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Guerre de l’eau en Uruguay : la population assoiffée accuse Google de piller les dernières gouttes

« Seule une infime partie de l’eau en Uruguay est utilisée pour la consommation humaine. La majeure partie est utilisée pour les grandes industries agroalimentaires, telles que le soja, le riz et la pulpe de bois »

Les jours où l’eau potable coule des robinets de Montevideo pourraient être comptés. L’Uruguay connaît sa pire sécheresse depuis 76 ans. Le gouvernement a déclaré l’état d’urgence sur l’eau potable. Des manifestations de plus en plus importantes dénoncent l’accaparement de l’eau par les multinationales : « ce n’est pas la sècheresse, c’est le pillage. »

La bataille de l’eau connaît ses prémices, en France comme ailleurs. L’Uruguay en est l’un des exemples les plus frappants. Depuis un mois, l’eau qui coule des robinets des 1,7 millions d’habitants de l’agglomération de Montevideo, soit la moitié de la population du pays, est « nauséabonde », selon les mots de la population.

Le Paso Severino, principale réserve d’eau potable située à 80 kilomètres de la capitale, ne contient plus que 1,1 million de mètre cubes d’eau, soit moins de 2% de sa capacité de stockage.

Pour contrer ce manque, l’entreprise publique Obras Sanitarias del Estado (OSE), chargée de la distribution en eau dans le pays, ajoute à l’eau courante des eaux provenant du Rio de la Plata, un estuaire où converge les fleuves Paranà et Uruguay qui reçoit également de l’eau salée de l’océan Atlantique.

L’eau courante est maintenant « saumâtre ». Les autorités ont multiplié par deux le taux de sodium et de chlore autorisé par litre d’eau, dépassant largement les normes des Nations Unies. Depuis quelques semaines, la ministre de la Santé Karina Rando martèle que l’eau est « saine, sauf pour certaines populations ».

« Les femmes enceintes et les personnes souffrant d’hypertension artérielle ainsi que les personnes souffrant de maladies rénales chroniques, de problèmes cardiaques et hépatiques devraient l’éviter » a-t-elle déclaré.

S’il ne pleut pas, le gouvernement pourrait déclarer l’eau courante non potable dans quelques jours. Ce dernier demande à sa population de privilégier l’eau en bouteille. 

« L’eau du robinet est pratiquement imbuvable. Mais il y a environ 500 000 personnes qui n’ont pas les moyens d’acheter de l’eau en bouteille », a déclaré Carmen Sosa de la Commission pour la défense de l’eau et de la vie.

Les autorités multiplient les “mesures pansements”. Le ministère du Développement social distribue 2L d’eau embouteillée par jour à 21 000 bénéficiaires en situation de précarité. Le président Luis Lacalle Pou a également envoyé au Parlement un projet de loi permettant la livraison de bouteilles d’eau à 500 000 personnes à faible revenu.

Il entend également supprimer les taxes sur les bouteilles, mais la modification législative prend du temps et doit passer par des discussions à l’Assemblée nationale. Pendant ce temps, l’entreprise publique OSE accélère la réparation des tuyaux obsolètes, par lesquels 40% de l’eau potable est perdue.

Des projets plus ambitieux se sont brutalement accélérés depuis quelques semaines. Pour remplir le réservoir Paso Severino, les autorités posent à la hâte des canalisations sur 13,3 kilomètres, permettant d’acheminer l’eau de la rivière San Jose vers la Santa Lucia, principal affluent du réservoir. La finalisation du projet, débutée le 19 juin, devait durer un mois.

Les travaux d’une autre infrastructure, plus grande, plus coûteuse, devraient débuter d’ici fin 2023. Intitulé Neptuno, le projet implique la construction d’une station de traitement des eaux dans le sud du pays. L’entreprise privée désignée pour la réalisation de Neptuno prélèvera et désalinisera l’eau du Rio de la Plata.

Une initiative dénoncée par l’opposition et une grande partie de la population qui y voient la privatisation partielle de la gestion de l’eau. Une pratique illégale dans le premier pays au monde à avoir déclaré l’accès à l’eau comme droit constitutionnel.

« Ce n’est pas une sécheresse, c’est du pillage ! »

Les manifestations se multiplient. La population s’unit sous le même cri de ralliement : « de l’eau pour le peuple ». Les manifestants frappent le sol avec des bouteilles en plastique vides. A Montevideo, de nombreux murs sont arborés du slogan « ce n’est pas la sécheresse, c’est le pillage ».

« Seule une infime partie de l’eau en Uruguay est utilisée pour la consommation humaine. La majeure partie est utilisée pour les grandes industries agroalimentaires, telles que le soja, le riz et la pulpe de bois » expliquait il y a quelques jours Daniel Pena, chercheur à l’université de Montevideo, au Guardian.

Depuis quelques jours, c’est Google qui est pris pour cible. La multinationale a acquis 20 hectares de terrain en Uruguay pour y construire un centre mondial de traitement de données qui utiliserait 7,6 millions de litres d’eau par jour pour refroidir ses serveurs.

Il y a quelques semaines, la plus grande usine de pâte à papier au monde a débuté ses activités dans le pays. Une infrastructure appartenant à la société finlandaise UPM qui devrait utiliser 129 millions de litres d’eau par jour.

« Plus de 80 % de l’eau va à l’industrie, comme le soja et la pâte à papier. Oui, nous avons eu un manque de pluie, mais la sécheresse a simplement montré les problèmes de notre modèle économique. Nous ne pouvons pas concentrer les ressources entre quelques mains », expliquait Carmen Sosa dans les colonnes du Guardian.

« L’eau destinée à la consommation humaine doit passer avant le profit. »

Florian Grenon

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