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En France, 100 000 fermes ont disparu en dix ans

Si l’on observe une appétence de plus en plus poussée des jeunes générations vers un retour à la Terre, les personnes non issues du milieu agricole risquent d’être découragées par un parcours d’installation devenant un véritable parcours du combattant.
10 décembre 2021 - Laurie Debove
Générations, notre nouveau livre qui marque dans le temps l’esprit d’une génération qui se bat pour préserver notre monde

- Thème : Changements climatiques, répression policière, inégalités, agroécologie, politique, féminisme, nature…
- Format : 290 pages
- Impression : France

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Tendance à l’œuvre depuis les années 1970, les dix dernières années n’ont pas fait exception. Le dernier recensement agricole français montre que le pays a perdu 100 000 fermes en dix ans, une baisse d’environ 20%. Un phénomène favorisé par l’agrandissement des fermes, qui empêche les jeunes aspirants paysans, de plus en plus nombreux, de s’installer facilement et constitue un obstacle majeur pour transformer notre modèle agricole en une version écologique capable de subvenir à l’autonomie alimentaire du territoire.

Ce vendredi 10 décembre, le ministère de l’Agriculture a dévoilé les résultats de son recensement agricole décennal, un exercice imposé par Bruxelles aux vingt-sept pays de l’Union européenne.

Constat le plus fort : le nombre d’agriculteurs français a continué à chuter de 21% en dix ans, passant de 490 000 en 2010 à 389 000 en 2020, pour un total de 100 000 exploitations en moins en France métropolitaine.

Parmi les différents secteurs agricoles, l’élevage est le premier concerné par cette forte diminution avec 31% d’exploitations en moins, qu’elles soient spécialisées dans la production de lait ou de viande.

Résultat, les cultures de végétaux sont désormais majoritaires et représentent 52 % du nombre total d’exploitations de la France, tandis que celles axées sur l’élevage ne sont plus que 37 %. Les exploitations en polyculture-élevage ont elles aussi un peu diminué et composent 10 % du nombre de fermes.

Malgré cette baisse du nombre de fermes, la surface agricole utile est restée quasiment la même, et constitue aujourd’hui 50% du territoire métropolitain, contre 51% il y a dix ans.

En cause : l’agrandissement permanent des fermes, encouragé par le modèle agricole industriel, dont la taille moyenne atteint désormais 69 hectares, soit 14 hectares de plus qu’il y a dix ans.

Conséquence néfaste : les petites et micro exploitations ont donc, elles, inexorablement diminué, mettant en péril l’autonomie alimentaire des territoires.

Même Paris, au XIXème siècle, réussissait à nourrir 2,5 millions d’habitants sur une bande de 15km2 (information recueillie auprès de François Léger, agronome à AgroParisTech).

Lire aussi : Les petites fermes sont le futur de notre alimentation, protégeons-les !

Ainsi, si le rythme de disparition des fermes est sensiblement moins fort que dans la décennie précédente, de 3 % à 2,3 % par an, cette tendance inquiète de nombreux acteurs du monde paysan.

« Ayant moins d’exploitations ou ayant moins de paysannes et de paysans, forcément, ceux qui restent reprennent les fermes qui disparaissent. On a une taille de ferme qui augmente avec 14 hectares en plus pour la ferme moyenne en dix ans. Ça veut dire du travail en plus pour ceux qui restent. Cela veut dire de la mécanisation en plus. Cela veut dire des frais en plus et ça veut dire en même temps une difficulté à affronter forcément les transitions écologiques. » explique Nicolas Girod, le porte-parole de la Confédération Paysanne, au micro de Franceinfo

En effet, l’agrandissement continu des fermes françaises empêche les jeunes aspirants paysans à s’installer, faute de moyens financiers et matériels pour prendre le relais sur ces méga-structures agricoles.

Si l’on observe une appétence de plus en plus poussée des jeunes générations vers un retour à la Terre, avec une augmentation des inscriptions dans l’enseignement agricole pour la première année en 2020, les personnes non issues du milieu agricole risquent d’être découragées par un parcours d’installation devenant un véritable parcours du combattant.

Or, ces vocations sont indispensables à la société française pour renouveler le monde paysan, alors que bon nombre d’agriculteurs sont sur le point de partir à la retraite, un agriculteur sur quatre ayant plus de 60 ans.

Egalement, l’essor du bio a continué jusqu’à tripler sa surface en dix ans. Le bio représente aujourd’hui 12% de la surface totale, contre 4% en 2010. Une tendance encourageante qui illustre bien les aspirations sociétales et environnementales de notre époque.

Malheureusement, le dernier plan national français pour la Politique Agricole Commune veut diminuer les aides consacrées au maintien de la bio, pourtant indispensables à la pérennisation d’un modèle agricole soutenable, au profit de grandes fermes mécanisées.

Lire aussi : Les agriculteurs bio se mettent à poil pour dénoncer la baisse des aides dans la réforme de la PAC

On observe donc un décalage flagrant entre les attentes de la société et la politique menée par le gouvernement français, accusé par de nombreuses associations et acteurs du monde paysan de trop prêter l’oreille aux desiderata des grands groupes agro-alimentaires.

Face aux enjeux écologiques et sociétaux, les associations paysannes et environnementales sont bien décidées à lutter jusqu’au bout. La décennie 2020 – 2030 étant cruciale pour limiter l’intensité du dérèglement climatique et l’extinction de la biodiversité, le changement de modèle agricole n’est plus une option.

Lire aussi : Nouvelle PAC : l’Autorité environnementale juge le plan du gouvernement français « inapte » à réduire l’impact de l’agriculture

Crédit photo couv : Ferme abandonnée – Randonnée autour de Prêtreville – PLT14

10 décembre 2021 - Laurie Debove
"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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