Avec les écoféminismes, se projeter autrement dans l’après-covid19

L’écoféminisme est un mouvement politique et philosophique hétérogène qui établit une corrélation entre la destruction des écosystèmes par le capitalisme et l’oppression des femmes par le patriarcat. Ses courants sont nombreux, mais tous encouragent la construction de mondes qui ne détruiraient ni les humain·e·s, ni les natures au sein desquelles ils·elles vivent.
19 mai 2020 - Laurie Debove
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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La crise sanitaire actuelle nous montre les limites du système capitaliste, productiviste et individualiste, basé sur l’exploitation infinie des ressources. Elle exacerbe également les violences du système patriarcal : exploitation du travail invisible des femmes, exclusion des minorisé·e·s de genre, marginalisation des précaires. C’est pourquoi nous trouvons urgent de construire un après-Covid19 nourri des pensées et actions écoféministes.

Nous vivons de façon évidente une crise écologique : l’articulation entre la propagation du virus, la mondialisation et la destruction de notre écosystème a été maintes fois mise en exergue ces derniers temps. Les actions humaines ont modifié le climat et gravement dégradé les écosystèmes naturels, terrestres et marins, rendant la terre inhabitable pour un grand nombre d’espèces.

Pendant ce temps-là, le nombre de réfugié·e·s climatiques est sans cesse en augmentation, les pauvres s’appauvrissent, des femmes sont exploitées et violentées, des communautés minoritaires sont prises pour cible.

Pourtant, dans les nombreuses réflexions sur « l’après-Covid19 », on constate l’absence de l’écoféminisme et la difficulté des courants féministes français à s’emparer de la question écologique. Or depuis les années 70, les écoféminismes sont à la convergence de l’action écologique et des luttes féministes.

En Amérique Latine, en Afrique ou en Inde, des mouvements lient défense des terres et des groupes minorisés de genre, de classe ou de race depuis longtemps ; ils montrent qu’une critique décoloniale est indispensable dans la construction d’une société nouvelle. Ils sont une source d’inspiration propice à la reconstruction de nouveaux modèles sociétaux.

Face au virus, ce sont majoritairement les femmes qui sont exposées : aides-soignantes, infirmières, caissières, couturières, femmes de ménage, auxiliaires de vie. La crise remet au centre la question du care, désignant l’ensemble des activités de soin de l’autre, vitales et pourtant continuellement dévalorisées, invisibles, faiblement rémunérées, assignées à des femmes bien souvent racisées.

Comme l’explique Christiane Taubira, « ce qui fait tenir la société, c’est d’abord une bande de femmes », tandis que des hommes en télétravail cherchent à retrouver le chemin de la croissance à tout prix dans les conseils d’administration des grosses entreprises.

Alors ce fameux « monde d’après », qui galvanise tant d’imaginaires, se dessinera-t-il avec les femmes ? Avec les minorisé·e·s, les LGBTQI+, les sans papiers, les migrant·e·s ? C’est maintenant que l’écoféminisme a un rôle à jouer, une place à prendre et que ses voix doivent être entendues.

Femme qui proteste à la Fashion Week de Londres pour PETA – Crédit : Clem Onojeghuo

L’écoféminisme est un mouvement politique et philosophique hétérogène qui établit une corrélation entre la destruction des écosystèmes par le capitalisme et l’oppression des femmes par le patriarcat.

Ses courants sont nombreux (spiritualistes, décoloniaux, vegans, matérialistes…) mais tous encouragent la construction de mondes qui ne détruiraient ni les humain·e·s, ni les natures au sein desquelles ils·elles vivent. Pour cela, sortons de cette opposition entre nature et culture qui relègue les femmes, mais aussi les personnes racisé·e·s, les queers, les personnes en situation de handicap, et bien d’autres du côté de la « nature » justifiant leur exploitation de la même façon que les sols, les plantes ou les océans.

Les écoféminismes nous invitent à croiser les luttes, à intégrer nos émotions face aux catastrophes qui ne vont cesser de croître : le désarroi d’un·e parent·e qui voit ses enfants avaler des pesticides à la cantine, l’impuissance des paysan·nes qui assistent à la construction d’un projet d’enfouissement nucléaire à côté de chez elles·eux, le désespoir d’une personne trans privée d’un emploi dans la fonction publique à cause de son genre.

Les écoféminismes sont présents là où des minorités entrent en lutte contre une logique patriarcale, guerrière, qui exploite le vivant : des mouvements de femmes en lutte contre l’implantation de Monsanto en Argentine, contre la déforestation en Inde, contre l’extraction du charbon en Afrique du Sud, contre le nucléaire comme aux États-Unis dans les années 80 avec la Women’s Pentagon Action ou plus récemment à Bure, en France.

Manifestation des Bombes Atomiques à Bure

Nous devons repenser entièrement la division sexuée mais aussi racialisée du travail.

Pour cela, des projets de terres écoféministes, des chantiers en mixité choisie, des communautés, des cercles de paroles, des conférences, des week-ends se mettent en place depuis longtemps partout dans le monde et depuis peu en France, mais aussi en Belgique et en Suisse.

Nous demandons des fonds pour la recherche écoféministe et la construction de projets écoféministes dans des espaces divers, qui vont des zones rurales aux centres-villes, sans oublier les quartiers populaires, pour un écoféminisme pluriel et connecté à nos différentes réalités sociales et raciales.

Être écoféministe, ce n’est pas seulement pratiquer le tri sélectif, le DIY ou devenir végétarien·ne, c’est aussi lutter contre l’asservissement des femmes, des minorisé·e·s et du vivant. C’est une critique radicale de la structure oppressive de la société dans le but de nous en libérer toustes.

Les mouvements écoféministes se nourrissent de la création artistique, de la désobéissance civile, des luttes pour la terre, des traditions anarchistes, des mouvements de gouvernance partagée où l’on s’extrait de la hiérarchie : ils inventent une nouvelle façon d’exister et de faire de la politique ensemble. Nous sommes convaincu·e·s que c’est précisément ce dont nous avons besoin aujourd’hui.

Selma Muzet et Marie Bécue
Avec les précieux conseils de nos co-signataires, en particulier ceux de Myriam Bahaffou et Catherine Larrère.

Crédit : Callum Shaw

Liste des signataires :

Marie Toussaint, Eurodéputée écologiste, co-fondatrice de Notre Affaire à Tous

Clotilde Bato, Présidente de Notre Affaire à Tous

Jules Falquet, Sociologue et féministe

Lamya Essemlali, Présidente France de Sea Shepherd

Pascale d’Erm, Auteure de Sœur en écologie et de Natura

Valérie Cabanes, Juriste internationaliste, auteure de Homo Natura, en harmonie avec le vivant

Jeanne Burgart Goutal, Philosophe, enseignante et autrice d’Être écoféministe

Myriam Bahaffou, Chercheuse en philosophie et études de genre et militante écoféministe

Pablo Servigne, Auteur

Catherine Larrère, Philosophe, spécialiste en philosophie de l’environnement

Charlotte Marchandise, Femme politique, adjointe à la maire de Rennes, autrice

Gauthier Chapelle, Ingénieur agronome et docteur en biologie, auteur

Geneviève Azam, Économiste et essayiste

Élodie Nace, Militante climat

Agnès Sinaï, Journaliste, fondatrice de l’Institut Momentum, enseignante à Sciences Po

Lisa Azuelos, Réalisatrice

Flora Magnan, Co-fondatrice de RiseFor

Annie Lahmer, Conseillère Régionale EELV

Solène Ducretot, Co-fondatrice du collectif Les Engraineuses

Arthur Keller, Expert des risques systémiques et des stratégies de résilience

Mathilde Julié Viot, Militante féministe cofondatrice de Chair Collaboratrice

Elise Thiébaut, Féministe, auteure et journaliste

Voix Déterres, Écoféminismes en germes, collectif écoféministe intersectionnel pour la justice environnementale

Grégory Poinsenet, Co-fondateur de Sorry Children

Laurie Debove, Rédatrice en chef de La Relève et la Peste

Charlotte Soulary, Membre de la Coordination des Verts mondiaux

Fatima-Ezzahra Ben-Omar, Militante féministe

Des Bombes Atomiques, Collectif féministe et antinucléaire

Gwennyn Tanguy, Conférencière gesticulante écologiste et féministe

Association Qwinz, Agir contre les violences faites aux femmes

Afro-Fem, Association afroféministe

Elena Souvannavong, Militante écoféministe, co-fondatrice du collectif La Vulva

Magali Payen, Fondatrice de « On Est Prêt »

Emmanuel Cappelin, Réalisateur et producteur

Nathalie Blanc, Directrice de recherche au CNRS, directrice du Centre des Politiques de la Terre

Héloïse Prévost, Sociologue chercheuse, co-réalisatrice du film « Femmes rurales en mouvement »

Hélène Guétat-Bernard, Professeure de sociologie de l’enseignement supérieur agricole, Membre du réseau Arpège

Genevieve Pruvost, Sociologue en études de genre et du mode de vie écologique

Magali C. Calise, Chercheuse en philosophie

Caroline Michon, Anthropologue spécialiste des questions de genre en Inde et militante Alternatiba

Caroline Goldblum, Autrice de Françoise d’Eaubonne et l’écoféminisme

Adrien Moisson, Fondateur de Wild Immersion

Camille Etienne, Fondatrice de « Graine De possible »

Julien Didier, Militant queer et écologiste

Bénédicte Allaert, Membre de Mycelium

Vincent Wattelet, Écopsychologue connecté à l’écosystème Mycelium et actifs dans divers mouvements associatifs belges

Pascale Barret, Artiste queer, activiste écoféministe, membre du parlement interne chez Ecolo Belgique

Nathalie Grandjean, Philosophe féministe, Université de Namur, Belgique

Association Sophia, Réseau belge d’études de genre

Nathalie Grandjean, Docteure en philosophie, chercheuse senior en Science & Technology Studies, administratrice de Sophia, le réseau belge des études de genre

Marine Allard, Réalisatrice de « Ni les Femmes Ni la Terre ! »

Lucie Assemat, Réalisatrice de « Ni les Femmes Ni la Terre ! »

Coline Dhaussy, Réalisatrice de « Ni les Femmes Ni la Terre ! »

Joanne Clavel, Chargée de recherche au CNRS, LADYSS, humanités environnementales

Mounia El Kotni, Docteure en anthropologie médicale et culturelle de l’Université de l’Etat de New York à Albany, postdoctorante au Cems-EHESS Paris

Gabriel Sampaio, Responsable du groupe EELV de Vincennes-Saint-Mandé

Tatiana Halley, Chargée de développement local, Membre de « Nous Toutes »

Amandine Hancewicz, Présidente de l’association Parents & Féministes

Carine Rolland, Médecin, membre du Conseil d’Administration de Médecins du Monde

Cécile Entremont, Écopsychologue, féministe et auteure de S’engager et méditer en temps de crise

Céline Astrié, Autrice et metteuse en scène, Festival Sauvageonnes! Fabrique des imaginaires et agirs écoféministes

Samantha Brangeon, Spécialiste résilience Climatique

Virginie Hallot, Comédienne, Metteure en scène, scénariste

Natalia Kovachevski, Photographe et militante LGBTQI

Paloma Moritz, Journaliste indépendante et engagée

Johnny Delort-Dedieu, Enseignant formateur égalité filles-garçons et école inclusive

Valentine Rinner, Co-fondatrice du collectif Oh My Goddess !

Caroline Delboy, Co-fondatrice de Disco Soupe

Fanny Hugues, Doctorante en sociologie (EHESS) et militante écoféministe

Inès Roulet, Co-fondatrice de l’association Écoute Mieux

Isis Plateau De Croÿ, Designeuse, co-fondatrice de l’association Écoute Mieux

Anne-Laure Bonvalot, Maîtresse de Conférences en Littératures hispaniques et autrice de Zèbres

Martin Kern, Militant écologiste, expert évaluation des programmes humanitaires d’urgence

Marie Renault, Militante et conférencière

Margot Lauwers, Chercheuse écologie et féminismes

Athane Adrahane, Philosophe et artiste

Emmeline Werner, Membre du groupe écoféministe ØkoKøn à NOAH, Friends of the Earth Denmark

Claire Poinsignon, Militante écoféministe et facilitatrice de cercles de femmes

Arnaud Blondel, Artiste chorégraphique et chercheur en danse

Boris Libois, Membre d’Extinction Rebellion Belgium

Pauline Fousse, Éditions le passager clandestin

Josépha Mariotti, Éditions le passager clandestin

Julie Gorecki, Universitaire et activiste féministe pour la justice climatique, UC Berkeley

Véronique Servais, Chercheure en anthropologie des relations humains-non humains, Université de Liège

Violeta Salvatierra, Chercheuse en danse et praticienne somatique (Rolfing)

Marine Legrand, Chercheure, écrivaine

Marina Pirot, Artiste somatique

Claire Carré, Fondatrice de Roseaux Dansants, association d’Ecologie profonde

Bénédicte Meillon, Enseignante-chercheuse spécialiste d’écopoétique

Julie Perrin, Maîtresse de conférences en danse, IUF, Université Paris 8

Caroline Touchette, Militante écoféministe

Oleñka Carrasco, Écrivaine et photographe

Béatrice Michel, Journaliste

Astrid Modera, Doctorante en philosophie

Delphine Masset, Etopia, Conseillère à la prospective

Catherine Geeroms, UCLouvain

Claire Gavray, Sociologue et enseignante en études de genre, Université de Liège

Marie-Astrid Lissoir, Altermondialiste féministe, CollectiVe femmeS

Nina Lombardo, Militante, comédienne et photographe

Aurore Morillon, Artiste et membre du PornProcess, militante pour Holobionte

Louise Buneafuente, Comédienne

Nathalie Rjewsky, Comédienne

Olivia Szwarcburt, Coordinatrice de Rencontre des Continents, Mères au Front

Ilios Kotsou, Auteur, docteur en psychologie

Caroline Lesire, Coordinatrice d’Emergences, co-initiatrice des Mères au Front

Isabelle Godesiabois, 108 Empreintes – Rebelle XR, Extinction Rebellion Charleroi

Grégory Wispelaere, 108 Empreintes – Rebelle XR, Extinction Rebellion Charleroi

Caroline Bonfond, Réalisatrice et écoféministe

Marion Lambert, Comédienne

Corinne Mommen, Jardinière et facilitatrice de Travail qui relie

Emeline Seyler, Militante écoféministe

Marie-Claude Roncoroni, Assistante sociale, thérapeute et facilitatrice en écopsychologie

Alice Cohen, Psychologue

Claire Revol, Docteure en philosophie, Maîtresse de conférences à l’Université de Grenoble Alpes

Laëtitia Toulout, Communicante, militante écoféministe

Eléonore Colpin-Lafuma, Étudiante en art

Marjolein Moreaux, Activiste chez Extinction Rebellion

Laura Silva-Castañeda, Chercheuse indépendante en sociologie de l’environnement

Carine Decuypere, Sorcière, écopsychologue et Rebelle (XR Belgium)

Kelly Odette Dochy, Militante écoféministe

Aurore Guieu, Spécialiste des questions de genre et inégalités

Léa Guichard, Militante écoféministe

Typhaine Domercq, Artisane engagée dans l’écologie

Aurélie Ceinos, Spécialiste Résilience Climatique

Garance Scharf, Documentariste

Fleur Lequatre, Militante écologiste et féministe

Sylvain Naudin, Artisan de la culture libre

Rhéa d’Almeida, Eco-infirmière, directrice d’une micro-éco-crèche

Philippe Ricordeau, Médecin, militant écologiste

Estelle Brochard, Artiste et militante écoféministe

Béatrice Rabot, Docteur en biologie et militante pour une agriculture paysanne

Anne Duchêne, Ecologiste Féministe

Constance Rimlinger, Doctorante en sociologie à l’EHESS

Sonia Glasberg, Architecte et scénographe

Sandrine Piazza, Artiste et jardinière

Collectif Saint-Denis Ville au Cœur

19 mai 2020 - Laurie Debove
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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Animal Livre-Journal - N°5 Notre cinquième numéro ANIMAL vient de paraître. Primatologue, philosophe, journaliste, avocat, président d’ONG… animent avec force nos textes afin de nous raconter l’envers du décor du peuple animal. Des dernières découvertes en termes d’intelligence, d’émotion et de culture en passant par le trafic d’espèces sauvages ou encore la captivité animale et bien d’autres sujets, ce livre dresse un constat alarmant sur le monde animal. Dans moins de 20 à 30 ans, ce monde féérique qu’est le peuple animal n’existera plus, anéanti par l’Homme et le réchauffement climatique. On ne peut changer notre regard sans être informé, sans cela le peuple Animal disparaîtra à tout jamais.
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