Des milliers d’oiseaux migrateurs sont morts de faim aux Etats-Unis

Pour Martha Desmond, professeure de biologie à l’université d’État du Nouveau-Mexique, la même conclusion s’impose. Ayant également étudié des cadavres, l’universitaire a déclaré au Guardian que les oiseaux avaient perdu la plupart des muscles qui leur permettent de voler, ce qui signifie que leur état de famine pourrait avoir duré longtemps, très longtemps.
4 janvier 2021 - Augustin Langlade
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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Des oiseaux tombant par milliers du ciel : c’est le spectacle auquel ont assisté, impuissants, les États-Unis, entre la fin du mois d’août 2020 et la première moitié de septembre. Un récent rapport démontre que ces oiseaux sont morts de faim.

L’affaire avait fait peu de bruit, et pourtant, le discret milieu des ornithologues parlait alors de « tragédie nationale ». En septembre dernier, dans le sud-ouest des États-Unis — Nouveau-Mexique, Colorado, Texas, Arizona — des centaines de milliers d’oiseaux migrateurs, peut-être des millions, ont été victimes d’une vague de mortalité inédite, dont certaines causes viennent à peine d’être élucidées.

Tout commence le 20 août, au Nouveau-Mexique. Comme le rapporte CNN, des habitants et des biologistes des quatre coins de cet État découvrent ce jour-là que des oiseaux jonchent le sol par centaines, quand d’autres font preuve d’un comportement incompréhensible.

Fauvettes, merles, moineaux, piouis et moucherolles tombent du ciel, heurtent les voitures, agonisent dans les jardins et sur le bord des routes, ou encore, léthargiques, se laissent approcher par les êtres humains ou dévorer par des prédateurs.

Très vite, les scientifiques s’aperçoivent que tous ces oiseaux ont comme point commun d’être de petits migrateurs parcourant de très longues distances. Chaque année, après avoir passé l’été en Alaska ou au Canada, ces espèces quittent les paysages de la toundra arctique pour rejoindre leurs quartiers d’hiver en Amérique centrale ou du Sud.

Pendant ce trajet de plusieurs milliers de kilomètres, ils survolent le sud-ouest des États-Unis, où ils atterrissent par étapes avant de reprendre leur long voyage. Cette année, quelque chose ne s’est donc pas déroulé comme prévu. Mais quoi ?

Photograph: Allison Salas/New Mexico State University

Au moment des faits, plusieurs hypothèses ont été avancées, l’une d’entre elles retenant davantage l’attention des ornithologues. Les feux de forêt historiques qui ont ravagé certains États de l’Ouest américain, en particulier la Californie et l’Oregon, auraient pu forcer ces oiseaux migrateurs à s’écarter des territoires côtiers, riches en eau et en nourriture, puis à se rabattre sur l’intérieur des terres, à travers le désert de Chihuahuan, à cheval entre les États-Unis et le Mexique. Là, ils seraient morts de faim. Mais le calendrier ne concordait pas tout à fait avec l’hécatombe, car les feux de forêt étaient partis en septembre, alors que les premiers oiseaux avaient été retrouvés en août.

C’est pourquoi 170 cadavres ont été envoyés au National Wildlife Health Center de Madison, dans le Wisconsin, un laboratoire dépendant de l’Institut d’études géologiques des États-Unis et spécialisé dans l’étude des pathogènes chez les animaux. Publiés à la fin du mois de décembre, les résultats d’une quarantaine d’autopsies ont apporté quelques éléments de réponse.

Selon les scientifiques, il ne pourrait s’agir de maladies virales ou bactériennes transmissibles, ni d’une prolifération de parasites, ni d’une intoxication des oiseaux aux pesticides, aucune trace de ces derniers n’ayant été repérée dans les prélèvements. Contre toute attente, l’intérieur des poumons ne présente pas non plus de lésions que les nappes gigantesques de fumée auraient pu causer à ces espèces très sensibles aux pollutions. 

Reste la seule supposition plausible : ces oiseaux migrateurs sont morts de faim. Environ 80 % des carcasses analysées par le laboratoire montraient des signes d’épuisement dûs à la famine, émaciation, rétrécissement des muscles, insuffisance rénale, fuites de sang dans les intestins.

Les biologistes ont remarqué que la plupart des carcasses collectées étaient celles d’insectivores et de migrateurs longue distance. Photographie: Allison Salas / New Mexico State University

Pour Martha Desmond, professeure de biologie à l’université d’État du Nouveau-Mexique, la même conclusion s’impose. Ayant également étudié des cadavres, l’universitaire a déclaré au Guardian que les oiseaux avaient perdu la plupart des muscles qui leur permettent de voler, ce qui signifie que leur état de famine pourrait avoir duré longtemps, très longtemps. 

Les petits migrateurs ont probablement commencé leur voyage dans un certain état de malnutrition, puis rencontré un manque récurrent de nourriture sur toute la durée de leur parcours.

Alors qu’ils se dirigeaient vers la côte Ouest des États-Unis, les feux catastrophiques les auraient forcés, pour la plupart, à traverser le sud-ouest du pays, dont certains États comme le Nouveau-Mexique ont connu l’une des années les plus sèches de leur histoire.

Confrontés d’un côté aux incendies, de l’autre à l’aridité tuant les insectes et les baies dont ils se nourrissent, les oiseaux auraient ainsi subi deux conséquences évidentes du réchauffement climatique.

Selon une étude de grande ampleur publiée en 2019 par la revue Science, les populations d’oiseaux migrateurs des États-Unis auraient chuté de 13,9 % entre 2007 et 2017. Toutes espèces confondues, le déclin de ces cinquante dernières années serait de 25 %, soit trois milliards d’oiseaux de moins en Amérique du Nord depuis 1970.

Les migrateurs sont particulièrement menacés par le réchauffement climatique, car les variations extrêmes de températures bouleversent le rythme de leurs exodes. Partis trop tôt l’année dernière, ces centaines de milliers d’oiseaux n’avaient pas assez emmagasiné de nourriture, et une sécheresse exceptionnelle sur leur trajet a fini de les conduire à la mort.

4 janvier 2021 - Augustin Langlade
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