Forages pétroliers : les acteurs locaux se mobilisent contre Bridgeoil

En 2019, Eau de Paris a déjà rendu un avis défavorable concernant l’extension de la concession de Bridgeoil, jugée incompatible avec les enjeux d’alimentation en eau potable des Parisiens et des habitants des communes dont les ressources sont impactées par ces projets.
16 octobre 2020 - Flora Clodic-Tanguy
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 130 pages
- Impression : France

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Des associations locales, des citoyens et des acteurs publics se mobilisent contre le projet d’extension de forages pétroliers en Seine-et-Marne par la société Bridgeoil, qui pourrait dégrader la qualité de l’eau des Parisiens, porter atteinte à la santé des riverains et menacer des zones naturelles sensibles.

Le projet d’extension de Bridgeoil

La société Bridgeoil exploite aujourd’hui deux puits de pétrole dans la commune de Nonville dans le Sud de la Seine-et-Marne. Elle projette le forage de 10 puits supplémentaires, sur le territoire de sa concession actuelle.

Une enquête publique est en cours jusqu’au 19 octobre, à l’issue de laquelle le commissaire enquêteur, Philippe Bartolomei, rendra un avis sur le projet.

Des associations locales et des citoyens se mobilisent pour s’opposer à cette extension et faire entendre leur voix. L’association Environnement Bocage Gâtinais (EBG) a notamment lancé une pétition sur Change.org – Non aux forages –  signée par plus de 50 000 personnes, qu’elle veut verser au dossier avant la fin de l’enquête publique.

« Ce projet, s’il aboutissait, serait réalisé à 69 km de Paris, en plein Bocage gâtinais, et à 4 km de la forêt de Fontainebleau, classée en réserve de Biosphère par l’Unesco depuis 1998. »

L’association pointe notamment quatre caractéristiques du projet qui méritent, selon elle, une attention particulière.

Le derrick : les nouveaux forages nécessitent l’installation d’un derrick de 30 à 36 mètres de haut, qui reste implanté tout le temps du forage, soit deux mois par puits. Pour 10 puits, on peut donc prévoir la présence du derrick pendant un an et demi, avec toutes les nuisances que cela peut occasionner.

Un forage vertical et horizontal : les forages prévus dépassent les 2000 mètres de profondeur et les 2000 mètres horizontalement, menaçant de polluer les nappes souterraines.

Les boues de forage : pendant tout le temps du forage, on y injecte en permanence des boues de forage, un mélange d’eau et de particules argileuses stabilisé grâce à différents produits chimiques, à l’équilibre subtil. Trop lourdes, elles peuvent pénétrer dans les réservoirs qu’elles rencontrent. Trop légères, elles peuvent provoquer de violentes éruptions.

Une exploitation par injection d’eau : un des deux puits actuellement exploités par Bridgeoil fonctionne par injection d’eau. Responsable du pompage de plus d’ 1 milliard de litres d’eau souterraine vers un réservoir d’hydrocarbures

Un coût exorbitant : un puits coûte en moyenne 3 millions d’euros, soit 30 millions pour les 10 puits de l’extension prévue par Bridgeoil.

Une menace pour l’eau potable de 300 000 Parisiens

En 2019, Eau de Paris a déjà rendu un avis défavorable concernant l’extension de la concession de Bridgeoil, jugée incompatible avec les enjeux d’alimentation en eau potable des Parisiens et des habitants des communes dont les ressources sont impactées par ces projets.

Dan Lert, président d’Eau de Paris et adjoint à la maire de Paris – en charge de la transition écologique, du plan climat, de l’eau et de l’énergie – réitère cette position, avant la clôture de l’enquête publique.

« Nous allons verser au dossier un avis très défavorable, détaille-t-il à la Relève et la Peste. Les nouveaux forages menaceraient trois sources d’alimentation en eau absolument essentielles pour les Seine-et-Marnais et les Parisiens : Villeron, Villemer et Bourron, qui fournissent à elles seules 64 000 m3 d’eau potable par jour ! Les risques de pollution des sources sont très importants et multiples : une fuite peut souiller les eaux souterraines, un forage percer une nappe sensible, un camion d’hydrocarbures se renverser ou fuiter… »

« Si jamais un incident venait à se produire, nous aurions les moyens de bloquer les alimentations en eau pour éviter une pollution, poursuit Dan Lert, pour rassurer les Franciliens. Mais les conséquences seraient colossales et la pollution durable sur le territoire de Nonville et des environs. Nous ne voulons pas en arriver là. Certains incidents ont déjà eu lieu dans la région. Heureusement, ils ont été circonscrits, mais on ne peut pas prendre de tels risques. »

Dans une vidéo publiée sur Twitter suite à sa visite à Nonville lundi 12 octobre, Dan Lert interpelle même Barbara Pompili, la Ministre de la Transition écologique. Sa formulation est sans appel : « Ce projet ne doit pas voir le jour ».

D’autres risques et raisons de refuser ce projet

D’autres menaces pèsent sur les territoires concernés par le projet d’extension. Les zones humides classées et les massifs forestiers protégés courent notamment un fort risque environnemental.

L’association EBG le rappelle : « Le patrimoine naturel et paysager dans le périmètre est relié par le bassin versant du Lunain et composé de sites classés Natura 2000 dont la vallée du Loing, de sites classés Espaces Naturels Sensibles (Plaine de Sorques…) et de massifs forestiers protégés. » 

Par ailleurs, la santé et la sécurité des riverains en danger.

« L’implantation dans le paysage des derricks (jusqu’à 36 m de haut) et des oléoducs irait de pair avec une augmentation alarmante des transports dangereux de camions citernes à 45 km à la ronde : une catastrophe locale et une menace régionale pour notre santé et notre environnement. À Nonville même, des dégagements gazeux toxiques (dioxyde de soufre H2S) seraient théoriquement multipliés par quatre. De quoi inquiéter et révolter les habitants de la commune. »

Mi-septembre, la mairie de Nonville s’est d’ailleurs prononcée en conseil municipal, contre ce projet d’extension. Leurs réserves reposent sur des questions d’urbanisme, de nuisances et de sécurité.

Au-delà de la question de l’eau, Dan Lert pointe d’ailleurs toutes ces autres raisons pour lesquelles le projet ne devrait pas voir le jour. Et y ajoute un argument de poids.

« Je suis en total désaccord avec ce projet de nouveaux forages pétroliers, complètement incompatible avec les engagements que la France a pris en signant les Accords de Paris. » 

L’enquête publique est ouverte jusqu’au 19 octobre, les associations locales invitent tout le monde à y soumettre son avis et signer la pétition.

16 octobre 2020 - Flora Clodic-Tanguy
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