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A69 de Castres-Toulouse : 500ha de terres agricoles détruites pour un aller-retour à 20 euros

D’après les associations locales – étude indépendante à l’appui –, il faudrait simplement « réaménager la route existante », la RN126, pour la rendre « plus sûre, plus fluide et plus rapide ».

« Des moissons, pas du goudron ! » Par ce mot d’ordre, le collectif La Voie Est Libre cherche à rassembler les habitants du Tarn contre le projet d’autoroute Castres – Toulouse, de plus en plus contesté.

Imaginée en 2006, la future A69 est censée relier la « Petite Venise du Sud » (Castres, sous-préfecture du département) à la bretelle autoroutière de Verfeil (Haute-Garonne), celle qui conduit ensuite à Toulouse.

Long de 54 kilomètres, ce nouveau tracé répondrait, selon les services de la préfecture de région, à trois objectifs : désenclaver le sud du Tarn (économie) ; offrir un gain de temps aux usagers (entre 15 et 30 minutes, suivant les estimations) ; améliorer la sécurité routière en éloignant la route des zones urbanisées. 

Depuis que le nouveau tronçon a été déclaré d’utilité publique, en 2018, un contrat de concession a été signé avec l’opérateur privé NGE pour construire et gérer la future autoroute.

En visite dans le Tarn, fin septembre 2021, le Premier ministre, Jean Castex a annoncé que le chantier démarrerait à la mi-2023, pour un coût d’un demi-milliard d’euros.

Date « ambitieuse » de mise en service : 2025. Tarifs de l’A69 : 15 à 20 euros l’aller-retour.

L’autoroute des aberrations

Conçue à ce qui semble aujourd’hui une autre époque, l’autoroute Castres – Toulouse nourrit une opposition croissante, plébiscitée, et de mieux en mieux organisée.

Dans le Tarn, plusieurs collectifs tels que La Voie Est Libre, Pas d’Autoroute Castres-Toulouse ou RN126, qui rassemblent des centaines de citoyens, dénoncent les aberrations environnementales et économiques de la future infrastructure, et tentent de proposer un « projet alternatif » qui serait davantage en accord avec la réalité et les enjeux locaux.

Il y a d’abord l’aspect foncier : l’A69 nécessitera d’artificialiser des centaines d’hectares de terres naturelles ou agricoles (entre 350 et 500, parmi les meilleures du département), tout en en rendant des centaines d’autres inexploitables, du fait de leur proximité avec une source de pollution.

Le tracé fragmentera en outre les habitats des espèces sauvages, certaines protégées, et balafrera le paysage.

Il y a ensuite les « externalités négatives ». La nouvelle autoroute exigera des millions de mètres cubes de remblais, et donc l’ouverture de carrières. Par sa seule existence, elle augmentera le recours à la voiture et incitera les Tarnais à éloigner un peu plus leur lieu de travail de leur domicile, là où la tendance devrait être à la relocalisation.

À ce « trafic induit » s’ajoutera ce qu’on pourrait qualifier un « bâti induit » : certaines zones commerciales seront étendues, des quartiers résidentiels créés, ce qui poussera les élus à concevoir des routes et des infrastructures supplémentaires… à l’infini.

Enfin, les opposants à l’A69 alertent sur les désagréments pratiques qu’engendrera le nouveau tronçon : dès l’inauguration de celui-ci, la route actuelle, nationale, sera « déclassée » en départementale, ce qui aura pour effet de ralentir la circulation et de forcer les usagers à se reporter vers l’autoroute, dont le montant est « profondément antisocial et discriminatoire », note La Voie Est Libre.

Un aménagement plus vertueux

Vidéo parodiant le film Don’t Look Up (« A69 : déni tarnais »), pétitions, contre-expertises, manifestations, brochures : les collectifs de citoyens du Tarn ont récemment multiplié les actions contre ce grand projet inutile et imposé, dont la course paraît inéluctable.

Fin avril, La Voie Est Libre a distribué aux habitants des communes situées le long du tracé plus de 5 000 exemplaires d’un « livret d’information » assez remarquable, en ce qu’il ne se contente pas de contester l’autoroute, mais propose un projet alternatif qui aurait les mêmes avantages que l’A69 sans en avoir les inconvénients.

D’après les associations locales – étude indépendante à l’appui –, il faudrait simplement « réaménager la route existante », la RN126, pour la rendre « plus sûre, plus fluide et plus rapide ».

Avec le contournement des zones denses, la sécurisation des croisements dangereux, la création de voies temporaires de dépassement (etc.), on réduirait l’artificialisation des terres à une centaine d’hectares, tout en fournissant « quinze points d’entrée » aux usagers, contre seulement cinq sur la future A69.

Réaménagée, la route coûterait moins cher au contribuable et resterait gratuite. Qui plus est, au lieu d’être absorbés dans le nouveau tracé, les dix kilomètres de déviation réalisés autour des villages de Soual et Puylaurens, ces dernières années (55 millions d’euros), seraient conservés au profit de la collectivité.

Bref, « il ne s’agit pas de refuser systématiquement tout aménagement quel qu’il soit, mais bien de peser dans une balance, la plus objective possible, les coûts (financiers et environnementaux) par rapport aux gains supposés (temps de trajet, développement économique) », résume La Voie Est Libre.

Un grand rassemblement aura lieu à Teulat ce dimanche 8 mai. Le collectif devrait y rendre publique une lettre ouverte adressée à Emmanuel Macron. Une résistance qui prend une ampleur nationale : face à la multiplication des projets routiers sur le territoire, les différents collectifs impliqués dans des luttes partout en France se retrouveront les 21 et 22 mai, à Montpellier et en Normandie.

Augustin Langlade

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