Depuis plus de 15 ans, l’Islande est le 1er pays au monde en matière d'égalité entre les femmes et les hommes. Cette avancée a été obtenue en grande partie grâce une grève générale menée par des femmes il y a 51 ans. Pendant 24h, elles ont bloqué le pays, toutes ensemble.
Les chaussettes rouges : rébellion et bonne humeur
Trop, c’est trop. Les Islandaises faisaient tourner le pays au même titre que les hommes, elles le savaient. Mais elles n’avaient pas la même rémunération que les hommes occupant l’exact même poste.
Elles étaient également exclues des postes de décision. Par exemple, les conseils d’agriculture n’étaient pas accessibles aux femmes à moins qu’elles ne soient veuves. Et seuls 5% des députés étaient des femmes.
Alors, un groupe de femmes bien décidées à faire changer les choses, « les chaussettes rouges », déferle sur la radio publique nationale pour parler règles, avortement, vie sexuelle, égalité des salaires.
« Les femmes ne se voyaient pas comme des travailleurs ; elles se voyaient comme des femmes au foyer. Lorsque le travail venait à manquer, on les renvoyait chez elles sans salaire et sans qu’elles disent un mot. Nous voulions montrer à quel point la contribution des femmes à la société était importante », raconte Guðrún Hallgrímsdóttir, ancienne membre du parlement et l’une des premières membres des Redstockings, à National Geographic.

© RiseandShine Cinema
Elles font des coups d’éclat comme annuler un concours de beauté, et dénoncer la charge domestique qui épuise les femmes chaque Noël en « crucifiant » sur un sapin une gigantesque poupée de chiffon.
Plus elles montent en puissance, plus elles se font des ennemis. La presse les traite de trolls « aux ventres remplis d’enfants de pierre, dangereuses, laides et couvertes de poils ».
Mais au lieu de se décourager, elles en rigolent, deviennent de plus en plus nombreuses et lancent une idée puissante : une grève générale de 24h toutes les islandaises ! Pour rallier les conservatrices à leur cause, cette journée sera plus sobrement intitulée « Journée libre » des islandaises.
Une grève historique
Et ça marche ! Le jour J, 90 % des femmes se sont mises en grève en le 24 octobre 1975, stoppant avec elles toutes les activités du pays. Plus de 20 rassemblements ont été organisés, le plus grand ayant eu lieu sur Lækjartorg, la place principale de Reykjavik avec 25 000 femmes réunies.
« Ça a été le plus grand jour de ma vie après la naissance de mes enfants », confie Maria Sigurdardottir. « Être entourée d’autant de femmes qui partageaient le même objectif, c’était quelque chose ! Je n’ai jamais plus ressenti quelque chose de tel dans ma vie. »

Les Islandaises à Reykjavik – © Women’s History Archives
Les hommes, dont certains devaient gérer les tâches domestiques pour la première fois de leur vie, ont appelé ce jour le « Long Vendredi ». Mais elles ne leur ont pas laissé le choix.
« La grève a été une immense réussite parce que les femmes se sentaient personnellement concernées par l’évènement », explique Guðrún Hallgrímsdóttir. « C’était leur action ».

Les Islandaises à Reykjavik – © Women’s History Archives
Le pays le plus égalitaire au monde
Cette journée a inspiré des mouvements féministes du monde entier, encore cette année un appel à la grève générale a été lancé pour le 13 octobre. Cette journée a changé radicalement l’Islande, pour le meilleur. Un an après la grève, l’Islande a adopté une loi sur l’égalité des droits.
Cinq ans plus tard, en 1980, Vigdís Finnbogadóttir est devenue la première femme au monde à être démocratiquement élue présidente de son pays. Elle a occupé son poste durant 16 ans ! Le pourcentage de députées est passé de 5 % en 1983 à 46 %.
Autres avancées obtenues : la garde d’enfants universelle, une loi rendant plus accessible le congé paternité pour les pères. En 2018, le pays est devenu le premier au monde à imposer juridiquement la parité salariale pour les femmes et les hommes dans les entreprises ou organisations de 25 employés et plus.
Cinquante ans après, l’Islande est le pays le plus égalitaire au monde. Cette journée historique est racontée dans le documentaire « Islande, un jour sans femmes », disponible sur Arte.