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Explosion de la pauvreté : le Secours Catholique veut un revenu minimum garanti de 890€ par mois

"Aujourd’hui, le RSA est insuffisant et inégalitaire. Nous devons créer un revenu minimum garanti pour tous, y compris les jeunes. Une sécurité sociale financière qui soit suffisante pour pouvoir vivre et que personne ne soit obligé d’avoir à choisir entre se chauffer l’hiver ou nourrir ses enfants. » détaille Jean Merckaert, directeur du plaidoyer France Europe du Secours Catholique
17 novembre 2020 - Laurie Debove
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Générations, notre nouveau livre qui marque dans le temps l’esprit d’une génération qui se bat pour préserver notre monde

- Thème : Changements climatiques, répression policière, inégalités, agroécologie, politique, féminisme, nature…
- Format : 290 pages
- Impression : France

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Avec son nouveau rapport, le Secours catholique lance l’alerte sur un phénomène préoccupant : l’augmentation de l’extrême pauvreté en France. Cette tendance quasi-continue depuis la crise financière de 2008 a été aggravée par la crise du coronavirus. Résultat, d’ici la fin de l’année, la barre des 10 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté risque d’être franchie. Près d’un français sur six ! Face à cette situation dramatique, le Secours Catholique recommande la mise en place d’un revenu minimum garanti de 890€ par mois.

Survivre avec moins de 9 euros par jour

Comme chaque année, le Secours Catholique présente dans un rapport « l’état de la pauvreté en France ». Cette analyse est conduite d’après les données des personnes qu’a accueilli les différentes antennes de l’ONG en 2019 soit 1,4 million de personnes dont le niveau de vie médian est de 537 euros par mois, bien moins que le seuil de grande pauvreté (fixé par l’Insee à 715 euros par personne).

Sont considérées comme pauvres les individus touchant 1063€ par personne et par mois. En 2018, ce nombre est passé à 9,3 millions de personnes en France ; et la crise du covid a privé de ressources un grand nombre d’entre elles du jour au lendemain. 23% des ménages accueillis par le Secours Catholique en 2019 n’avaient ainsi aucun revenu !

« Ce qui compte, ce ne sont pas les mesures statistiques car les seuils sont fluctuants, mais la façon dont les gens subissent cette pauvreté. Et pour cela, il suffit de regarder l’explosion du recours à l’aide alimentaire. Les chiffres sont absolument vertigineux : selon le ministre de la Santé et des Solidarités, en cette fin 2020, 8 millions de personnes ont à subir cette humiliation. 12 % de la population. Huit fois plus que dans les années 1980. Autrement dit, on est dans une situation où 12% des français n’ont pas les moyens de se nourrir ! Et ça, pour le coup ce n’est pas une mesure statistique, c’est très concret et c’est un indicateur d’une situation inacceptable. » explique Jean Merckaert, directeur du plaidoyer France Europe du Secours Catholique, pour La Relève et La Peste

Cette situation s’explique par la trop grande charge financière des dépenses contraintes (logement, eau, chauffage, etc.) et des dépenses pré-engagées (forfait téléphone, cantine des enfants, transports). Une fois toutes ces charges payées, « reste pour vivre » moins de 9 euros par jour et par personne !

Une somme insuffisante pour se nourrir, s’habiller ou acheter des produits d’hygiène. Bref, répondre à des besoins de base. Pire, pour la moitié des familles monoparentales avec trois enfants cela diminue à moins de 16 euros par jour, soit 4 euros par jour et par personne.

Un revenu minimum garanti

Pour endiguer cette tendance, le Secours Catholique veut redonner ses lettres de noblesse au mot solidarité, quand une collectivité assume que la vie est remplie d’aléas, mais qu’une société soudée ne laisse personne seul face à la maladie, une perte d’emploi ou un événement familial difficile.

« Nous avons nourri notre réflexion avec les personnes qu’on accompagne. La conclusion à laquelle nous sommes parvenus, c’est qu’elles ont deux souhaits : être protégées des aléas et de la vie et pouvoir contribuer à la société. Et personne ne peut se projeter dans une situation stable quand le quotidien est marqué par la peur de la faim. Au sortir de la deuxième guerre mondiale, on avait déjà la peur du lendemain, et c’est pour s’en libérer qu’on a créé la sécurité sociale. Aujourd’hui, le RSA est insuffisant et inégalitaire. Nous devons créer un revenu minimum garanti pour tous, y compris les jeunes, équivalent à 50 % du revenu médian en France, soit 890 euros par mois et par personne. Une sécurité sociale financière qui soit suffisante pour pouvoir vivre et que personne ne soit obligé d’avoir à choisir entre se chauffer l’hiver ou nourrir ses enfants, ou de refuser à ses enfants d’aller à l’anniversaire de ses copains car on ne peut pas rendre la pareille… » détaille Jean Merckaert, directeur du plaidoyer France Europe du Secours Catholique, pour La Relève et La Peste

Le revenu minimum garanti ne doit pas être confondu avec le revenu universel, d’où le rapprochement avec la sécurité sociale : il s’agit de donner à chacun selon ses besoins. Les 18 – 25 ans n’ont ainsi pas accès au RSA alors que la jeunesse française est de plus en plus précaire. Aujourd’hui, en France, 1 jeune sur 4 est pauvre.

Parmi ceux qui sont accompagnés par le Secours Catholique, certains n’ont pas d’autre choix que dormir dans leur voiture, faute de pouvoir payer un loyer. Le Secours Catholique souhaite également que ce revenu minimum garanti soit automatisé dans son versement de façon à réduire le non-recours.

« On estime qu’entre un quart et un tiers des personnes qui auraient le droit au RSA n’y ont pas recours pour diverses raisons : la honte, le sentiment de dette envers la société, ou des démarches administratives qui relèvent du parcours du combattant. Les personnes d’origine étrangère doivent attendre 5 ans avant de pouvoir y prétendre alors qu’elles subissent des discriminations à l’embauche ! C’est beaucoup trop long. » précise Jean Merckaert, directeur du plaidoyer France Europe du Secours Catholique, pour La Relève et La Peste

Crédit : Thomas de LUZE

L’idéologie de la méritocratie, un facteur aggravant des inégalités

En France, le deuxième confinement a entraîné la faillite de nombreux petits commerces et entreprises. Alors que 800 000 chômeurs supplémentaires sont attendus en 2020, le gouvernement ne prévoir la création que de 160 000 emplois grâce au plan de relance dont seulement 0,8% est destiné au soutien des plus précaires. Un peu moins de 800 millions d’euros.

Des études, comme celle de l’Observatoire des Inégalités, montrent pourtant qu’il aurait fallu consacrer 7% du plan de relance pour éradiquer la grande pauvreté en France, soit environ 7 milliards d’euros.

« Avant l’été, le gouvernement et différents ministres nous ont dit qu’il s’agissait de bâtir « le monde d’après » : une France plus solidaire et plus écologique. Ils ont demandé aux associations de leur transmettre l’ensemble de nos propositions pour le plan de rebond. On a énormément contribué, et au bout du compte, il n’y a rien. Effectivement, le pari du gouvernement est de tout miser sur les entreprises et une relance économique, mais pour les gens : quasi rien. C’est une erreur d’analyse très forte car on fait énormément confiance aux entreprises sans assortir les aides de conditions écologiques et sociales. Heureusement qu’il y a le chômage partiel car cela permet de limiter la casse. » analyse Jean Merckaert, directeur du plaidoyer France Europe du Secours Catholique, pour La Relève et La Peste

De fait, de grosses entreprises du CAC 40 ont été épinglées par l’Observatoire des Multinationales pour avoir accepté les aides gouvernementales, tout en continuant de verser des dividendes à leurs actionnaires, et en licenciant des salariés ou en utilisant le chômage partiel !

Parmi eux : « le groupe Carrefour France vient de mettre 90 000 de ses 110 000 salariés au chômage partiel, payés sur fonds publics, alors qu’il a versé 183 millions d’euros de dividendes à ses actionnaires. » dénonce l’économiste Maxime Combes dans Bastamag

« En France, nous souffrons de l’idéologie méritocratique selon laquelle chacun occupe sa place grâce à son propre mérite. Cette idéologie a la vie dure. Elle permet de justifier des écarts salariaux abyssaux lorsque certaines personnes gagnent 100 fois plus que leurs collègues ! Cette idéologie justifie que les plus pauvres doivent faire la démonstration de leur volonté à s’en sortir, sous la menace d’être radiés des aides sociales, alors que tous les travaux de sciences humaines disent que votre parcours professionnel dépend aussi beaucoup d’où vous êtes né, dans quel milieu social, et de la couleur de votre peau ! Les 5,5 millions de personnes qui avaient faim l’an dernier ont aussi froid l’hiver ! Le nombre de personnes qui vivent dans la rue n’est pas lié au covid, tout ça appelle des réponses structurelles et le gouvernement fait la sourde oreille. » déplore Jean Merckaert, directeur du plaidoyer France Europe du Secours Catholique, pour La Relève et La Peste

L’explosion de la pauvreté en France n’est donc pas que conjoncturelle, mais bien structurelle. La France fait pourtant partie des pays signataires des Objectifs de Développement Durable des Nations Unies, dont le premier est d’éradiquer la grande pauvreté d’ici 2030.

« Le revenu minimum garanti est aussi l’une des conditions d’une transformation écologique ambitieuse. Les diagnostics au niveau écologique sont bien posés, mais ce qui fait légitimement peur à la population c’est la reconversion professionnelle et le changement d’activité en cette période. Alors que la France se targue d’être le pays des Accords de Paris, il y a quelque chose de l’ordre de la crédibilité de la France au niveau international à mettre en place un revenu socle qui soit au minimum à 40% du revenu médian. » conclut Jean Merckaert

17 novembre 2020 - Laurie Debove
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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