Dans les rues d’Addis-Abeba, capitale de l’Éthiopie, retentissent les roulettes des skateboards d’un groupe de femmes qui défient les normes sociales et réinventent leur liberté. Dans une société conservatrice, où les sports et l’espace public sont principalement réservés aux hommes, ce mouvement féminin fait parler de lui.
Une communauté de skateuses en pleine expansion
Le skateboard, sport né sur les trottoirs californiens dans les années 1950, s’est progressivement implanté en Éthiopie, avec la création du premier skatepark officiel d’Addis-Abeba en 2016, mais demeure pourtant une pratique majoritairement masculine dans ce pays d’Afrique de l’Est.
C’est en 2020 que Sosina Challa, alors âgée de 22 ans et considérée comme l’une des premières skateuses du pays, fonde un groupe exclusivement féminin avec son ami Micky Asfaw : les Ethiopians girls skaters. Depuis, une véritable communauté voit le jour, permettant ainsi à une soixantaine de jeunes skateuses d’investir l’espace public.

Skateuses Ethiopiennes en tenue traditionnelle – Crédit : Petrosteka
Ce groupe intergénérationnel, pouvant mêler des enfants d’une dizaine d’années à une mère de famille de 43 ans, se retrouve autour du skateboard dans la joie et la sécurité.
« Chaque matin, je me réveille avec l’objectif d’aller au-delà de mes limites », déclare Burtekan, mère de deux enfants.
La glisse au service de l’émancipation
Chaque samedi, le skatepark d’Addis-Abeba – l’un des rares du pays – devient une scène d’apprentissage, d’expression et de décontraction. Qu’elles soient en jeans, baskets ou en robes traditionnelles appelées Habesha Kemis, ces skateuses insufflent un vent de liberté.

« Happy Ethiopian new year » – Crédit : Petrosteka
Pour elles, cette pratique dépasse largement la dimension sportive. Ce rendez-vous hebdomadaire est un vrai symbole de liberté et d’égalité, loin des obligations traditionnelles qui pèsent sur les jeunes femmes au quotidien. Une manière de contester les stéréotypes de genre assignant souvent les femmes à l’espace domestique. Également un moyen concret de se soutenir et de redéfinir leur identité.
Outre le plaisir de maîtriser la glisse, ces jeunes femmes découvrent une autonomie physique et mentale, où apprendre à tomber et à se relever devient un outil de lutte pour faire face au patriarcat et insuffle une nouvelle voie.
Bien que cette pratique ne soit pas totalement acceptée en dehors de la vie du skatepark, les hommes et les garçons de la communauté éthiopienne de skate montrent leur solidarité en les encourageant et en partageant leur matériel.
Vers un changement plus large
Au-delà des skateuses d’Addis-Abeba, on retrouve des pratiques semblables dans d’autres villes éthiopiennes comme Awassa ou Konso. Cependant, même si la scène du skate à Addis-Abeba se développe, il reste encore beaucoup de travail à faire en dehors de la capitale, notamment dans les zones plus rurales du sud.
Ce mouvement n’est pas seulement une tendance locale puisqu’il attire l’attention à l’international et inspire d’autres initiatives.
Depuis 2015, des mouvements similaires se déploient sur le continent africain. La plus ancienne communauté féminine de skate nommée Girls Skate South Africa en Afrique du Sud montre que la dynamique féminine dans ce sport existe en Afrique depuis au moins une décennie.
Dans d’autres pays comme le Nigeria, le Maroc, le Kenya, le Ghana et l’Ouganda, des collectifs se sont formés progressivement entre 2018 et 2024.
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