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L’Aude a rendu l’eau à la Terre pour limiter les inondations, et ça marche !

L’objectif : recréer des zones humides et plaines alluviales qui jouent un rôle majeur dans l’amortissement des crues. Elles absorbent l’eau en excès, la ralentissent puis la restituent progressivement.

L’Aude est un territoire au contexte hydrique particulier. Les habitants sont encore traumatisés des épisodes mediterranéens meurtriers de 1999 et 2018. Désormais, le territoire enchaîne de longues périodes de sécheresse et pluies diluviennes. Pourtant, plutôt que de construire des digues et des canaux, le territoire a choisi une toute autre solution : enlever du béton pour rendre l’eau à la Terre, en redonnant de l’espace aux rivières.

Comme une grande partie du Sud-Ouest de la France, l’Aude a essuyé des pluies diluviennes, et a connu son mois de janvier le plus arrosé avec 321 mm de précipitations (contre 61,4 mm sur la période 1991-2020, soit un écart de +350%).

« On n’avait pas eu de pluie comme ça depuis 2020 », précise Hélène Mathieu-Subias, directrice technique Gemapi au sein du SMMAR, pour La Relève et La Peste. « On sent bien qu’il y a une modification de l’hydrologie sur le territoire depuis quelques années avec l’alternance de périodes à sec et périodes pluvieuses. »

En 2018, l’équivalent de 4 mois de précipitations est tombé en dix heures, provoquant des crues historiques : 15 personnes ont perdu la vie, 4 ponts ont été détruits, 220 millions d’euros de dégâts ont été constatés et 209 communes ont été reconnues « catastrophe naturelle ».

Pour anticiper les risques, les syndicats de rivière et le Syndicat Mixte des Milieux Aquatiques et des Rivières de l’Aude ont mené des travaux de protection classiques : système d’endiguement, barrages écrêteurs de crues, et mise en service à un débit plus important d’un chenal de dérivation pour séparer le débit en traversée urbaine dont les travaux ont été finis fin 2025.

« C’était la première fois que le chenal était en service, et il a parfaitement bien fonctionné », sourit Hélène Mathieu-Subias, directrice technique Gemapi au sein du SMMAR.

Surtout, plutôt que de reconstruire à l’identique, les autorités locales et le SMMAR ont pris une décision radicalement opposée de ce qui se faisait dans l’aménagement du territoire durant les 60 années passées : désartificialiser pour donner plus de place au fleuve Aude.

A Trèbes, qui avait été submergé par les inondations de 2018 avec de nombreuses routes coupées, bâtiments détruits et six morts, la rive droite de l’Aude a été agrandie : délocalisation d’une école, suppression d’une piscine, d’un camping, et d’un lac. Résultat, ce projet d’adaptation a parfaitement fonctionné.

« En lui donnant plus de place, le fleuve plus large et moins haut, donc moins rapide, a débordé dans les conditions prévues et donc anticipables. Sans risques et sans dégâts », s’est réjoui Eric Daniel-Lacombe, Architecte et Dr en Urbanisme, sur LinkedIn.

Cerise sur le gâteau : la rive droite réaménagée servira de plage ou de promenade aux habitants. Cet aménagement est donc utile par tous les temps.

A gauche : Trèbes en 2018 (débit de 1600m3/s) / A droite : Trèbes en 2026 (débit de 500m3/s). « Si la ville avait de nouveau affronté 1600m3/s, la rive droite aurait été inondable mais avec des hauteurs d’eau plus faibles ».

Hors zone urbaine, donner plus de place aux rivières c’est recréer des zones humides et des plaines alluviales connectées aux rivières qui jouent un rôle majeur dans l’amortissement des crues. Elles absorbent une partie de l’eau en excès, la ralentissent puis la restituent progressivement.  Les nappes alluviales mieux connectées aux rivières sont aussi mieux rechargées, et restituent l’eau aux cours d’eau en été.

« Parmi nos expérimentations : les Espaces de Bon Fonctionnement, dits EBF », explique Hélène. « Ce sont des secteurs où la rivière à la place de se recréer son lit moyen. Depuis 2018, une dizaine de cours d’eau ont été concernés par ces actions. »

« Pourtant, la mise en place des EBF prend beaucoup de temps », tempère Hélène. « C’est un dispositif très lent à déployer à cause de la gestion foncière et de l’obtention des autorisations ».

En France, on perçoit depuis trop longtemps les rivières comme un seul cours d’eau ; alors qu’une rivière en pleine santé est constituée de bras, de méandres, de chenaux, de canaux, de plaine alluviale… « Aux Etats-Unis, ils emploient le mot « riverscape » qui pourrait se traduire par « rivière paysage », précise Suzanne Husky dans notre livre-journal EAU.

De fait, on a martyrisé les rivières en les resserrant, par l’urbanisation, l’agriculture… Résultat, les rivières s’enfoncent, se chenalisent et envoient l’eau le plus vite vers la mer, plutôt que de respecter leur forme biogéologique. Et dès qu’on leur redonne de l’espace, les résultats sont positifs, ainsi que le SMMAR l’a constaté après la crue de janvier 2026.

« Les “milieux aquatiques”, ce n’est pas seulement la rivière. Ils regroupent : cours d’eau et berges, zones humides (marais, prairies humides, roselières, tourbières…), plans d’eau, nappes souterraines et ripisylves. Ensemble, ils forment un réseau vivant qui ralentit l’eau, la stocke, filtre les polluants, régule les flux et abrite une biodiversité remarquable », rappelle le SMMAR.

Une ripisylve dans l’Aude – Crédit : SMMAR

Pour mieux mesurer et anticiper les crues en temps réel, le SMMAR a également installé un réseau performant de 52 stations (capteurs de hauteur d’eau, de pluviométrie et de surveillance des ouvrages de protection) sur les cours d’eau non surveillés par l’État. Cela lui permet d’anticiper la propagation des évènements et d’aider à une meilleure gestion du risque.

En 2025, l’Aude a également mené une expérimentation innovante sur la rivière Sou : construire des ouvrages castors pour réparer le cycle de l’eau. Nous vous racontons cette formidable aventure dans notre livre-journal éponyme.

Une rivière c’est de l’eau qui s’étale, pas seulement de l’eau qui coule. Le succès des aménagements de l’Aude nous rappelle qu’on peut aider les rivières à reprendre leur place, pour qu’elles nous protègent au lieu de nous submerger.

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Laurie Debove

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