En France, le pouvoir reste une affaire d’hommes. À un an des grandes échéances électorales de 2027, le constat dressé par la deuxième édition de l’index de la féminisation du pouvoir d’Oxfam France est sans appel : la France stagne.
La parité plafonne à 28 % des postes clés du pouvoir en 2026
Longtemps exclues des sphères de décision, les femmes n’ont obtenu le droit de vote en France qu’en 1945, après plus d’un siècle de luttes. Huit décennies plus tard, si leur présence en politique a progressé et que la parité s’est imposée dans la loi, l’égalité réelle reste hors de portée.
Le décalage persiste, comme le souligne Sandra Lhote Fernandes, responsable de la campagne “Justice de genre” d’Oxfam France : « Au rythme actuel, il faudrait encore 78 ans pour atteindre la parité à la tête des mairies en France, soit presque autant de temps que celui qui nous sépare du premier vote des femmes en 1945 ».
Selon l’association, le taux global de féminisation du pouvoir plafonne à 28 %, exactement comme en 2025. Un chiffre qui résume à lui seul l’impasse actuelle : les femmes restent largement minoritaires dans les espaces où se prennent les décisions.
Cette situation dépasse d’ailleurs les frontières françaises. À l’échelle mondiale, seul un pays sur sept est dirigé par une femme, tandis que 101 États n’ont jamais connu de cheffe d’État. Les femmes occupent seulement 22,4 % des postes ministériels et 27,5 % des sièges parlementaires.
Des reculs là où l’on attendait des progrès
La nomination du gouvernement de Sébastien Lecornu et les municipales de mars 2026 auraient pu marquer un tournant. Elles confirment au contraire une stagnation préoccupante.
Côté exécutif, les femmes occupent un tiers des postes clés, une légère hausse qui masque une réalité plus contrastée. Le gouvernement recule, avec 47 % de femmes, soit trois points de moins qu’en 2025. Et seuls 17 % des postes régaliens sont occupés par des femmes.
Après les municipales, la situation se dégrade à l’échelle locale : la féminisation du pouvoir territorial recule d’environ 10 %. Si le nombre de femmes maires progresse légèrement, il chute nettement dans les villes préfectures, passant de 21 à 13. Une régression d’autant plus marquante qu’elle intervient lors des premières municipales appliquant la loi de 2025 sur la parité à l’ensemble du territoire.
Le Parlement n’échappe pas à cette dynamique. Malgré une hausse apparente du nombre de femmes députées, liée au remplacement d’hommes élus maires par leurs suppléantes, la féminisation recule, notamment avec la reprise en main masculine des présidences de commissions, dont seules 13 % y sont présidées par des femmes.
« Nous appelons à une réelle remise en question des responsables politiques à l’horizon 2027 », déclare Sandra Lhote Fernandes.
Seulement 10 % des principaux partis politiques français sont dirigés par des femmes. Et dans trois quarts des cas, les investitures restent pilotées par des hommes.
Les partis politiques jouent un rôle central dans ce déséquilibre. À l’approche de 2027, Oxfam appelle à renforcer les règles : sanctions plus dissuasives contre les partis, conditionnement du financement public au respect de la parité, et réforme de modes de scrutin encore défavorables aux femmes.
S’informer avec des médias indépendants et libres est une garantie nécessaire à une société démocratique. Nous vous offrons au quotidien des articles en accès libre car nous estimons que l’information doit être gratuite à tou.te.s. Si vous souhaitez nous soutenir, la vente de nos livres financent notre liberté.