En Italie, un glacier recouvert de longues bâches blanches pour contrer le réchauffement climatique

Le glacier fond. Il a déjà perdu plus d’un tiers de son volume depuis le début des années 1990 et les blocs continuent de disparaître les uns après les autres, ce n’est qu’une question de temps, tout simplement parce que les étés sont de plus en plus chauds, et les hiver de moins en moins froids. Parce que les glaciers sont les premiers à subir les conséquences du réchauffement climatique : d’une année à l’autre, la glace s’écoule mais ne se reforme pas.
23 juin 2020 - Augustin Langlade
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 130 pages
- Impression : France

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Peut-on imaginer plus tristes débuts d’été ? Comme chaque année depuis plus de dix ans, des ouvriers ont commencé mi-juin à recouvrir d’immenses draps blancs l’imposant glacier de Presena, qui s’élève entre la région du Trentin et celle de Lombardie, dans les Alpes italiennes, à environ 3 000 mètres d’altitude. 

En plein cœur du groupe montagneux de Presanella, qui comporte plusieurs sommets, le glacier de Presena est une destination touristique de grande réputation. Maintenant que la saison hivernale est terminée et que les visiteurs ne se montrent plus, des travailleurs d’un type qu’on n’aurait jamais pu imaginer il y a seulement trente ans ont pris place sur la glace. Ils déroulent des bandes de toile de 70 mètres de long sur 5 mètres de large, les attachent solidement, rectangle après rectangle, jusqu’à ce que ces pièces forment une gigantesque couverture dont la matière brillante réfléchira les rayons du soleil pendant tout l’été. 

Car il y a urgence. Le glacier fond. Il a déjà perdu plus d’un tiers de son volume depuis le début des années 1990 et les blocs continuent de disparaître les uns après les autres, ce n’est qu’une question de temps, tout simplement parce que les étés sont de plus en plus chauds, et les hiver de moins en moins froids. Parce que les glaciers sont les premiers à subir les conséquences du réchauffement climatique : d’une année à l’autre, la glace s’écoule mais ne se reforme pas. 

Photo prise le 19 juin 2020 pat MIGUEL MEDINA / AFP

La technique mise en place semble aussi rodée qu’improvisée : afin qu’aucun courant d’air chaud ne s’introduise sous les bâches ou les séparent, celles-ci sont fermement cousues entre elles, puis recouvertes de sacs de sable. Le géotextile de la toile réverbère ensuite la lumière et maintient la température du sol en-dessous du niveau ambiant. Mais à voir cette couverture géante, on se demande s’il s’agit d’une protection ou d’un linceul. 

Carosello-Tonale Company, que la région charge tous les ans de cette opération, compte installer 100 000 mètres carrés de toile réverbérante, contre 30 000 seulement en 2008. Une montée en puissance proportionnelle à l’augmentation des températures. « Cette zone se rétrécit de plus en plus, donc il nous faut la couvrir au maximum », confie Davide Panizza, le patron de l’entreprise italienne. Pas de temps à perdre : il va falloir six semaines aux travailleurs pour installer ces dix hectares de toile, autant de jours où le glacier sera exposé. 

Le Presena n’est pas le seul glacier d’Europe à faire l’objet de mesures de protection. D’autres exemples existent en Autriche, sur de plus petites surfaces, ou encore chez nos voisins helvétiques. Depuis une douzaine d’années, le glacier du Rhône, au nord-est du canton du Valais en Suisse, est lui aussi recouvert de grandes toiles blanches à la fin du printemps.

Pourquoi un traitement si particulier lui est-il réservé ? Le glacier du Rhône, outre son paysage d’une beauté frappante, abrite des galeries célèbres, taillées dans la glace bleue tous les ans depuis 1870, presque sans interruption. Sans cette attraction, il est certain que le Rhône ne recevrait pas de tels soins, qui ne font que retarder l’échéance inéluctable de quelques années. 

Depuis 1850, les deux tiers de la glace permanente des Alpes ont disparu. À cette époque, le glacier du Rhône faisait 350 mètres d’épaisseur de plus et s’étalait sur 1,4 kilomètre supplémentaire. Désormais, ces étendues gelées ont été remplacées par des chutes d’eau, qui se rejoignent dans le nouveau « lac du glacier du Rhône ». Les couvertures ne font que retarder quelque temps la fonte, à un endroit extrêmement localisé, pendant que le reste de la neige disparaît, inexorablement. Une étude a montré qu’à la fin de notre siècle, ce glacier ne sera plus qu’un lointain souvenir. Tout un symbole de la catastrophe à venir. 

Crédit photo à la une : MIGUEL MEDINA via AFP

23 juin 2020 - Augustin Langlade
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