Désobéissance : un collectif sauve les semences des Alpes Maritimes

« Ce qui intéresse le gouvernement, c’est de contrôler le marché capitaliste global qui fonctionne sans contact humain. Nous on fonctionne en collectif qui se donne les semences de main à main. On prône la désobéissance s’il le faut. C’est pour nous un droit fondamental de vivre en symbiose avec la Nature, d’accompagner le vivant et d’évoluer avec lui. Ce droit va bien au-delà de toutes les lois capitalistes qui cherchent à privatiser le vivant. » conclut Maxime, fondateur et coordinateur de la MSPM, pour La Relève et La Peste
24 juin 2019 - Laurie Debove
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Face à l’accaparement du vivant par de grands groupes privés, un collectif de paysans, jardiniers, chercheurs et chefs-cuisiniers s’est regroupé pour constituer la « Maison des Semences Paysannes Maralpines ». Ensemble, ils récupèrent, cultivent et diffusent les semences paysannes de la bio-région des Alpes-Maritimes.

Préserver un patrimoine local, vivant et gustatif

Lancé officiellement depuis septembre 2018, la Maison des Semences Paysannes Maralpines (MSPM) réunit une cinquantaine de personnes : paysans, jardiniers, chefs cuisiniers, ou distributeurs comme 21 paysans, un petit magasin de producteurs.

Porté par l’association SOL, qui milite pour des alternatives agroécologiques et solidaires, la Maison des Semences Paysannes Maralpines les collecte, redistribue et propage les savoirs nécessaires pour les cultiver et les multiplier. Maxime, oléiculteur, co-fondateur et coordinateur de la MSPM, sillonne régulièrement les Alpes-Maritimes pour préserver le patrimoine territorial et proposer des fruits et légumes issus de semences paysannes, avec une meilleure qualité nutritive.

« Lundi dernier, j’étais avec une mamie de 80 ans qui me donnait des graines de l’oignon rose doux de Menton. Elle est issue de 4 générations de paysans, et c’était incroyable de voir son savoir-faire, comment sa famille a obtenu un oignon bien plus vigoureux et résistant aux maladies, bien plus productif que tous ceux qu’on peut trouver sur le marché, mais seulement pour le territoire et le climat du coin. Elle a pris 3 heures pour m’expliquer tout son processus : l’ensemble du parcours agronomique, la sélection et multiplication des semences, mais aussi comment on le cuisine. Son grand-père l’a sélectionné pour que ce soit un oignon doux qu’on puisse manger cru. C’est le patrimoine immatériel qui va avec le patrimoine matériel génétique de cette semence. »  raconte Maxime, fondateur et coordinateur de la MSPM, à La Relève et La Peste

La MSPM veut développer les semences paysannes dans tout leur parcours, de la graine à l’assiette. Ainsi, un agriculteur a fait appel au collectif pour retrouver la semence du poivron carré de Nice. Après un an et demi de recherches, la MSPM a retrouvé une souche locale. Ce poivron typique a été développé exprès pour faire les petits farcis, une spécialité gastronomique locale. Pour la MSPM, il s’agit de valoriser toute la graine dans son contexte culinaire, historique, gustatif, géographique… tout en s’assurant qu’elle soit productive pour trouver sa place dans le système alimentaire actuel.

La sélection paysanne

Tomate prune de Nice, mascarade de Breil sur Roya (haricot), pelandron (haricot vert), chou-brocoli de Nice, lagramua (haricot), et de nombreuses courges comme la longue de Nice ou la courge de Moulinet sont autant de variétés qui ont été réparties parmi les paysan.ne.s du collectif. Pour cette première année, une vingtaine de paysan.ne.s a recueilli deux variétés différentes pour réapprendre à les connaître et les cultiver, et faire des graines en quantité de qualité professionnelle.

« L’industrie semencière, avec la technique dite des hybrides F1, choisit des plantes adaptées à l’agriculture mécanisée, aux intrants chimiques et aux longs transports pour la distribution, au détriment de leur valeur nutritive et gustative. Surtout, les paysan.ne.s deviennent complètement dépendants des semenciers et du catalogue du GNIS. Cette méthode seulement réalisable en laboratoire, et complètement hors-sol, enlève au paysan l’autonomie et la possibilité de faire lui-même ses propres semences. A la MSPM, on utilise des techniques de sélection à la portée du paysan et du cultivateur. »explique Maxime, fondateur et coordinateur de la MSPM, à La Relève et La Peste

En réalisant leurs propres semences, les paysan.ne.s peuvent bénéficier d’un modèle économique plus rentable. Ils ne dépensent pas d’argent pour acheter des semences à l’extérieur et cultivent des variétés adaptées aux conditions climatiques locales et à leurs sols, qui sont tout aussi productives que des semences développées en laboratoire.

« On va approcher les Biocoop, des structures un peu plus grandes de distribution, mais on attend d’être prêts, d’avoir la quantité suffisante pour les approvisionner. Au lieu de dire « on arrête les choux hybrides », on propose directement un chou paysan avec une meilleure qualité nutritive, qui rémunère bien le paysan, tout en restant financièrement accessible. » détaille Maxime, fondateur et coordinateur de la MSPM, à La Relève et La Peste

La désobéissance par les semences

La Maison des Semences des Alpes Maritimes s’inscrit dans la lutte contre l’accaparement du vivant par de grands groupes privés. Mis en avant par le dernier numéro de Cash Investigation, la législation française interdit toujours de donner, échanger ou vendre une semence de variété non-inscrite au catalogue officiel des semences à une personne qui en fera un usage commercial. Et c’est cette dernière subtilité sur laquelle joue la MSPM, ainsi qu’avec d’autres fenêtres législatives.

En effet, rien n’interdit aux agriculteurs de sélectionner et de multiplier eux-mêmes leurs semences de variétés non-inscrites au catalogue, de les cultiver et de vendre les récoltes qui en sont issues.

« Avec l’entraide agricole, légiféré dans un article du code rural, un paysan peut échanger un service avec un autre paysan, comme des semences contre un coup de main à la ferme. De la même façon, si je donne des semences à un paysan avec un certificat pour faire de la recherche, là c’est autorisé même si elles ne sont pas inscrites au catalogue. Et dès que j’ai donné les semences à un paysan qui les multiplie, l’année d’après elles deviennent ses graines qu’il aura produites lui-même. Et il pourra donc les utiliser comme il veut. » sourit Maxime, fondateur et coordinateur de la MSPM, à La Relève et La Peste

A la MSPM, la chercheuse du GRAB Chloé Gaspari travaille ainsi sur la reproduction technique des semences, et accompagne les membres du collectif dans la sélection participative en proposant des critères qui correspondent à l’ensemble des acteurs la chaîne alimentaire. L’agronome Clémentine Antier travaille sur les aspects sociologiques et les freins à l’utilisation des semences paysannes par les paysans, pour changer de paradigme de façon plus globale et ne pas s’adresser aux seuls militants.

« Ce qui intéresse le gouvernement, c’est de contrôler le marché capitaliste global qui fonctionne sans contact humain. Nous on fonctionne en collectif qui se donne les semences de main à main. On prône la désobéissance s’il le faut. C’est pour nous un droit fondamental de vivre en symbiose avec la Nature, d’accompagner le vivant et d’évoluer avec lui. Ce droit va bien au-delà de toutes les lois capitalistes qui cherchent à privatiser le vivant. » conclut Maxime, fondateur et coordinateur de la MSPM, pour La Relève et La Peste

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