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Les cétacés de Marineland risquent d’être envoyés en Espagne pour être exploités

Pire, dès que les cétacés iront en Espagne, ils ne seront plus sous autorité française. A terme, ils risquent de finir en Chine, « un véritable mouroir » pour les associations et soigneurs, et la garantie d’une exploitation tout le reste de leur vie.

Le temps presse pour les derniers cétacés captifs en France. Avec l’interdiction officielle de leurs spectacles en décembre 2026, les 12 dauphins et les deux orques du Marineland d’Antibes risquent d’être envoyés en Espagne, où ils seraient exploités dans des conditions pires qu’en France. Sea Shepherd France lance une pétition avec La Relève et La Peste pour empêcher leur transfert et exiger la création d’un sanctuaire en Europe, conformément à la loi.

La fin de la captivité

En 2021, les associations françaises de défense du bien-être animal avaient obtenu une avancée majeure : une loi interdisant les spectacles et le maintien en captivité d’animaux sauvages en France. Cinq ans plus tard, son entrée en vigueur arrive à grande vitesse pour les cétacés, et rien n’est prêt, ou presque, pour les douze dauphins et deux orques de Marineland, ainsi que les onze dauphins du parc animalier Planète Sauvage à Nantes.

« Déjà, en 2023, le rapporteur de la loi exhortait le gouvernement à s’aligner, mais un Appel à Manifestation d’Intérêts pour trouver une place pour les cétacés n’a été lancé qu’en 2024, et le gouvernement n’a proposé aucune solution et a rejeté la proposition de sanctuaire de l’association », déplore Marion Crecent, l’avocate de Sea Shepherd France, auprès de La Relève et La Peste.

En France, Marineland a fermé en janvier 2025, laissant depuis planer l’incertitude sur le sort des cétacés et soigneurs du parc. L’an dernier, Parques Reunidos, le groupe derrière Marineland, a essayé d’envoyer les cétacés dans ses autres delphinariums en Espagne, mais s’était heurté au barrage de la société civile.

A nouveau, le groupe fait pression pour envoyer les dauphins au parc de Selwo Marina, et les orques, Wikie et son fils Keijo, à Loro Parque. Or, quatre orques sont mortes à Loro Parque entre 2021 et 2024. De son côté, Selwo Marina est connu pour ses mauvaises conditions de détention, ainsi que nous l’a confirmé un ancien soigneur qui a supervisé des transferts de dauphins entre la Suède et l’Espagne.

« C’était un bordel énorme, j’ai dû prendre en charge leur équipe le temps du transfert. Ce parc est inadapté, il vaut mille fois mieux que les cétacés restent à Marineland le temps de trouver une solution pérenne, c’est le moins stressant et le plus sûr pour eux », nous confie-t-il.

Extrêmement sociaux, les cétacés fonctionnent par groupes d’individus, plutôt matrilinéaires pour les orques. Les séparations et arrivées de nouveaux membres causent des déséquilibres, mettant parfois en danger les animaux. Ainsi, l’orque Morgan a été attaquée par ses congénères à son arrivée au Loro Parque, comme en témoigne les dizaines de traces de morsures sur son corps.

Pire, dès que les cétacés iront en Espagne, ils ne seront plus sous autorité française. A terme, ils risquent de finir en Chine, « un véritable mouroir » pour les associations et soigneurs, et la garantie d’une exploitation tout le reste de leur vie.

« Le pire, c’est que les parcs chinois vont les reproduire à tour de bras », avertit Lamya Essemlali. « C’est-à-dire que ces dauphins, qu’on est en train de sacrifier, vont participer à la perpétuation de ce qu’on est en train d’interdire en France : la captivité ».

En Chine, « Hainan Ocean Paradise » a ainsi récupéré deux bélugas, et vingt-sept dauphins de différentes espèces, notamment des spécimens sauvages capturés à Cuba et en Floride, ainsi que 20 individus nés en captivité ailleurs dans le monde. Alors que l’Espagne reste le pays de l’UE qui compte le plus de delphinariums, le pays semble devenir une plaque tournante des échanges de cétacés.

« Selwo Marina avait des dauphins jusqu’à récemment. Ils ont tous été envoyés en Chine dans l’optique de « faire de la place » aux dauphins français. Le transfert depuis la France ne s’étant pas fait, les bassins de Selwo Marina sont vides pour la saison estivale qui approche… Est-ce la raison pour laquelle, les dauphins du Marineland doivent subir ces transferts ? Pour sauver la saison du delphinarium espagnol ? Cette situation est ubuesque », dénonce Lamya Essemlali, directrice de Sea Shepherd France, à La Relève et La Peste.

Cette information nous a été confirmée par l’ONG espagnole FAADA. Plusieurs pays de l’Union européenne ont eux aussi interdit des spectacles de cétacés, dont la Belgique qui vise à fermer son dernier delphinarium en 2037. « En Europe, les delphinariums mettent la clé sous la porte les uns après les autres. On va se retrouver avec une soixantaine de dauphins sur les bras », avertit Lamya Essemlali.

Les projets de sanctuaire

C’est pourquoi les associations de défense des cétacés exhortent le gouvernement à bloquer tout transfert en Espagne, et à privilégier la création de véritables sanctuaires.

A Lipsi, en Grèce, un projet est gelé dans l’attente d’une dérogation gouvernementale pour permettre de poser un filet au bout d’un bras de mer. L’équipe sur place espère débloquer la situation d’ici la fin de l’année. Le sanctuaire pourrait accueillir 8 dauphins dans un premier temps, puis une dizaine de plus grâce à une extension.

A Tarente, en Italie, un autre projet est sur le point d’aboutir, un bassin médical (enclos flottant en pleine mer) a déjà été monté sur les 7 hectares du site, de 20 mètres de profondeur. « Il devrait ouvrir ses portes en juillet prochain et pourrait accueillir 4 à 7 dauphins », explique Christine Grandjean de l’association C’est Assez ! à La Relève et La Peste. Or, ce premier sanctuaire doit déjà accueillir les dauphins de l’aquarium de Gênes.

Attention cependant aux faux projets, qui font des levées de fonds énormes grâce à programme attrayant mais n’ont rien préparé pour les cétacés, ainsi que nous le révélions sur un projet de sanctuaire canadien contaminé à l’arsenic. Pour les associations, la meilleure solution sera européenne : moins de transport et plus de contrôle possible.

« L’Union Européenne compte 185 000 km de littoral, on a forcément plusieurs endroits qui cochent toutes les cases pour créer un sanctuaire pour les cétacés. Il faut monter une équipe avec des gens capables de les identifier, qui travaillent en coordination avec les gouvernements pour que, quand on identifie un endroit dans un pays, cela se fasse avec l’appui de l’État », plaide Lamya Essemlali, Présidente de Sea Shepherd France.

Dans l’intervalle, de l’avis des experts, les orques et les dauphins devraient continuer d’être pris en charge à Marineland, par l’équipe de soigneurs qui les connaît le mieux. Cela leur permettra de limiter le stress lié aux déplacements, et les maladies potentielles causées par la perturbation de leur environnement habituel. Pour aider les soigneurs à conserver leurs postes et rénover les bassins, Sea Shepherd France a même proposé de verser une enveloppe de 5 millions d’euros au parc français. Marineland n’a pas voulu accepter la proposition.

Dans un rapport, dont La Relève et La Peste a obtenu une copie, deux vétérinaires mandatés par la justice assurent que l’état de santé des deux orques et des 12 dauphins de Marineland est compatible avec leur maintien sur place. Point important de vigilance : les bassins des orques, connus depuis longtemps pour leur vétusté. Heureusement, des travaux de maintenance depuis un an ont grandement amélioré la situation, ainsi que l’ont rappelé les soigneurs de Marineland fin février, photos à l’appui. En cas d’urgence, l’un des deux bassins des dauphins, initialement conçu pour les orques, pourrait également accueillir Wikie et Keijo.

De son côté, le Zoo de Beauval propose d’accueillir les dauphins français dans des grands lagons. Le parc animalier Planète Sauvage envisage ainsi de lui donner ses onze dauphins. Cette piste est décriée par plusieurs ONGs, notamment C’est Assez !, qui refuse tout programme de reproduction « pour en finir une fois pour toutes avec la captivité ».

Cette période est décisive, car elle marque un véritable tournant dans la fin de la captivité des cétacés, connus pour leur intelligence hors-norme. Si l’on parvient à mettre ceux de Marineland en sécurité dans des sanctuaires, ce sont tous les autres animaux captifs qui pourraient ensuite en bénéficier.

« Si on ferme la captivité en France en envoyant mourir les cétacés en Espagne et en Chine, cela n’a aucun sens », conclut Lamya Essemlali. Pour signer la pétition, c’est ici.

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Laurie Debove

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