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BLOOM lance l’alerte : la France et l’Espagne ne respectent pas la loi sur le chalutage de fond

L’industrie de la pêche espagnole a également surenchéri et menacé la Commission européenne d’intenter contre elle une action en justice si l’accord venait à s’appliquer aux écosystèmes marins les plus vulnérables.
5 août 2022 - Maïté Debove
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Générations, notre nouveau livre qui marque dans le temps l’esprit d’une génération qui se bat pour préserver notre monde

- Thème : Changements climatiques, répression policière, inégalités, agroécologie, politique, féminisme, nature…
- Format : 290 pages
- Impression : France

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En juin 2021, la Commission européenne a publié les résultats de son évaluation au Règlement de 2016 sur la pêche en eaux profondes de l’UE, et spécifiquement les eaux européennes de l’Atlantique Nord-Est. Elle souligne le manque de progrès dans la fermeture des zones vulnérables et écosystèmes à protéger. En juillet 2022, au cours d’une réunion de la Commission européenne, des États concernés et de l’industrie de la pêche, les réticences, voire des menaces, sont toujours présentes. L’association BLOOM appelle la Commission européenne à ne pas flancher face aux lobbies industriels et exhorte les États membres à appliquer le règlement pour défendre les océans et ses écosystèmes, gage de santé de notre planète.

En 2016, les Etats membres, la Commission et Parlement européen trouvent enfin un accord après plusieurs années de lutte, et le chalutage de fond est interdit à plus de 800 mètres, et à plus de 400 mètres dans les zones dites « écosystèmes marins vulnérables » des eaux européennes.

Selon l’association loi de 1901 et à but non-lucratif BLOOM, qui oeuvre pour la conservation marine à travers sensibilisation, production d’études scientifiques et participation à des consultations publiques et des processus institutionnels :

« 10 chalutiers industriels peuvent détruire une ville de la taille de Paris en moins de deux jours. »

BLOOM a dénoncé le 1er août sur Twitter l’absence de réactivité de l’Espagne et de la France pour respecter la fermeture aux zones contenant les écosystèmes particulièrement fragiles.

En effet, afin de les localiser, il était nécessaire que la Commission européenne reçoive les données scientifiques correspondantes. Pour les obtenir, l’institution a lancé plusieurs rappels, puisque la réglementation devait être mise en application en 2018. En 2021, le Conseil international pour l’exploration de la mer (CIEM) délivre ses résultats : 87 zones fragiles sont à sauvegarder en priorité.

En juin 2021, un acte d’obligation par la Commission européenne a enfin été adopté par les États membres pour fermer ces 87 zones prioritaires. Son entrée en vigueur est prévue pour septembre 2022.

Cependant, depuis, le secteur du chalutage de fond espagnol a demandé avec virulence à reporter la date, voire à invalider le vote originel de 14 sur 27 pays, soit la majorité des États membres.

Le mardi 26 juillet, la Commission européenne a organisé une réunion en ligne avec les États membres, les ONGs et les scientifiques du CIEM pour finaliser la fermeture. D’après BLOOM, l’industrie de la pêche française et espagnole, avec le soutien de leurs gouvernements respectifs, ont annoncé refuser la fermeture des zones concernées, en dépit de l’accord passé en 2016.

L’industrie de la pêche espagnole a également surenchéri et menacé la Commission européenne d’intenter contre elle une action en justice si l’accord venait à s’appliquer aux écosystèmes marins les plus vulnérables.

En plus de l’association BLOOM, plusieurs ONGs présentes se sont positionnées contre les propos tenus, dont Deep Sea Conservation Coalition (une alliance de 100 organisations pour la protection et conservation de la biodiversité en haute mer), Oceana, Ecologistas, ou encore Sharkproject.

Lire aussi : Des parlementaires et pays du Pacifique veulent stopper l’exploitation minière des fonds marins

Si peu est encore connu des grands fonds marins, il est avéré que l’exploitation et l’érosion des habitats des profondeurs entraînent des pertes de la biodiversité qui sont irréversibles sur plusieurs générations, tels que la destruction d’habitats essentiels à la survie (coraux, éponges, tubes de vers, récifs de bivalves, champs de rochers, récifs), la surexploitation d’espèces qui ne peuvent plus se reconstituer, la perte d’espèces uniques et écologiquement importantes (avant même d’avoir étés découvertes et comprises), l’interruption de processus écologiques entre les différents niveaux de la mer.

Le chalut de fond a donc un effet destructeur pleinement admis par les scientifiques et les institutions, en plus de consommer chaque année des milliards de litres de carburant et de générer des émissions de CO2.

Lire aussi : Une coalition d’ONG exige la fin du chalutage de fond, un désastre pour les océans

Claire Nouvian, fondatrice de BLOOM, a déclaré dans un communiqué de l’association : « Ces quatre années de retard dans la mise en œuvre du règlement sur la pêche profonde ont permis aux navires les plus destructeurs de continuer à détruire les écosystèmes les plus fragiles de l’océan. Ces habitats uniques qui abritent des animaux à longue durée de vie, tels que des coraux millénaires, auraient dû être strictement protégés dès 2018 comme l’exigeait la législation, mais les États membres de l’UE ont fait traîner les choses pour éviter les fermetures. C’est inacceptable.

« Nous disons maintenant aux États membres de l’UE : mettez-vous au travail et protégez la biodiversité des eaux profondes contre les dégâts causés par le chalutage de fond ! ».

5 août 2022 - Maïté Debove
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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