Une étude révèle une légère augmentation des populations d’espèces d’oiseaux insectivores après l’interdiction, en 2018, de certains insecticides à base de néonicotinoïdes.
Cette étude parue le 15 novembre dans le journal Environmental Pollution nous prouve que des mesures concrètes ont des impacts bénéfiques pour le monde vivant. Merles, fauvettes à tête noire ou encore pinsons des arbres ont bénéficié d’un répit salvateur après que la France ait bannit l’usage des néonicotinoïdes en agriculture, en 2018.
L’étude, publiée dans la revue Environmental Pollution, a analysé les données de plus de 1 900 sites répartis sur l’ensemble de la France, recueillies par des ornithologues bénévoles qualifiés dans le cadre du Recensement des oiseaux nicheurs de France. Les données ont été divisées en deux périodes : les cinq années précédant l’interdiction, de 2013 à 2018, et la période suivant son application, de 2019 à 2022.
Résultat : la population d’oiseaux insectivores en France a augmenté de 2 % à 3 % en 2022, quatre ans après l’interdiction par l’Union européenne de l’utilisation des néonicotinoïdes dans les champs. Une timide remontée porteuse d’espoir.
Le chercheur principal, Thomas Perrot de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité à Paris, a déclaré au quotidien britannique The Guardian : « Même une augmentation de quelques points de pourcentage est significative ; cela montre que l’interdiction a fait une vraie différence. Nos résultats indiquent clairement que l’interdiction des néonicotinoïdes est une mesure de conservation efficace pour les oiseaux insectivores. »
Son équipe a analysé les données relatives à 57 espèces d’oiseaux sur ces sites, chacun mesurant 2 km sur 2 km. Sur ceux traités aux pesticides, il y avait 12 % d’oiseaux de moins que sur ceux où aucun néonicotinoïde n’avait été utilisé. D’autres animaux insectivores, comme les petits mammifères, les chauves-souris et même les poissons, ont également pu en bénéficier, a déclaré Perrot.
Les néonicotinoïdes sont des insecticides systémiques, absorbés par les plantes et présents dans tous leurs tissus, rendant ainsi toute partie de la plante toxique pour les insectes qui s’en nourrissent. Introduits dans les années 1990, ils se sont rapidement répandus en Europe et ont provoqué des mortalités massives d’abeilles dès le début des années 2000, en France et en Allemagne.
Ces substances chimiques, même à faibles doses, affectent l’orientation et le butinage des abeilles. A tel point que cette mortalité est devenue un enjeu majeur de santé publique, d’où leur interdiction en 2018 par l’UE pour la quasi-totalité de leurs usages en extérieur, malgré une forte opposition de l’agro-industrie.
« La faible reprise observée après l’interdiction est logique », a déclaré Perrot. « Les néonicotinoïdes persistent dans les sols pendant des années et peuvent continuer à affecter les insectes. »
Les chercheurs ont plus particulièrement analysé l’imidaclopride, le néonicotinoïde le plus vendu en France avant son interdiction. Récemment, les agriculteurs ont échoué à obtenir la réautorisation de l’acétamipride mais il continue d’être utilisé dans les maisons. Il ne sera plus en vente comme biocide contre les fourmis, cafards ou autres nuisibles domestiques en Europe, à partir de 2027.
« Globalement, nos résultats suggèrent qu’il faudra plusieurs décennies pour que les populations d’oiseaux insectivores se rétablissent. Mais nous pensons que c’est normal, car des études sur d’autres pesticides comme le DDT montrent que la plupart des populations d’oiseaux mettent entre 10 et 25 ans pour se rétablir complètement. »
Pour les chercheurs de l’étude, réduire massivement l’utilisation de pesticides et restaurer les habitats semi-naturels contribuera au rétablissement des populations d’oiseaux.
Un autre monde est possible. Tout comme vivre en harmonie avec le reste du Vivant. Notre équipe de journalistes œuvre partout en France et en Europe pour mettre en lumière celles et ceux qui incarnent leur utopie. Nous vous offrons au quotidien des articles en accès libre car nous estimons que l’information doit être gratuite à tou.te.s. Si vous souhaitez nous soutenir, la vente de nos livres financent notre liberté.