Oxfam International a publié un rapport réaffirmant le lien entre dérèglement climatique et accroissement des inégalités. L’ONG révèle également que les premiers bénéficiaires de cette situation sont les fossoyeurs de l’environnement.
Fin octobre, Oxfam International a publié Divide Disaster, un rapport consacré aux liens entre la crise climatique et l’accroissement des inégalités dans le monde. Il rappelle que la responsabilité climatique est loin d’être équitablement répartie. Les 0,1 % les plus riches génèrent plus de pollution carbone que les 3,5 milliards de personnes les plus pauvres. Le rapport met également en lumière une dimension moins visible de la crise.
Au-delà de la destruction qu’engendre les catastrophes climatiques, elles ouvrent de nouveaux marchés qui connaissent aujourd’hui une expansion fulgurante. Pire encore, un grand nombre d’acteurs économiques qui investissent ces marchés financent, en parallèle, des activités polluantes, accentuant la crise climatique. Un cercle vicieux.
La catastrophe, un marché en pleine expansion
Alors que les événements climatiques extrêmes n’ont cessé de se multiplier et de s’intensifier au cours des dernières années, les besoins de reconstruction et de réparation sont en forte croissance. Selon Oxfam, le marché mondial de la reconstruction post-catastrophe passerait de 70 à 92 milliards de dollars par an d’ici 2029.
Entre 2019 et 2024, les entreprises figurant sur l’index Prepare and Repair de Bloomberg – qui recense les sociétés impliquées dans la lutte contre le dérèglement climatique ou dans la reconstruction – affichent une croissance bien supérieure (en moyenne + 7,5 % par an) aux acteurs économiques figurant au S&P 500 – le classement des plus grosses entreprises américaines.
En croisant l’index Prepare and Repair et la base de données Carbon Majors – qui surveille et quantifie les émissions de gaz à effet de serre des industries les plus polluantes –, Oxfam a créé un nouvel indice : le Destroy and Rebuild.
Il recense 217 entreprises qui investissent à la fois dans des activités très polluantes et dans des activités de prévention et de réparation. En 2025, ces entreprises ont encaissé en moyenne 1,8 milliard de dollars chacune, et ont reversé en moyenne 1 milliard de dollars à leurs actionnaires.
« Les ultra-riches mettent le feu à la planète, puis nous font payer les extincteurs », dénonce Amitabh Behar, directeur général d’Oxfam International.
Six grands gestionnaires d’actifs (dont Vanguard, BlackRock et State Street) représentent plus d’un quart de toutes les entreprises de Destruction et reconstruction. BlackRock et Vanguard ont des participations dans 92 % des entreprises de l’indice ; leurs investissements totaux cumulés dans ces entreprises dépassent le millier de milliards de dollars.
Quand les ultra-riches rentabilisent la misère
Un autre aspect que dénonce Oxfam est l’instrumentalisation des catastrophes par les plus riches afin de s’accaparer des territoires et de privatiser des services essentiels. Une dynamique particulièrement inquiétante au regard des conséquences funestes qu’elle a sur les populations.
À la suite du passage dévastateur de l’ouragan Maria à Puerto Rico en 2017, le gouverneur a profité de la situation pour privatiser le réseau électrique. Depuis, ce service s’est largement détérioré et le nombre de coupures de courant a largement augmenté.
Une dynamique similaire a pu être observée sur l’île de Barbuda, dans les Antilles, à la suite du passage de l’ouragan Irma en 2017. La reconstruction du littoral a notamment débouché sur sa privatisation pour construire des résidences luxueuses et un terrain de golf, privant d’accès à la mer de nombreux habitants, pourtant largement dépendants de la pêche pour subvenir à leurs besoins.
Les géants de l’industrie agroalimentaire tirent eux aussi profit du dérèglement climatique. En 2024, des pluies torrentielles causées par le phénomène El Niño ont lourdement impacté la production de cacao en Afrique de l’Ouest, faisant bondir les prix de 231 % en l’espace d’un an. Pourtant, cette hausse n’a en aucun cas bénéficié aux producteurs. Ce sont les distributeurs qui ont profité de cette crise pour maximiser leurs profits.
Cette dynamique incarne ce que la journaliste et altermondialiste Naomi Klein théorise avec le concept de « capitalisme du désastre ». Cette combine politique se sert d’événements tragiques pour imposer des mesures contestées, sans qu’une résistance ne puisse s’y opposer compte tenu de la situation.
L’urgence justifie alors de placer la rentabilité des investissements privés au-dessus des besoins de populations en situation de crise, creusant davantage les inégalités.
Mettre un terme à la logique du profit sur les ruines
À l’approche de la COP 31, qui se tiendra en Turquie du 9 au 21 novembre, Oxfam appelle les gouvernements à s’attaquer aux causes de ces inégalités. Parmi ses demandes, on retrouve notamment un appel à renforcer de manière permanente la taxation des entreprises du secteur des combustibles fossiles et à s’assurer que « les riches pollueurs paient pour réduire de manière significative et rapide leurs émissions de carbone ».
Oxfam demande également de tripler les financements consacrés à l’adaptation climatique d’ici 2035, « en privilégiant le financement public sous forme de subventions plutôt que les prêts qui aggravent l’endettement ».
Enfin, l’ONG appelle à renforcer les services publics et à mettre fin à la marchandisation des catastrophes, en limitant le pouvoir des entreprises sur les opérations d’urgence, la reconstruction et les systèmes alimentaires.
En France, Oxfam a récemment engagé une action en justice contre l’État pour dénoncer la rupture d’égalité des citoyens devant l’impôt et exiger que les ultra-riches paient enfin à hauteur de leurs moyens.
La justice climatique exige que ceux qui alimentent la crise et en tirent profit en assument le coût, plutôt que de faire peser ses conséquences sur les populations les plus vulnérables.
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