Cet été, le comité de jumelage Kemper-Balata a organisé la venue de huit jeunes du camp de réfugiés de Balata, en Cisjordanie, pour une tournée en Bretagne. Entre représentations de danse, visites et rencontres avec des collégiens, ce séjour visait à offrir une parenthèse de normalité à ces jeunes Palestiniens. Récit d’une initiative humaine qui a confronté des réalités que tout oppose.
Le camp de Balata, situé en banlieue de Naplouse, est le plus grand de Cisjordanie. Créé après 1948, il regroupe aujourd’hui environ 35 000 habitants. Contrairement aux idées reçues, Balata est une ville de béton dense où, malgré l’ancienneté, les conditions restent précaires : infrastructures défaillantes, pollution de l’eau, accès restreint à l’électricité et un taux de chômage avoisinant les 60 à 70 %.
La culture, levier de sensibilisation
À l’initiative de ce projet se trouve le comité de jumelage Kemper-Balata, porté par Grégory Lebert, éducateur spécialisé quimpérois. Le lien s’est tissé avec Razan Imad Zaki, médecin et fille du président du comité populaire du camp — ces organisations élues qui gèrent les services de base dans les camps palestiniens.
L’objectif de cette tournée était délibéré : utiliser la valorisation de la culture, notamment le Dabke, pour toucher un public large.
« Nous voulions dépasser le cercle des convaincus », explique Grégory Lebert, pour La Relève et La Peste. « Une conférence classique sur le non-respect du droit international aurait pu rebuter. Les populations locales ne sont pas toujours très renseignées en politique internationale et peuvent avoir peur d’aller à un événement trop politisé. En passant par la danse, les traditions partagées, nous avons créé un espace où le public a pu, par ricochet, entendre des récits de vie et découvrir la réalité quotidienne des Palestiniens. »
Un miroir entre deux enfances
Le séjour a été ponctué de rencontres, notamment au collège Diwan de Quimper. Pour les élèves bretons, cette visite a résonné avec une préoccupation partagée : la défense de leur propre culture, elle aussi parfois menacée ou réduite au folklore.
Cette convergence entre deux jeunesses soucieuses de protéger leur identité et de faire exister leur culture face aux volontés d’invisibilisation a été le socle de ces échanges.
« On était super contents de les accueillir, ils nous ont montré leurs danses traditionnelles. C’était super beau, on a dansé tous ensemble aussi ! », témoigne Juliette.
Un avis partagé par Théo : « On s’est vite trouvé des points communs, on a parlé de musique et de foot. On a joué au foot ensemble, on leur a montré le gouren, la lutte bretonne. Ils se sont prêtés au jeu, c’était drôle. »
« Leur danse traditionnelle ressemble un peu à nos danses à nous ; mais en plus dynamique ! » remarque Juliette.
Un travail de coordination colossal
Le projet a nécessité une logistique importante : coordination entre quatre villes et une quinzaine de partenaires associatifs et institutionnels, hébergements et gestion des aléas…Il a également permis des rencontres officielles avec la mairie de Quimper et l’installation d’une exposition photo sur la situation à Balata dans le hall de l’hôtel de ville.
« C’est un acte politique fort, même si ce n’est qu’une expo photo. Je trouvais intéressant que la question palestinienne ne soit pas cantonnée aux quartiers populaires, mais qu’elle soit visible par tous, dans le centre-ville », confie Grégory Lebert avec fierté.
Lors d’une soirée au tiers-lieu Flux, l’association a favorisé une mixité rare, réunissant des populations aux horizons divers autour des récits de ces jeunes. Grégory Lebert a également été surpris par les dynamiques internes du groupe.
« J’ai été ému par la franchise et la force des deux jeunes femmes qui accompagnaient le groupe. Elles étaient affirmées et curieuses, nos échanges ont été extrêmement enrichissants.»
Une bulle sans soucis
Pour les organisateurs comme pour les jeunes participants, ce séjour restera une parenthèse marquante. « Nous avons vécu certains des plus beaux moments de notre vie, en ressentant ce qu’était la liberté et la tranquillité », conclut Rahaf.
Ce séjour a été une confrontation directe avec une réalité différente. « Ce qui nous a le plus impressionnés, c’est l’absence de checkpoints militaires qui restreignent les mouvements », soulignent Leen et Yazeed.
« Ici, j’ai tellement bien dormi, sans la peur ou l’angoisse d’une entrée de l’armée dans le quartier », confie Rahaf, 11 ans.
Au-delà de la dimension politique, ce mois passé en Bretagne a offert à ces enfants une parenthèse de sérénité indispensable. Cette rencontre a mis en lumière une réalité souvent occultée : malgré les distances géographiques, les cultures sont souvent bien plus proches qu’on ne le croit. Si ce projet ne règle pas le conflit, il prouve que chaque acte de solidarité est un levier essentiel.
En créant un lien tangible entre cette jeunesse bretonne et palestinienne, il rappelle que l’empathie est un rempart contre l’oubli et que chaque moment de liberté offert est un pas vers un monde plus humain.
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