En dix ans, l’Amazonie brésilienne a émis plus de carbone qu’elle n’en a absorbé

Entre 2010 et 2019, l'Amazonie brésilienne, qui représente 60% de la forêt amazonienne, a émis environ 18% de plus de carbone qu'elle n'en a absorbé, avec 4,45 milliards de tonnes rejetées, contre 3,78 milliards de tonnes stockées.
3 mai 2021 - Laurie Debove
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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Le scénario tant redouté a fini par arriver. Au Brésil, la forêt amazonienne a rejeté plus de carbone qu’elle n’en a absorbé ces dix dernières années, en raison des dégradations de la forêt et de la crise climatique causées par les activités humaines. C’est ce que révèle, pour la première fois avec des chiffres précis, une étude publiée jeudi 29 avril par une équipe internationale dans la revue scientifique Nature Climate Change.

Une équipe internationale composée des scientifiques d’INRAE, du CEA et de l’Université d’Oklahoma a combiné des observations satellitaires de la biomasse végétale et de surveillance de la déforestation pour étudier l’évolution des stocks de carbone de la forêt amazonienne brésilienne entre 2010 et 2019.

Pour la première fois, cette équipe a pu quantifier l’impact de l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro en 2019 sur l’état de santé de la forêt amazonienne brésilienne, et sans surprise, le résultat est alarmant :

« L’étude montre une nette augmentation de la déforestation en 2019 (3,9 millions d’hectares brûlés), qui est 30 % supérieure à celle observée en 2015 lors de l’épisode de sécheresse extrême d’El Niño, et qui est multipliée par 4 par rapport aux années 2017 et 2018. »

Lire aussi : Amazonie : La déforestation a atteint son plus haut niveau depuis 2008

Fait notable : contrairement à ce qu’aurait pu laisser penser les images dévastatrices des feux de forêt, ce ne sont pas les incendies qui ont provoqué le plus de pertes de carbone. Ces dernières ont été particulièrement importantes en 2015, et même trois fois supérieures à 2019, en raison des « dégradations » imposées sur la forêt.

« Ce qu’on appelle dégradations de la forêt sont tous les événements qui abîment une forêt sans pour autant la détruire. Ces dégradations sont bien sûr liées à la déforestation, avec notamment les fragments de forêt situés en bordure des zones déforestées qui sont fragilisés, mais elles sont aussi directement causées par les coupes ponctuelles d’arbres et les incendies. Par ailleurs, des événements climatiques, comme des sécheresses, augmentent la mortalité des arbres ou les pertes de branches et de feuilles au sein d’une forêt. » explique l’INRAE

Entre 2010 et 2019, l’Amazonie brésilienne, qui représente 60% de la forêt amazonienne, a donc émis environ 18% de plus de carbone qu’elle n’en a absorbé, avec 4,45 milliards de tonnes rejetées, contre 3,78 milliards de tonnes stockées.

Si les images satellites permettaient facilement de mesurer l’ampleur des feux de forêt, le calcul précis des dégradations était lui bien plus délicat. Pour y parvenir, les chercheurs de l’INRAE, CEA et CNRS ont mis au point un indice satellitaire de végétation L-VOD et une nouvelle technique de suivi de la déforestation mise au point par l’université d’Oklahoma.

« Jusqu’à présent, les forêts tropicales captaient une partie du carbone et nous protégeaient contre nos émissions de CO2. Nous espérions qu’elles continuent de le faire. Mais il ne faut plus compter sur les forêts brésiliennes. Notre dernier rempart est en train de basculer. » a expliqué Jean-Pierre Wigneron, chercheur à l’INRAE et auteur de l’étude, à franceinfo

Ces résultats prouvent que la forêt amazonienne du Brésil a désormais passé un point de bascule historique : elle rejette plus de CO2 qu’elle n’en absorbe, laissant craindre un autre état de non-retour sur lequel nous vous alertions en 2019. La forêt amazonienne pourrait bien finir par ne plus pouvoir produire sa propre pluie.

En effet, même si la déforestation prenait fin dès maintenant, les scientifiques ne sont pas du tout certains que la forêt puisse retrouver son état originel en raison de la disparition du microclimat humide normalement alimenté par l’évapotranspiration des arbres.

« Certaines zones sont devenues très sèches et arides et ont subi une érosion des sols. Cela repoussera difficilement. Il y a des endroits déforestés il y a longtemps où c’est déjà irréversible », a confirmé Jean-Pierre Wigneron chercheur à l’INRAE et auteur de l’étude, à franceinfo, en soulignant qu’il n’existe pas de cartographies de ces zones.

En ayant atteint ce point de bascule, la forêt amazonienne brésilienne n’est désormais plus en mesure de freiner les ravages de l’augmentation des émissions de GES induite par l’activité humaine.

Et malgré les grands discours du Président de la République Emmanuel Macron sur l’importance de préserver cette forêt et agir pour le climat, rien n’a été fait depuis le début du quinquennat pour inverser la tendance, au contraire.

Pour nourrir son bétail, la France importe chaque année entre 3,5 et 4,2 millions de tonnes de soja dont 61% est brésilien, ce qui représente plus de 2 millions de tonnes par an. Le directeur du Haut Conseil pour le climat, Olivier Fontan, a rappelé qu’il ne s’agit pas de la seule importation étant responsable de la déforestation.

Au total, 46,3% des importations françaises auraient une part de responsabilité dans la dégradation de l’Amazonie : huiles et graisses végétales et animales, tourteaux (24%), pâte à papier, papier et carton (11,3%), produits de la culture et de l’élevage (11%).

Lire aussi : Les importations ont augmenté les émissions de CO2 de 78% en France

Et étant donné la surexploitation des océans et leur fragilité face à la crise climatique, l’autre « poumon » de la planète va avoir bien du mal à pallier à cette nouvelle catastrophique. Fin mars 2021, une étude publiée dans Nature montrait ainsi que le réchauffement des eaux de surface de l’Océan Austral était en train de ralentir sa capacité à stocker du carbone dans ses profondeurs.

Réorganiser intégralement nos moyens de production et de consommation, et entraîner la décroissance de nos émissions de GES, devient une urgence vitale. Toutes les alertes scientifiques s’accordaient à dire que la décennie 2020 – 2030 est une étape fondamentale de l’irréversibilité de la crise climatique, le point de bascule atteint par la forêt amazonienne du Brésil vient juste de le confirmer.

Crédit photo couv : CARL DE SOUZA / AFP

3 mai 2021 - Laurie Debove
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