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Ce pêcheur artisanal a vaincu les chaluts de fond en larguant d’immenses blocs de béton en mer

Au total, 800 blocs de béton et marbre ont été immergés, dont 49 sculptures sous-marines. Assez pour obliger les chalutiers à contourner la zone : « nous avons stoppé le chalutage illégal dans la zone à 90 % », sourit Paolo.

Face aux ravages des chaluts de fonds sur son paradis d’enfance, le pêcheur italien Paolo Fanciulli a décidé d’agir. De la dénonciation aux autorités publiques à l’attaque frontale des chalutiers, Paolo a eu une idée de génie : il a fait larguer 800 blocs de béton pour empêcher les chaluts de racler les fonds marins. Grâce à sa détermination, la vie marine est revenue.

Les dégâts des chaluts de fond

Dans son enfance, la baie de Talamone, en Toscane, était un véritable paradis foisonnant de vie. Mais lorsque Paolo Fanciulli a commencé à pêcher vers l’âge de 15 ans, en 1980, certains pêcheurs de son village abandonnaient la pêche artisanale en raison de l’intensification de la pêche industrielle par les grands chalutiers.

« Ces derniers détruisaient les fonds marins et les frayères avec leurs immenses filets (illégaux). Les chalutiers capturaient et tuaient également d’énormes quantités de petits poissons, impropres à la vente, tout près des côtes, là où la pêche est strictement interdite, provoquant ainsi l’appauvrissement des stocks halieutiques. Le manque de contrôle des autorités n’a fait qu’aggraver la situation », raconte Paolo pour La Relève et La Peste.

Le chalutage de fond est interdit à moins de 5,5 kilomètres des côtes, mais les chalutiers enfreignaient la loi en pêchant de nuit, quand aucune patrouille n’est là pour mesurer la distance réglementaire. L’électrochoc de Paolo : la destruction des herbiers de Posidonie, qui séquestrent le carbone et abritent de nombreuses espèces, et des coraux de mer.

La sélection des poissons est obligatoire avec les techniques de pêche traditionnelles. Seuls les poissons commercialisables sont conservés, tous les autres sont remis à la mer, vivants.

« La pêche au chalut n’est pas soutenable car c’est fait avec ces chaînes monstrueuses qui raclent les fonds marins », explique Paolo. « C’est comme si un chasseur brûlait une forêt entière pour tuer un seul ours. Le pire, c’est que 98% des prises sont rejetées, c’est un type de pêche ravageur pour la mer toute entière »

Paolo a commencé par alerter les autorités, en vain. Il a alors agi, d’abord seul, à bord de son petit canot face aux immenses chaluts.

« Au départ, des embuscades nocturnes par tous les temps, des épaves et du fil barbelé jetés à la mer, des poursuites audacieuses, des rapports aux autorités, des procès – toujours au péril de ma vie. Pendant que les grands chalutiers remplissaient leurs filets en bafouant la loi, je cumulais menaces, nuits blanches et dangers pour ma propre vie », raconte-t-il pour La Relève et La Peste.

Paolo installe les filets pour une journée de pêche sur la côte de la Maremma.

L’union des pêcheurs artisanaux face aux chaluts

Peu à peu, « grâce à un travail de persuasion très long et difficile », d’autres pêcheurs se sont joints à lui pour sauver leur mode de vie. Ensemble, ils ont attaqué le port de San Stefano, en bloquant l’entrée d’un port pour empêcher les chalutiers de venir vendre leur cargaison.

Cette mobilisation a transformé Paolo Fanciulli en porte-voix de la lutte contre le pillage maritime. Forts de cette nouvelle aura médiatique, Paolo et les pêcheurs artisanaux décident de de passer à l’étape supérieure grâce au soutien d’ONGs comme Greenpeace et le WWF.

« En 2006, j’ai eu l’idée que seuls des obstacles physiques placés sur le fond marin pouvaient empêcher les chalutiers industriels de pêcher illégalement. Dans un premier temps, j’ai immergé des centaines de blocs de béton sur le fond marin. Ces blocs étaient percés de trous et munis de crochets en acier pour permettre aux poissons de remonter à la surface », détaille-t-il pour La Relève et La Peste.

Les premiers prototypes sont trop légers et espacés entre eux. Paolo a alors demandé aux carrières de pierres de Carrare si elles pouvaient lui fournir des blocs de marbre pour sculpter des œuvres, les déposer au fond de l’eau, et créer un musée sous-marin anti-chalut, baptisé La Casa di pesci (la maison des poissons) sur le fond marin face à Rocca di Talamone, jusqu’à Ombrone.

Au total, 800 blocs de béton et marbre ont été immergés, dont 49 sculptures sous-marines, réalisées par des artistes de renommée internationale et pesant entre 15 et 20 tonnes environ. Assez pour obliger les chalutiers à contourner la zone, de peur d’avoir les filets empêtrés dans les blocs : « nous avons stoppé le chalutage illégal dans la zone à 90 % », sourit Paolo.

Chaque bloc de marbre a été sculpté afin de créer un musée sous-marin.

Le retour de la vie marine

« La Maison des Poissons témoigne du pouvoir de l’art pour la protection de l’environnement », s’enthousiasme Paolo pour La Relève et La Peste. « De nombreuses espèces de poissons qui semblaient avoir disparu sont désormais présentes : par exemple, le mérou, le homard, la dorade et plusieurs autres. La population de dauphins a également augmenté. »

Pionnier du tourisme de pêche et d’ichtyotourisme en Italie, Paolo continue de sensibiliser les voyageurs, touristes et locaux à bord de son bateau, le Sirena, pour une sortie de pêche à la journée ou un dîner dans son restaurant.

« Comme je dis toujours, l’environnement se sauve à table. A chaque fois que vous mangez du poisson, demandez-vous qui l’a pêché et comment ? qui cultive et de quelle manière ? », rappelle Paolo.

Paolo et son équipage pêchent tous les jours. Ce fait leur permet de prendre conscience de l’état de santé de la mer.

Pour l’aider à étendre la protection des mers à d’autres zones, Patagonia a lancé une pétition. Le pêcheur toscan continue de créer des havres de vie sous-marine. Il travaille actuellement sur un autre projet appelé « La Casa dei Polpi » (la maison des poulpes). En effet, certains bateaux industriels pêchent illégalement les poulpes à l’aide de milliers de pièges à bouteilles en plastique. A cause d’eux, les poulpes risquent l’extinction.

« Je lutte contre cette pratique illégale et dépose sur les fonds marins des milliers d’amphores en terre cuite. Cela permettra aux poulpes de se rétablir en toute sécurité », détaille Paolo pour La Relève et La Peste.

Et il souhaite encore aller plus loin : faire sculpter d’autres blocs de marbre pour créer un musée sous-marin abritant une centaine de sculptures et des mini-villes abritant poissons et autres organismes marins comme des moules.

Paoloa aimerait bannir la pêche industrielle de toute la région de Monte Argentario afin de sauver les coraux, pour qu’eux aussi puissent se rétablir, à l’image des herbiers de posidonie, algues, anémones, étoiles de mer et oursins de la baie de Talamone. Le combat victorieux de ce pêcheur toscan nous rappelle que la vie ne demande qu’à croître, si on lui en laisse la place.

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Laurie Debove

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