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Grâce à des achats collectifs, ces citoyens ont sauvé 4000 ha de forêts des coupes rases

« La société a besoin de ressources naturelles qui viennent des forêts », complète Gabriel Boccara. « Et il est possible d’y répondre, grâce à ces initiatives citoyennes éthiques et raisonnées, sans entraver la biodiversité et la régénération naturelle des forêts. » 

Créée en 2024, l’association Forêts Partagées fédère et forme des Collectifs Forestiers Écologiques (GFE). Son objectif : permettre à des citoyens, qu’ils soient expérimentés ou néophytes, d’acquérir et de gérer collectivement des parcelles forestières selon des pratiques respectueuses de la nature.

Des citoyens alarmés par les coupes rases 

Partout à travers la France, du Morvan aux Pyrénées, en passant par le Limousin et la Dordogne, des citoyens impactés par les coupes rases se regroupent pour acheter des forêts.

« Ces dix dernières années, il y a une intensification des coupes rases et une industrialisation de l’exploitation », raconte Jean-Jacques Le Creurer, cogérant du Groupement forestier Tardes et Rozeille, dans le sud de la Creuse.  « Notre région est considérée comme un lieu de ressources à extraire. »

Comme 75 % de la surface forestière de France métropolitaine est privée, l’acquisition de parcelles est perçue par beaucoup comme le moyen le plus efficace d’agir contre l’exploitation intensive des forêts.

« Finalement, c’est le propriétaire qui a le dernier mot », complète Jean-Jacques. « Est-ce qu’on coupe ou pas ? On replante ou on ne replante pas ? Qu’est-ce qu’on fait dans sa forêt ? On a donc décidé d’agir au niveau des propriétaires. On a monté un groupement forestier. »

Jean-Jacques le Creurer – Crédit : Eloi Boyé

Des collectifs aux formes diverses

Si les Collectifs Forestiers Écologiques incluent des collectifs informels, des syndicats de propriétaires ou des associations, la plupart prennent la forme de groupements forestiers (GF). Ils permettent d’acquérir en commun une ou plusieurs parcelles.

« L’un des plus vieux groupements forestiers écologique a été créé en 2003 déjà par Lucienne Haese. Elle était complètement choquée par les pratiques dans le Morvan, où ils coupaient tous les arbres pour les remplacer par des monocultures de résineux », raconte Gabriel Boccara, Coordinateur de Forêts Partagées, pour La Relève et La Peste.

En regroupant des citoyens, Lucienne a permis de sauver 270 hectares de forêts dans le Morvan. L’association Forêts Partagées soutient et forme ces collectifs.

« Ce n’est pas évident d’acheter des forêts », explique Jean-Jacques Le Creurer. « Si on fait quelque chose de vertueux sur un demi-hectare, c’est très bien, mais ça n’a pas un grand impact. On voulait pouvoir mener une action qui porte, donc on s’est mis ensemble pour pouvoir acheter des forêts. » 

Chaque membre d’un Groupement Forestier y investit en acquérant une ou des parts sociales. L’argent issu de l’exploitation du bois est alloué aux travaux sylvicoles, à la rémunération des travailleurs forestiers et au réinvestissement dans l’achat de nouvelles parcelles forestières.

« On accompagne 44 collectifs forestiers écologiques à travers la France, qui regroupent 4 300 citoyens et 4000 hectares de forêts, » explique Gabriel.

Nombre de ces groupements forestiers se trouvent dans les régions les plus touchées par les coupes rases, comme la Nouvelle-Aquitaine et la Bourgogne-Franche-Comté. Le mouvement se développe sur toute la France, pour promouvoir la sylviculture douce sur tous les territoires.

Exploiter durablement du bois 

Les Collectifs Forestiers Écologiques restent des structures de sylviculture. « L’objectif final, c’est de produire du bois, tout en préservant l’écosystème forestier dans sa globalité », résume Jean-Jacques Le Creurer.

« La société a besoin de ressources naturelles qui viennent des forêts », complète Gabriel Boccara. « Et il est possible d’y répondre, grâce à ces initiatives citoyennes éthiques et raisonnées, sans entraver la biodiversité et la régénération naturelle des forêts. » 

Dans cette recherche d’équilibre, les collectifs citoyens s’engagent à gérer leurs forêts en sylviculture mélangée à couvert continu (SMCC).

Dans ce modèle, la forêt est composée d’arbres de divers âges et de diverses essences. Elle n’est ni plantée ni rasée : les arbres à couper sont sélectionnés individuellement, en fonction de leur valeur économique et de l’impact qu’aura leur coupe sur la pousse des arbres alentour. Le couvert forestier est ainsi renouvelé en continu et l’écosystème est moins impacté.

Ce mode de gestion contribue également à préserver l’équilibre des cycles naturels de la forêt. Il prend en compte le temps long et respecte les microhabitats, notamment en préservant les arbres très âgés et les zones humides.

Enfin, cette sylviculture proche de la nature laisse la place au bois mort, essentiel à la biodiversité et à la fertilité des sols forestiers. Des arbres morts sont ainsi laissés au sol ou sur pied, ainsi que les cimes et branches de moins de 10 cm de diamètre.

Une formation de Forêts Partagés sur le terrain

Acquérir collectivement des compétences forestières 

La pratique de la SMCC demande d’importantes connaissances. Pour aider les citoyens sans compétences forestières particulières, Forêts Partagées organise des rencontres et des formations.

« L’objectif est de leur donner les bases et la confiance nécessaire pour qu’ils se lancent dans des travaux sylvicoles », explique Gabriel. « L’intérêt est qu’ils sachent par où commencer, et puissent discuter d’égal à égal avec les Entrepreneurs de Travaux Forestiers (ETF) ».

Du vendredi 9 au dimanche 11 octobre 2026, 42 personnes, représentant une trentaine de collectifs forestiers citoyens et écologiques se sont réunis dans les Vosges pour échanger leurs expériences, à l’occasion de la 3e édition des Rencontres d’Automne de Forêts Partagées.

« C’est toute la force du collectif qui s’exprime ! Ensemble, on peut lever les obstacles pour préserver et gérer des forêts ! », conclut Gabriel.

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Eloi Boye

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