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Carnets de Solidarité, un autre regard sur les migrants

Les résultats aux élections européennes montrent à quel point le repli sur soi et la peur de l’autre prédominent toujours chez une grande partie de la population. Alors qu’en 2018, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) a reçu 122 743 demandes d’asile, mais n’en ont accordé que 33 380, « moitié moins qu’un public au Stade de France » précise Julia, « on est très loin des vagues migratoires d’après-guerre ».
28 mai 2019 - Laurie Debove
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Générations, notre nouveau livre qui marque dans le temps l’esprit d’une génération qui se bat pour préserver notre monde

- Thème : Changements climatiques, répression policière, inégalités, agroécologie, politique, féminisme, nature…
- Format : 290 pages
- Impression : France

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La web-série « Carnets de Solidarité » est d’abord l’histoire d’une rencontre : celle de la réalisatrice Julia Montfort et d’Abdelhaq, jeune tchadien en exil. Profondément changée par cette expérience, Julia a décidé d’aller filmer les poches de solidarité partout dans le pays pour mieux comprendre et expliquer qui est cette France invisible.

Rendre visibles ceux que les autorités veulent cacher

De retour de 4 jours tournage à Calais pour le deuxième épisode de sa web-série « Carnets de Solidarité », Julia Montfort a pu y observer à quel point le gouvernement a mis en place une « politique de gestion d’invisibilisation » des migrants.

« La traque est quotidienne. La police vient tous les jours pour lacérer les tentes ou les confisquer, officiellement dans le but d’éviter les « points de fixation », c’est à dire les campements. Résultat, les gens se cachent dans les forêts, les buissons, partout où ils peuvent, et tentent encore plus de fuir en Angleterre. En seulement quatre jours, deux migrants sont décédés : l’un en sautant d’un camion, et l’autre écrasé par une voiture. C’est du harcèlement pur et dur. » nous raconte au téléphone Julia Montfort, réalisatrice et journaliste

D’où le nom de ce deuxième épisode, « Exilés, la traque », qui sortira mi-juin. De Calais à Paris, Julia veut montrer comment la chasse aux campements est devenue une priorité des autorités, mais aussi ces moments du réel d’une grande humanité, comme cette bénévole qui s’improvise grand-mère de cœur à un jeune refugié.

A Paris, l’association « Solidarités Migrants Wilson » fait des maraudes toutes les semaines pour distribuer de l’eau, de la nourriture ou des couvertures aux gens dans le besoin.

Abdelhaq, une ouverture sur des histoires de vie tragiques

En ouvrant leurs portes au jeune tchadien Abdelhaq, Julia et son compagnon Cédric n’imaginaient pas le lien profond qu’ils noueraient avec lui. C’est grâce à l’annonce facebook de la directrice de l’école Thot, qui donne des cours de français aux demandeurs d’asile et aux réfugiés, que Julia fait la connaissance d’Adbelhaq qui recherchait un hébergement en urgence.

« Je m’intéressais déjà à la problématique des exilés et aux activités de l’école Thot. Lorsque j’ai vu l’annonce de la directrice, je me suis dit que c’était l’opportunité d’agir. Au départ, Cédric et moi avons dit oui pour quelques jours, ce qui nous paraissait bien. En fait, ça a été vraiment comme un choc, car on se retrouve face à un être humain et plus du tout ce refugié qu’on imagine. En voyant qu’il ne possédait que les affaires qu’il portait et un petit sac à dos dans lequel il n’y avait rien à part son dossier d’exil, je me suis dit qu’il pouvait rester une semaine de plus. En apprenant à le connaître et en découvrant son histoire, on a senti très vite qu’Abdelhaq était entré dans nos vies et qu’il en sortirait pas. » Julia Montfort

Abdelhaq a dû fuir son pays, le Tchad, car ses parents sont des opposants au régime autoritaire en place depuis 30 ans. Après avoir été torturé en prison par les autorités tchadiennes, il décide de ne pas suivre les rebelles mais part sur la route. Il sera fait prisonnier pendant cinq ans par un Libyen qui l’utilise comme domestique. Il parvient à s’enfuir, prendre un bateau en Méditerranée jusqu’à passer l’Italie, pour se faire attraper à la frontière. Heureusement, une policière décide de le laisser passer. De Nice, il monte jusqu’à Paris et se retrouve face aux difficultés de la procédure d’asile.

L’accueil de Julia et Cédric ont permis à Abdelhaq de reprendre des forces, et d’entrer en contact pour la première fois en cinq ans avec sa mère, restée au pays. Après un an et demi d’hébergement, il vit désormais avec un couple à la retraite qui a pris le relais, et suit une formation en apiculture grâce à l’association Espero. Il a de bonnes pistes pour un emploi d’apiculteur, ce qui pourrait l’aider à obtenir une régularisation de sa situation.

La solidarité plus forte que la peur

« Quand Abdelhaq est arrivé en 2017, je n’en ai parlé à personne par peur de la dénonciation. Puis j’ai commencé à le présenter à mes amis. Tout ce que ce garçon me racontait, il fallait en faire quelque chose. Abdelaq était d’accord pour raconter son histoire car il avait l’impression que sa voix n’était pas entendue. Son vœu reste de pouvoir rentrer chez lui un jour, si le pouvoir change. » nous explique Julia Montfort

A l’époque, Julia et son compagnon sont en effet hors-la-loi puisqu’il était illégal d’héberger un réfugié. Grâce au combat de Cédric Herrou, la législation a depuis évolué et l’hébergement est maintenant toléré. En revanche, il est toujours interdit d’aider un réfugié à passer la frontière ou de le transporter, ce qui veut dire qu’on peut légalement les héberger mais pas les amener en voiture chez le médecin s’ils en ont besoin.

Les résultats aux élections européennes montrent à quel point le repli sur soi et la peur de l’autre prédominent toujours chez une grande partie de la population. Alors qu’en 2018, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) a reçu 122 743 demandes d’asile, mais n’en ont accordé que 33 380, « moitié moins qu’un public au Stade de France » précise Julia, « on est très loin des vagues migratoires d’après-guerre ».

« Je pense qu’il y a énormément de peur derrière ces votes. Dans les prospectus que nous avons tous reçus, le premier mot du RN c’est « migrant », avant même la casse des services publics. L’un des épisodes sera donc consacré au rejet, pour vraiment pouvoir confronter les points de vue. Dans les villages qui ne voulaient pas accueillir de Centre d’Accueil et d’Orientation des migrants, tout se passe maintenant très bien comme à Luc-en-Provence. Le rejet pur et dur des exilés, c’est symptomatique de la figure inquiétante de l’étranger, on est dans des mythes d’anthropophagie, cette peur d’être dévoré par l’autre. » détaille Julia Montfort

Avec le lancement de la web-série, Julia a vécu de plein fouet cette peur de l’autre en subissant une énorme campagne de harcèlement sur YouTube : elle a reçu des insultes et même des menaces de mort. Obligée de modérer les messages les plus haineux, elle va porter plainte contre X et espère ouvrir les yeux à ses détracteurs sur la violence de leurs propos.

« La première saison va comprendre 7 épisodes. L’idée n’est pas de dire à tout le monde d’ouvrir ses portes mais de mieux faire comprendre qui sont les migrant-e-s et les personnes qui les aident. Nous sommes tous capables de solidarité et d’entraide, et nous en avons tous besoin. »

28 mai 2019 - Laurie Debove
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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Générations Notre nouveau livre « Générations » marque dans le temps l’esprit d’une génération qui se bat pour préserver notre monde. Changements climatiques, répression policière, inégalités, capitalisme hors de contrôle : la nouvelle génération va devoir relever des défis inédits, pour certains presque insurmontables. Mais que ressent-elle ? Quel sens donne-t-elle au présent ? Et comment perçoit-elle l’avenir ? C’est ce que nous avons cherché à comprendre dans ce nouveau livre-journal, « Générations ».
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