À Mexico, le plus grand parc urbain du monde remplacera un projet d’aéroport international

Le « Parque Ecológico Lago de Texcoco » devrait couvrir 12 300 hectares, soit 36 fois la superficie du Central Park de New York (341 hectares), l’un des plus grands parcs urbains du monde.
28 octobre 2020 - Augustin Langlade
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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Là où devait s’ériger un nouvel aéroport international, la capitale mexicaine a choisi d’aménager un gigantesque parc écologique, qui pourrait servir de modèle aux projets d’écologie urbaine à travers le monde. 

Au sud-est du Mexique, la mégapole de Mexico, qui abrite plus de vingt millions d’habitants, fait partie des dix plus grandes capitales du monde. Face à l’afflux de voyageurs dans l’aéroport de Benito-Juárez (presque 50 millions par an), qui a atteint les limites de ses capacités, les deux précédents gouvernements mexicains, ceux de Enrique Peña Nieto et de Felipe Calderón, prévoyaient de construire un nouvel aéroport international aux allures futuristes, sur le site du lac de Texcoco, une zone composée de vastes marécages que des siècles d’urbanisation n’ont jamais réussi à artificialiser complètement. 

Crédits photos : Portfolio d’Iñaki Echeverria

À l’époque préhispanique, Texcoco était la capitale du royaume des Acolhuas, un peuple qui s’installa dans la vallée de Mexico au XIIIe siècle. Centre culturel de premier ordre, deuxième plus grande ville de l’empire aztèque, Texcoco était implantée sur d’immenses zones humides, où les bandeaux de terre étaient entourés d’une myriade de lacs, petits et grands, qui fournissaient de l’eau à toute la région. Durant la première moitié du XVIe siècle, quand les colonisateurs espagnols entreprirent la conquête du Mexique, les lacs furent drainés et asséchés les uns après les autres, afin d’éviter les inondations et irriguer les cultures environnantes. C’est le début d’une gestion calamiteuse des ressources en eau, qui dure depuis des centaines d’années. D’inondations en pénuries, le pompage de l’eau dans les sols fait s’affaisser peu à peu la ville de Mexico. 

Après son investiture, en décembre 2018, le présent mexicain actuel, Andres Manuel Lopez Obrador, a mis un terme à ce projet de nouvel aéroport international, dont le coût devait s’élever à 13 milliards de dollars. Exit les bâtiments flambant neufs qu’était censé dessiner Norman Foster, l’architecte britannique « high-tech », notamment à l’origine du Millenium Bridge à Londres, ou du musée de préhistoire des gorges du Verdon. C’est désormais le projet d’aménagement d’un parc urbain géant qui a été retenu. 

Crédits photos : Portfolio d’Iñaki Echeverria

L’idée d’un parc écologique en lieu et place de cette ancienne zone humide fut proposée pour la première fois il y a une dizaine d’années, par l’architecte Iñaki Echeverria. D’abord ignoré par le gouvernement mexicain, ce projet de restauration d’espaces naturels antérieurs représente aujourd’hui l’unique solution durable pour le pays, preuve que les mentalités ont évolué. Pour les autorités publiques, l’heure est à la gestion vertueuse de l’eau, le rafraîchissement de la capitale, la restauration des habitats naturels et la sauvegarde des espèces animales et végétales. 

Le « Parque Ecológico Lago de Texcoco » devrait couvrir 12 300 hectares, soit 36 fois la superficie du Central Park de New York (341 hectares), l’un des plus grands parcs urbains du monde. Situé à 16 kilomètres du centre-ville de Mexico, sur un territoire fédéral, le futur parc écologique servira autant de refuge pour la faune et la flore que « d’infrastructure verte » à destination du public : sentiers de course et de randonnée, terrains de sport, lacs de plaisance, musée…

Des éoliennes et des panneaux solaires compenseront l’énergie nécessaire à l’entretien du parc. Enfin, d’anciens lacs seront restaurés et de nouveaux bassins créés, dans le but de récupérer les eaux pluviales d’une partie de la capitale. Le ruissellement vers des zones aquifères, sortes de réservoirs souterrains où l’eau circule librement, évitera à l’avenir les inondations. 

Crédits photos : Portfolio d’Iñaki Echeverria

Alors que les chantiers ont été lancés au début de l’année, une première section du parc pourrait être ouverte au public d’ici 2021. Le gouvernement, pressé d’acter l’annulation définitive de l’aéroport, critiquée par ses promoteurs, et de rendre irréversible la création de ces espaces naturels, espère que le parc sera entièrement achevé en 2024, année des prochaines élections présidentielles. Moins de 20 % de la construction de l’aéroport a été achevée, pour un coût de 600 millions de dollars ; l’été dernier, les immenses plaques de béton et les squelettes des bâtiments, à l’abandon, ont déjà été inondés par les eaux de pluie. L’aménagement du parc prévoit, à terme, d’immerger la piste et les fondations du terminal pour créer un lac artificiel. 

Loin de résoudre la destruction systématique des zones naturelles et l’extension progressive de l’artificialisation, le Parque Ecológico Lago de Texcoco pourrait constituer un précédent. S’il réussit (car il a de nombreux détracteurs), le projet servira d’exemple aux grandes villes du monde entier, qui se tournent de plus en plus vers l’écologie urbaine. À l’heure du changement climatique et des risques croissants de canicule, les centres urbains cherchent à se verdir, mais peinent à prendre des décisions fortes et de grande envergure. Les projets audacieux sont souvent annulés parce qu’ils contredisent une certaine urbanisation, qui place au premier plan le commerce, le transport et les infrastructures de loisir. Le parc écologique du lac de Texcoco représente donc un projet pilote qu’il s’agira de surveiller. 

28 octobre 2020 - Augustin Langlade
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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