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Gaz de schiste : sous pression des ONG et de l’Etat, Engie renonce à un méga-contrat américain

Etant donné que la fracturation hydraulique (nécessaire pour extraire le gaz) est interdite en France, un tel contrat n’aurait eu aucun sens. Cela serait revenu à importer massivement du gaz de schiste par le biais d’un groupe dont l’Etat, détenant 23,6% du capital, est le premier actionnaire.
4 novembre 2020 - Marine Wolf
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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Il s’agit d’un contrat qui, à lui seul, aurait pu faire passer la France à la première place des importateurs de gaz de schiste en Europe. Fin septembre, le conseil d’administration d’Engie devait examiner les termes d’un accord de 5,9 milliards d’euros avec l’entreprise américaine NextDecade. Suite à la pression de l’Etat français et des ONG, le géant énergétique français a finalement décidé d’abandonner le projet. L’ONG Les Amis de la Terre salue cette décision et appelle maintenant la Société Générale, conseiller financier pour le développement du terminal d’exportation, à se retirer définitivement du projet et à arrêter tout soutien à l’industrie du schiste.

Le Bassin Permien, premier bassin de production d’énergies fossiles au monde

Avec ce contrat, Engie se serait engagé à importer chaque année jusqu’à 36 cargos de gaz de schiste liquéfié, et ce jusqu’en 2045. Sa provenance : le Bassin Permien, plus grand bassin de schiste du monde.

Cependant, suite à la pression du gouvernement et des ONG environnementales, le projet a été abandonné par Engie. Au sein même de l’entreprise, celui-ci avait déjà suscité d’importantes réticences, beaucoup s’inquiétant de son impact sur l’image de champion de la transition énergétique qu’Engie tente de construire.

En effet, l’extraction et l’usage de gaz naturel s’avèrent dévastateurs pour l’environnement et aggravent le réchauffement climatique. Les fuites de méthane et le torchage (une pratique consistant à brûler le gaz sur place), particulièrement courants sur les sites américains, sont quant à eux une source d’émissions encore plus importante.

Etant donné que la fracturation hydraulique (nécessaire pour extraire le gaz) est interdite en France, un tel contrat n’aurait eu aucun sens. Cela serait revenu à importer massivement du gaz de schiste par le biais d’un groupe dont l’Etat, détenant 23,6% du capital, est le premier actionnaire.

Une contradiction que le gouvernement ne pouvait se permettre, d’autant plus que Bruno Le Maire, lors du Climate Finance Day, a appelé les acteurs financiers de la Place de Paris à abandonner les gaz non conventionnels.

Par ailleurs, la France s’est engagée à atteindre la neutralité carbone en 2050, ce qui nécessite de diminuer largement la part du gaz fossile dans le mix énergétique. Or, le contrat avec NextDecade prévoyait d’importer des volumes de gaz colossaux jusqu’en 2045.

Le bassin permien aux Etats-Unis est actuellement le plus important site d’extraction de pétrole au monde. Du pétrole de roche-mère (dit « de schiste ») y est extrait. – Source

Le rôle de la Société Générale

Néanmoins l’affaire n’est pas terminée. Le groupe NextDecade comptait sur ce contrat pour financer la construction du terminal Rio Grande LNG, d’où seraient partis les cargos. La décision finale d’investissement ne cesse d’être repoussée pour ce projet, dont la Société Générale est conseiller financier.

Sur ce point, l’ONG Les Amis de la Terre souhaite que le gouvernement « prenne des responsabilités de régulateur et contraigne les banques à fermer les vannes à ces secteurs qui aggravent la crise climatique ».

À titre d’information, la Société Générale, qui soutient donc activement l’exploitation du gaz de schiste, a bénéficié d’un soutien de plus de 3 milliards d’euros de la part de l’État pour se relever de la crise financière de 2008.

En plus de cela, le projet a pris un tournant politique. Une vingtaine de membres républicains du Congrès américain ont adressé une lettre à Emmanuel Macron dans laquelle ils accusent la France d’agir sous l’influence du Kremlin. Niant les conséquences climatiques du gaz de schiste, ils s’insurgent contre l’intervention du gouvernement.

« En tant qu’alliés, nous espérons sincèrement que vous adoptiez une approche fondée sur la science pour réduire les émissions de gaz à effets de serre, et que vous rejetterez les potentielles manipulations russes conçues pour nuire à notre économie et notre sécurité énergétique », écrivent-ils.

Les États-Unis s’inquiètent en effet d’une éventuelle diminution de leurs exportations de gaz vers l’Europe. En 2018 et 2019, celles-ci avaient augmenté de 200%, à la suite des pressions diplomatiques de Donald Trump.

Le président américain avait à cette époque contraint la France, la Belgique et l’Allemagne à construire de nouveaux terminaux destinés à accueillir les cargos en provenance d’outre-Atlantique.

Pour Les Amis de la Terre, la France doit maintenir « une politique cohérente de tolérance zéro vis-à-vis des hydrocarbures non conventionnels. Cela exige de refuser d’importer et de consommer des pétroles et gaz de schiste, comme nous avons refusé d’en produire il y a bientôt une décennie ».

4 novembre 2020 - Marine Wolf
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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