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Mobilisation citoyenne contre l’épandage de fongicides par hélico dans l’Aude et l’Hérault

L’épandage aérien présente beaucoup de désavantages : le ciblage est faible, et les produits sont ainsi disséminés autour, les coûts sont exorbitants, pour une efficacité largement discutable selon les associations.

Depuis une semaine, plusieurs associations alertent sur l’autorisation d’épandage ciblé par hélicoptère de vignes dans l’Aude et l’Hérault. Cette autorisation intervient en prévention du mildiou, une maladie qui affecte plusieurs plantes surtout quand il fait humide. Cette maladie est causée par un micro-organisme, le Phytophtora, que l’on considère à tort comme un champignon. À la fin du XIXème siècle, il a joué un grand rôle dans les famines en Écosse et en Irlande.

L’épandage aérien, une technique énergivore et discutable

Du mildiou et black rot ont été constatés depuis le 5 mai sur des vignes de l’Hérault et du Languedoc, menaçant les récoltes. Le printemps a été très pluvieux dans la région, et l’humidité est une condition favorable au développement du mildiou.

Depuis la loi Grenelle de 2010, l’épandage aérien de produits phytosanitaires est interdit, « sauf dans des conditions strictement définies par l’autorité administrative pour une durée limitée lorsqu’un danger menaçant les végétaux, les animaux ou la santé publique ne peut être maîtrisé par d’autres moyens. » En 2014, le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation avait mis fin à ces dérogations.

L’épandage aérien présente beaucoup de désavantages : le ciblage est faible, et les produits sont ainsi disséminés autour, les coûts sont exorbitants, pour une efficacité largement discutable selon les associations.

Dans ce cas-ci, le produit, en l’occurrence la Bouillie Bordelaise RSR, qui serait épandue est bio, mais reste toxique pour les organismes aquatiques, étant classée en Danger chronique catégorie 1. Son épandage n’a été autorisé que sur les parcelles agricoles inondées inaccessibles par voie terrestre.

« Est autorisée sur des parcelles agricoles pour lesquelles les conditions ne sont pas réunies pour une intervention terrestre (parcelle inondée, conditions de ressuyage ne permettant pas une intervention terrestre) de l’Aude et de l’Hérault, jusqu’au 5 juin 2020, l’application du produit phytopharmaceutique BOUILLIE BORDELAISE RSR DISPERSS (n° AMM 9500452) par voie d’aéronefs, uniquement pour une utilisation en traitements des parties aériennes des vignes pour lutter contre le mildiou. »

L’article 3 stipule que l’épandage doit respecter une distance de sécurité de 100 mètres minimum des habitations, jardins, lieux accueillants du public, bâtiments et parcs où des animaux sont présents, parcs d’élevages, parcs nationaux, espaces classés, réserves naturels, points d’eau consommables par hommes et animaux, bassins de pisciculture, littoraux et lacs d’eau douce.

Ces distances de sécurité ne sont applicables que si on épande sur de très grandes parcelles toutes droites. Or dans ces régions, il existe beaucoup de petits vignerons dont les parcelles sont très découpées, qui se trouvent autour des parcelles plus importantes qui seront épandues. Impossible dans ces conditions de respecter les distances de sécurité.

La Confédération Paysanne de l’Aude se joint à France Nature Environnement et à l’association Écologie du Carcassonnais des Corbières et du Littoral Audois pour saisir la justice.

Frontignan (Hérault) – Les vignes de muscat; vue générale sur la ville – Crédit : Fagairolles 34

Interview de la Chambre d’Agriculture de l’Hérault

Nous avons contacté Ingrid Dupuy, du service de communication.

Est-ce que la situation est plus grave que les années précédentes ?
– Oui, la gravité est plus importante que l’année dernière. Il y a deux ans c’était pareil, et la récolte a été beaucoup moins importante. Déjà 1000 hectares de vignes ont été perdus sur 80 000 qui se trouvent dans l’Hérault.

Que pensez-vous du produit qui va être répandu ?
– Il va permettre de lutter contre la maladie. C’est un produit utilisé traditionnellement dans l’épandage.

En fait ce n’est pas le produit originellement demandé et c’est un produit préventif et non curatif.
– Oui, nous allons répandre un produit préventif sur les zones déjà atteintes pour éviter que l’épidémie ne se répande. Mais il est très important de noter que c’est une mesure exceptionnelle sur dérogation uniquement.

Quel est l’intérêt de mettre un produit préventif sur des parcelles déjà atteintes ?
– Aucun, ces parcelles sont condamnées. Maintenant il faudra des indemnisations. Maintenant le produit ne sera pas répandu dans l’Héreault, peut-être dans l’Aude, mais c’est une autre chambre d’agriculture.

Avez-vous d’autres pratiques pour éviter le mildiou et d’autres maladies ?
– Oui, nous traitons.

Mais avez-vous d’autres pratiques que les traitements ?
– Non. Que faites-vous quand la maison brûle ?

Il existe d’autres pratiques comme la rotation des cultures ou rendre les parcelles accessibles en plantant moins de vignes et en laissant des bandes d’herbes.
– Oui, nous en pratiquons beaucoup. Je ne peux pas toutes vous les lister.

Est-ce que tous les viticulteurs sont d’accord sur cette décision ?
– Chacun est maître chez soi et fait ce qu’il veut.

Certains viticulteurs ayant des petites parcelles en bio s’inquiètent que les pulvérisations n’atteignent leurs parcelles.
– Il n’est pas sûr que ce soit par hélicoptère. Aujourd’hui les pulvérisations par drones sont très précises.

Est-ce que le décret a autorisé les pulvérisations par drones ?
-Non.

Bouillie bordelaise sur des feuilles de vigne. Sous l’action de l’eau, du CO2 et des sécrétions de la plante, le cuivre de ce fongicide est solubilisé lentement. – Crédit : Pg1945

La bouillie bordelaise, un produit polémique

Nous avons contacté le co-porte parole de la Confédération paysanne de l’Aude, élu à la chambre régionale d’agriculture, Mathieu Dauvergne, qui nous confirme que du mildiou a été constaté, mais pas de façon exceptionnelle par rapport à d’autres années. Une autre maladie, le black rot, est aussi présente. C’est une maladie nouvelle et plus problématique.

« Rien d’exceptionnel, mais ce qui inquiète, c’est que les grappes sont atteintes. »

Ce qui pose problème, c’est le choix-même du produit qui sera épandu. En effet en première instance, la chambre d’agriculture avait demandé un produit industriel curatif. Or, ce choix n’aurait pas été en phase avec la ligne officielle du gouvernement qui promeut publiquement l’agroécologie, malgré le soutien aux acteurs de l’agroindustrie.

Ayant consulté le ministère de l’écologie, le gouvernement prend une demi-mesure avec la Bouillie Bordelaise mais pour Mathieu Dauvergne :

« Ce produit est préventif et non curatif donc c’est bien trop tard pour l’épandre maintenant. De plus, le produit ira sur les feuilles et non sur les grappes. Cet épandage serait donc complètement inutile ».

Le gouvernement avait trois choix : refuser d’épandre, épandre de façon efficace ou épandre de façon inefficace. Il a fait le choix de la troisième option.

Pourquoi alors prendre une telle mesure ? Pour créer un précédent, estime Mathieu Dauvergne. En effet en Occitanie, la nouvelle stratégie est de remplacer des terres de grandes cultures, ou des champs de fonds de vallée par des vignes, qui seront irriguées par des eaux venant des lacs des Pyrénées ou du Rhône. Ces zones impraticables par temps humides auront besoin d’être irriguées par voie aérienne. Un dossier à suivre attentivement si nous voulons « un monde d’après » qui soit vraiment agroécologique.

Crédit photo couv : Treatment of the vine by helicopter Alsace France Claude Thouvenin / Biosphoto / Biosphoto via AFP

Sarah Roubato

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