Énième mise en demeure de la préfecture du Tarn à l’encontre d’Atosca/NGE. En cause dans son arrêté du 31 août, la non conformité des rejets dangereux de la centrale d’enrobage à chaud de bitume installée à Puylaurens, pour le chantier de l’autoroute Toulouse-Castres.
« Les vapeurs qui s’échapperont des cheminées des centrales sont de la vapeur d’eau », affirmait avec aplomb Atosca en 2023.
Moins d’un an après l’installation de deux usines qui fabriquent le revêtement de la future autoroute, à Puylaurens et Villeneuve-lès-Lavaur, de graves manquements ont été révélés sur l’une d’elles. C’est ce que détaille l’arrêté préfectoral du 31 août : les fumées rejetées par la centrale d’enrobage de Puylaurens sont non conformes.
Fin juin, les COV CMR (composés organiques volatiles, cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques) ont été mesurés à une concentration de 5,71mg/Nm3 pour un seuil à 2mg/Nm3. Le monoxyde de carbone (CO) atteint 693 mg/Nm3 au lieu de 500 mg/Nm3.
Un manque d’information troublant
Pire, des relevés antérieurs ont montré des dépassements, sans que le public en soit informé. Ce que n’explique pas uniquement des procédures très lentes entre les mesures, leurs analyses et les rapports.
Ainsi la dernière mesure mettant en évidence les dépassements a été effectuée à la demande d’Atosca le 29 juin, le rapport a été produit le 30 juillet mais n’a été transmis à la préfecture que le 25 août.
Alain Hébrard du collectif LVEL souligne que l’attention des pouvoirs publics avait pourtant été attirée dès la mise en route des deux centrales en 2025 sur la dangerosité connue des rejets et sur le fait que l’autocontrôle qui est la règle depuis 2019 posait problème. Dès le départ, les riverains s’étaient inquiétés.
Aujourd’hui, Marc du collectif Lauragais sans bitume est en colère : « Nous sommes mis devant le fait accompli, c’est presque par hasard que nous avons eu connaissance de l’arrêté de la préfecture ! »
Le collectif avait pourtant établi des liens « privilégiés » avec les autorités chargées du projet via des comités de suivi qui se sont réunis jusqu’au début de l’été. L’absence d’information sur des mesures problématiques laissent donc perplexes les membres du collectif au regard des conséquences des matières analysées sur le corps humain : cancers, défauts génétiques héréditaires, troubles de la reproduction.
Ces résidus se déposent dans les jardins, les piscines de zones résidentielles, mais aussi sur les productions potagères et agricoles vendues à des consommateurs laissés dans l’ignorance.
Dormez, tout va bien…
En réponse à nos questions posées par mail, Atosca se défausse. Avec la même légèreté qu’il avait annoncé des rejets de « vapeur d’eau » il décide, en s’appuyant sur ses mesures ponctuelles, que tout risque sanitaire est exclu. Faut-il préciser qu’une mesure à un instant t ne prend pas en compte l’accumulation des éléments nocifs rejetés ?
Le concessionnaire dit mener depuis juillet une vérification complète de l’installation, « des réglages et actions correctives nécessaires ». Sans toutefois arrêter la production dans l’attente des prochains contrôles…
Même confiance affichée du côté de la mairie de Puylaurens (en faveur de l’A69 depuis le début) qui estime que puisque ses propres capteurs n’ont rien révélé de suspect, notamment à l’école, il n’y a pas lieu de s’inquiéter.
La préfecture met en demeure Atosca de respecter les limites réglementaires des rejets d’ici le 17 septembre, sous peine de sanctions, notamment l’arrêt temporaire de la production.
Mais avec l’ouverture prévue de l’A69 le 15 octobre, le concessionnaire, en accord avec la préfecture qui lui offre un sursis après l’avoir alerté par deux fois, pourrait poursuivre, au mépris de la santé des riverains et des normes sanitaires.
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