Le changement climatique menace la Martinique qui perd ses plages à vue d’oeil

En cause : la montée des eaux, mais surtout l’érosion des sols. En Martinique comme pour d’autres territoires, ces phénomènes se cumulent avec d’autres facteurs comme les palmiers et les cocotiers qui ont été plantés pour plaire aux touristes ! Sur les plages sauvages, il y a rarement des cocotiers.
21 octobre 2019 - Laurie Debove
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 130 pages
- Impression : France

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Quand on parle des effets de la crise climatique en France, on oublie trop souvent les DOM-TOM. Pourtant, elles en subissent déjà les conséquences. Prise en tenaille entre la montée des eaux et l’érosion des côtes, la Martinique est un cas emblématique à l’avenir fragile.

Les DOM-TOM sur la ligne de front

Sur les îles, le climat s’emballe vite, très vite. En Martinique, les habitants ont ainsi vu leur île se transformer radicalement en quelques années. Chaque année, la mer gagne en moyenne 1 mètre sur le littoral. La plage des Salines, l’une des plus célèbres pour les touristes, n’a carrément plus de sable à certaines endroits.

« Ma famille est originaire de l’île. Je m’y suis rendue à deux reprises en 7 ans d’écart. Lorsque je suis retournée sur la plage des Salines, qui était à l’époque une plage très large et l’une des plus belles et connues des Caraïbes, je suis arrivé devant un désastre. La plage avait perdu des dizaines de mètres, j’étais pétrifié de dégoût et de stupeur. C’était une vraie surprise de constater ça : les effets de la crise climatique aussi proche et aussi rapide. On a perdu 120 mètres sur certaines plages, c’est complètement délirant. » témoigne ainsi Jérémy Boucain pour La Relève et La Peste

En cause : la montée des eaux, mais surtout l’érosion des sols. En Martinique comme pour d’autres territoires, ces phénomènes se cumulent avec d’autres facteurs comme les palmiers et les cocotiers qui ont été plantés pour plaire aux touristes ! Sur les plages sauvages, il y a rarement des cocotiers. Si les cocotiers penchent, c’est donc à cause de l’érosion et l’eau salée qui érodent leurs racines. Autre facteur causé par l’activité humaine : le secteur du BTP qui puise le sable, dont il a besoin pour faire du béton, dans le lit des rivières. Le sable n’est alors plus charrié jusqu’aux plages.

Les conséquences d’un néocolonialisme français

Mais la disparition des plages n’est pas la seule conséquence des effets de la crise climatique et de l’activité humaine. Déjà soumis à des phénomènes météorologiques extrêmes comme les ondes tropicales une fois par an, les habitants vivant sur les littoraux vont être forcés de se replier à l’intérieur des terres, entraînant un cercle vicieux.

« Les phénomènes climatiques extrêmes sont de plus en plus récurrents. On va encore rogner sur le littoral pour construire des ouvrages de défense comme les digues, mais qui vont en même temps rapprocher la mer du littoral. Ce qui clairement n’empêche rien quand il y a un ouragan, mais peut limiter quand il y a des ondes tropicales. Pour rapatrier les villes à l’intérieur des terres, l’Etat va encourager la déforestation et ouvrir des zones constructibles qui étaient jusqu’à présent des zones sauvages, havres de biodiversité. Déforester signifie accélérer le changement climatique sur un territoire où la moindre variation est ressentie à un facteur x10. C’est vraiment une impasse car quand on est au cœur d’une boucle de rétroaction. » précise Jérémy Boucain, conseiller politique pour le maire de Pontault-Combault, pour La Relève et La Peste

La Martinique paie le prix fort d’une centaine d’années d’urbanisation et néocolonialime ayant favorisé les infrastructures portuaires, et rendu la Martinique dépendante de l’activité touristique. Pendant longtemps, le gouvernement n’a pas permis aux départements d’outre-mer d’avoir des partenariats avec d’autres pays insulaires, plus proches, qui ont des écosystèmes et des économies similaires. 50 % à 60 % des échanges commerciaux de la Martinique se fait ainsi avec la Métropole située à 10 000 km de là.

Aujourd’hui, la Martinique doit s’organiser pour éviter le pire, en favorisant le développement des mangroves et en repensant leur urbanisme.

21 octobre 2019 - Laurie Debove
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