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La chasse au loup est désormais interdite en Espagne

Tuer un loup a le potentiel de démonter la structure d’une meute, ce qui augmente les chances de chasse indépendantes par de nouveaux individus, dans de nouveaux territoires, et entraîne ainsi de nouvelles attaques.
1 octobre 2021 - Maïté Debove
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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Législation entrée en vigueur le mercredi 22 septembre 2021, la chasse au loup est désormais interdite dans toute l’Espagne. Cette décision est accueillie par les protecteurs de l’environnement qui soutiennent la protection du vivant et des écosystèmes mais est controversée auprès des éleveurs, confrontés de près aux difficultés de la cohabitation. Entre 2000 et 2500 loups vivent aujourd’hui en Espagne, dont la plupart au nord du pays.

Protéger l’espèce

La Sierra de la Culebra, une chaîne de montagnes du Nord-Ouest de l’Espagne, est l’habitat de la plus grande concentration de loups en Europe de l’Ouest et spécifiquement du loup ibérique. Elle est également l’un des derniers refuges de cette sous-espèce, qui est menacée.

« Lorsqu’il s’agit d’une espèce rare comme le loup ibérique, la responsabilité de sa conservation doit reposer sur tout le territoire », a affirmé le secrétaire d’Etat à l’Environnement, Hugo Morán.

Malgré son statut, le loup ibérique était jusqu’à ce jour l’unique espèce de loup dont la chasse était toujours pleinement légale en occident. Les régions du nord de l’Espagne considèrent que le loup est une espèce à réguler de la main de l’homme.

En Cantabrie notamment a été décrétée fin juillet 2021 la mise à mort de 34 loups.

Plusieurs régions du nord sont opposées à cette législation : la Cantabrie, les Asturies, la Galice et la Castille-et-Léon promettent de déposer un recours en justice. Les éleveurs sont particulièrement inquiets. Ana Vega, éleveuse à Ungilde (Castille-et-Léon), montre par de nombreux clichés que les attaques sur ses bêtes sont régulières et elle demande des aides.

Dans le système d’élevage espagnol, les bêtes paissent à l’air libre et le coût face aux prédateurs est lourd. Il faut pouvoir nourrir et vacciner les protecteurs des troupeaux, les mastiffs, des chiens massifs. Ana a également payé des tracteurs pour se débarrasser des herbes hautes sur vingt hectares de pâturage, là où les loups peuvent se cacher.

Les études sont cependant formelles, le retour des cervidés et du loup dans l’hémisphère nord soutient la régénération des écosystèmes.

Les ongulés existent aujourd’hui en trop grand nombre dans la forêt du fait de l’absence du grand prédateur, et dévorent la végétation, ce qui entraîne la disparition de plusieurs espèces. La présence du loup oblige les proies à se concentrer sur les plantes les plus nourricières et à se déplacer rapidement, ce qui permet à la flore d’avoir le temps de se restaurer.

Canis lupus signatus – Crédit : Arturo de Frias Marques
Lire aussi : Nouvelle étude : les prédateurs naturels sont bien plus efficaces que les chasseurs dans l’équilibre des forêts

Une cohabitation paisible est possible

Un triptyque ayant prouvé son efficacité est également rappelé par les spécialistes pour soulager les éleveurs : des chiens de protection, mais également des clôtures électriques et la présence de bergers. Des aides financières soutenues des Etats, à la hauteur du problème, sont donc essentielles.

Suite à des attaques de loups, Ingrid et André ont fait le choix d’une barrière électrique d’1m40 de hauteur. Ils n’ont plus aucune attaque depuis 2010.

Leur meute de patous, ou chiens de montagne des Pyrénées, sont des locaux qui ont grandi auprès des brebis. Ces chiens calmes aboient pour prévenir du danger. Les paysans disent ne pas nécessairement vouloir des tueurs de loups, simplement pouvoir dissuader le loup de s’approcher des brebis.

André ajoute : « Tirer à tout va, ça démonte les meutes. Par expérience, c’est encore pire. Les petits louveteaux partent dans tous les sens et ça devient ingérable. »

Cette observation est soutenue par une enquête réalisée aux Etats-Unis en 2016 sur les prédateurs. Cette même enquête montrait que les méthodes mortelles n’étaient efficaces que dans 29% des cas, tandis que dans 43% des cas, les attaques contre le troupeau augmenteraient à la suite d’un tir sur loup.

Le propos d’André soutient l’une des hypothèses principales derrière cette augmentation des attaques : tuer un loup a le potentiel de démonter la structure d’une meute, ce qui augmente les chances de chasse indépendantes par de nouveaux individus, dans de nouveaux territoires, et entraîne ainsi de nouvelles attaques.

Loup ibérique – Crédit : Ana Fuentes

En France, un système d’aide est mis en place depuis 2004 pour financer le triptyque recommandé par les experts, et abattre un loup peut être passible d’une peine de prison de 3 ans et d’une amende de 150 000 euros.

Malgré cela, une louve a été retrouvée pendue devant la devanture de la mairie, en Hautes-Alpes, il y a de cela quelques jours. Une banderole était accrochée à proximité « Réveillez-vous il est déjà trop tard ».

La ministre Barbara Pompili commente : « Aucun acte d’intimidation ne permettra de trouver des solutions durables à la cohabitation de l’humain et du loup. L’immense majorité des acteurs travaille dans ce sens ».

Le syndicat d’exploitants agricoles a pour sa part estimé un « acte de désespoir car les éleveurs Haut-Alpins sont poussés à bout. C’est le résultat de la non-prise en compte par les pouvoirs publics, de l’État, des conditions de travail et des problèmes auxquels les éleveurs doivent faire face ». Ils ne dénoncent cependant pas la cruauté de cet évènement.

Il est possible que les loups se redirigent vers des proies peuplant la forêt si on leur laisse le temps de s’y installer, leur présence étant essentielle au bon fonctionnement de la biodiversité. Mais la détresse des éleveurs ne peut pas être négligée. Hugo Morán pour sa part affirme : « l’éleveur qui vit avec des grands carnivores exige un traitement particulier ». Sans donner de chiffres, le ministère de la Transition en Espagne a promis des ressources financières pour les aider.

Crédit photo couv : Ana Fuentes

1 octobre 2021 - Maïté Debove
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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