capacité de stockage du carbone.
Un Schéma Régional de Gestion Sylvicole dépassé
Pour faire face aux menaces pesant sur les forêts, le Réseau Forêt Limousine, le collectif Forêts Vivantes Pyrénées et SOS Forêt Dordogne demandent d’adapter la sylviculture au sein de la région Nouvelle-Aquitaine, via le Schéma régional de gestion sylvicole (SRGS).
Ce document décline à l’échelle régionale les objectifs nationaux de gestion forestière. Censé être adapté aux spécificités écologiques, économiques et sociales de chaque région, il est élaboré par le Centre Régional de la Propriété Forestière (CRPF) en concertation avec les acteurs locaux : administrations publiques et services de l’État, propriétaires forestiers, associations de protection de la nature, etc.
Dès 2020, une concertation préalable du public avait été organisée dans la région pour l’élaboration d’un Schéma Régional de Gestion Sylvicole. Une consultation publique sur le projet de SRGS avait ensuite été organisée et un avis de l’Autorité environnementale avait été rendu en 2022.
Pourtant, fin 2025, le document final n’a toujours pas été validé par arrêté ministériel : ce sont donc les schémas de gestion des anciennes régions administratives (Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes) qui s’appliquent. À l’inverse, toutes les régions voisines disposent d’un nouveau schéma de gestion.
« On est pourtant la région avec les enjeux forestiers les plus forts, avec le massif des Landes et le Parc Naturel Régional de Millevaches », rappelle Camille. « Le précédent Schéma Régional de Gestion Sylvicole est complètement obsolète au vu des enjeux actuels. Cela laisse la possibilité aux forestiers de faire un peu ce qu’ils veulent. »
Une meilleure gestion forestière est possible
Pendant ce temps, l’opposition à ces pratiques forestières délétères ne fait que s’accentuer dans la région : les blocages de coupes et les manifestations se multiplient.
En octobre 2024, plus de 2000 personnes ont manifesté en Creuse contre « l’accaparement des forêts » par des « mégaprojets industriels. En juin 2025, à Pau, plus de 1000 personnes se sont mobilisées « pour des forêts vivantes » en réaction à un projet de fabrication de biocarburants pour avions à partir de bois.
En parallèle, certains forestiers et collectifs d’habitants pratiquent et promeuvent une sylviculture préservant les écosystèmes et la ressource en bois pour les générations futures.
« Il faut faire évoluer les pratiques forestières en choisissant la diversification des essences et la sylviculture mélangée à couvert continu (SMCC) pour une forêt riche, vivante permettant de maintenir un tissu d’entreprises locales et artisanales créatrices d’emplois, » déclarent les trois collectifs.
Ils demandent aussi à être reçus par la ministre Monique Barbut et à être consultés sur l’évolution de la sylviculture dans cette région.
« On aimerait que les coupes phases soient encadrées, voire interdites pour certains endroits, comme le PNR, les milieux protégés, les parcelles forestières où il y a une pente supérieure à 30 % », explique Camille. « Parce qu’avec le ruissellement de l’eau sur les pentes dénudées, les ruisseaux et les sources sont pollués. On demande la valorisation des petites scieries, des bûcherons, d’avoir la possibilité d’un circuit court du bois. »
Les collectifs demandent également la reconnaissance de la forêt comme « patrimoine commun essentiel à notre santé » et la déclaration et l’affichage en mairie avant chaque chantier d’exploitation par coupes rases.
Ils proposent aussi le conditionnement des aides de l’État à des garanties sur la diversité en essences plantées et les orientations sylvicoles utilisées. Ils dénoncent en effet, l’utilisation massive des aides du plan France Relance pour replanter des résineux en monoculture après des coupes rases.
« On demande à faire partie de la réflexion sur la gestion forestière en Nouvelle-Aquitaine, conclut Camille. On n’est pas là juste pour dénoncer. On veut construire et essayer de trouver des solutions ensemble. »
Aujourd’hui, les trois collectifs sont toujours dans l’attente d’une réponse de la part du ministère de la Transition écologique.
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