En Patagonie, les baleineaux s’échouent par dizaines. Une bactérie est dans le viseur des chercheurs. Mais l’activité humaine pourrait aussi jouer un rôle.
À Península Valdés, dans le sud de l’Argentine, la saison des naissances a tourné au funeste décompte. Depuis l’hiver austral, les carcasses de baleineaux jalonnent les plages de la côte atlantique.
Des estimations officieuses évoquent désormais plus de 300 baleines mortes, tous âges confondus. Le précédent record, établi en 2012 avec 113 baleineaux morts, est déjà dépassé.
« C’est ce qui nous permet de dire qu’il s’agit d’un événement inhabituel », explique à l’Associated Press Marcela Uhart, vétérinaire à l’université de Californie à Davis et responsable du programme qui suit ces échouages depuis 2003.
Une bactérie au cœur de l’enquête
Reste à comprendre ce qui provoque cette surmortalité. Une première piste a émergé le 16 octobre. L’Institut de conservation des baleines (ICB), citant les autorités de Chubut, a annoncé qu’une bactérie, Erysipelothrix rhusiopathiae, avait été retrouvée chez plusieurs baleineaux. Elle peut pénétrer par une plaie, passer dans le sang et provoquer une septicémie. Mais pourquoi semble-t-elle frapper si durement cette année ?
Depuis des décennies, les goélands s’attaquent aux baleines lorsqu’elles remontent respirer et leur arrachent peau et graisse à coups de bec. Les adultes ont appris à limiter leur exposition en gardant presque tout leur dos sous l’eau. Les petits, eux, n’ont pas encore ce réflexe. Leurs plaies pourraient ainsi faciliter l’entrée de la bactérie.
« Cela peut être un agent de transmission, mais pas nécessairement », nuance le chercheur Mariano Coscarella, interrogé par Radio Nuevo Día. À ce stade, prudence donc.
L’homme n’est peut-être pas étranger au phénomène. Déchets urbains et rejets de pêche offrent une manne aux goélands et ont peu à peu modifié leurs habitudes.
« Il ne s’agit pas de blâmer les goélands, mais de comprendre quelle est la responsabilité humaine à la racine du problème », insiste Diego Taboada, président de l’ICB.
La piste humaine ?
« Nous n’avons trouvé aucune preuve qu’une action humaine immédiate ait déclenché cela », tempère toutefois Mariano Coscarella.
Reste des facteurs plus diffus, en partie liés à nos activités, comme le réchauffement de l’océan ou la raréfaction des proies. Une « tempête parfaite », évoque Marcela Uhart. Plusieurs fragilités pourraient se conjuguer.
« Quand quelque chose d’inhabituel se produit, la valeur du suivi à long terme devient particulièrement claire », rappelle la vétérinaire.
Chez les adultes, une autre piste se dessine. Plusieurs sont morts en octobre et les chercheurs soupçonnent les « marées rouges », des proliférations d’algues toxiques qui remontent la chaîne alimentaire et peuvent provoquer paralysies, détresse respiratoire et mort. « Pour les adultes, nous avons une hypothèse de travail : un épisode de prolifération algale nocive », précise Mariano Coscarella.
Encore une fois, le réchauffement des eaux peut favoriser ces proliférations. L’alerte est d’autant plus préoccupante que la baleine franche australe revient de loin. Décimée par la chasse, elle est protégée depuis 1935 et Península Valdés est devenue l’une de ses grandes nurseries.
Rien ne permet encore d’attribuer cette hécatombe à l’homme. « Si la cause est liée à nos activités humaines, alors nous devons changer cela », souligne Marcela Uhart.