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202 communes des Pyrénées s’opposent à la coupe des forêts pour faire voler des avions

« On vit une sécheresse hors-norme depuis mai, et on vient taper sur nos ressources forestières et en eau ! »

Dans le bassin industriel de Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques, deux projets de production de biocarburants suscitent une opposition grandissante parmi la population et les élus. Après une canicule estivale historique, des incendies forestiers et un automne marqué par des risques de pénuries d’eau, les habitants dénoncent un « pillage des ressources » en bois et en eau.

Le premier de ces projets décriés vise à produire du bioéthanol, le second des biocarburants pour l’aviation. Dans les deux cas, le bois constitue la majeure partie de la matière première.

Ces deux projets bénéficient du soutien de l’État. Le 9 juin 2026, la préfecture des Pyrénées-Atlantiques a autorisé le projet NACRE. Moins d’un mois plus tard, le 6 juillet, le projet E-CHO a été déclaré « d’intérêt national majeur ». 

Le Collectif d’Associations de Défense de l’Environnement (CADE) et La Sepanso 64, en accord avec le collectif Forêts Vivantes Pyrénées, ont déposé un recours auprès du Conseil d’État, le 7 septembre 2026, pour contester le statut de projet d’Intérêt National Majeur accordé à E-CHO par décret, le 6 juillet 2026.

Des élus locaux opposés aux projets 

Si l’État favorise la réalisation de ces projets, ceux-ci suscitent une opposition importante parmi les citoyens et les élus du territoire.

“Jamais ces dernières décennies un projet industriel n’avait été aussi fortement contesté sur le bassin de Lacq, un territoire pourtant très habitué aux sites industriels d’envergure et sensible aux promesses de reconversion face à la fin programmée des activités liées à l’extraction de gaz”, précise le CADE.

Plus de 1 000 personnes s’étaient rassemblées samedi 10 octobre devant la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, à Pau à l’appel du collectif Forêts Vivantes Pyrénées, qui regroupe 78 organisations. Objectif : interpeller l’État et défendre les ressources du territoire, en particulier l’eau, contre les projets NACRE et E-CHO.

« En tant qu’élu et en tant que citoyen engagé, je suis un farouche opposant à ce projet », s’insurge Louis Benoit-Gracia, maire de la commune de St-Goin et vice-président de la Communauté de communes du Haut-Béarn. « Nous avons un territoire riche en ressources, avec de belles forêts, de belles sources et on est en train de l’esquinter ». 

Louis Benoit-Gracia, maire de la commune de St-Goin et vice-président de la Communauté de communes du Haut-Béarn

À ce jour, 202 communes, soit 37 % de celles du département des Pyrénées-Atlantiques, ont déjà voté des motions contre ces projets. « D’autres sont en train d’y réfléchir, » assure Louis Benoit-Gracia, qui constate une amplification de l’opposition côté Béarn.

Côté basque, l’opposition a été vive dès l’annonce du projet E-CHO. La Communauté d’Agglomération Pays Basque (CAPB) s’y est officiellement opposée, en adoptant le 29 mars 2025, une motion « contre les prélèvements de biomasse sur la forêt basque ».

Les inquiétudes des élus : les volumes d’eau prélevés, le rejet d’eau dans le Gave à une température plus élevée que lors de son arrivée dans l’usine, et à l’impact global du projet sur le milieu, notamment en période d’étiage.

L’usine NACRE doit s’implanter à Lacq. NACRE appartient au groupe IFPEN (Institut Français du Pétrole – Energies Nouvelles) qui a contribué au développement de la technologie Futurol. Cette innovation a été soutenue par l’État via une aide de BPI France (Banque publique d’investissement) à hauteur de 29,9 millions d’euros sur un total de 76,4 millions d’euros.

« Les élus du Pays basque sont opposés au pillage de la ressource en bois, importante pour l’économie et l’identité du Pays basque », explique Jacques Descargues, ancien secrétaire général de l’Office national des forêts (ONF) et adhérent de Forêts Vivantes Pyrénées ainsi que du CADE.

« Côté Béarn, c’était plus compliqué, parce que les porteurs des projets apportaient des promesses d’investissements et d’emplois. Mais de plus en plus d’élus ont une prise de conscience du fait que ces projets sont inutiles et dangereux ».  

« Nous les béarnais, on a mis un peu plus de temps », confirme Louis Benoit-Gracia, « mais c’est en train de changer. Politiquement, on se regardait un peu : il y avait une projection de 200 emplois en direct créés par le projet E-CHO. Mais à quel prix doit-on créer de l’emploi ? Pendant ce temps, en Haut-Béarn, on a un hôpital qui ferme des lits et des suppressions de postes dans les écoles ».  

Le projet E-CHO porté par Elyse Energy est une plateforme industrielle de 2 milliards d’euros sur le bassin de Lacq (Pyrénées-Atlantiques). Il vise à produire 200 millions de litres par an de carburants de synthèse (kérosène et méthanol durables) à partir d’électricité, d’hydrogène et de biomasse forestière.

Une grave menace pour la ressource en eau 

Ces deux projets industriels exerceraient une pression importante sur les ressources forestières du territoire, mais aussi sur les ressources hydriques, déjà mises à mal par les sécheresses.

«  Le projet E-CHO est à contre-sens de l’épisode climatique que l’on vit », constate Louis Benoit-Gracia. « On vit une sécheresse hors-norme depuis mai, et on vient taper sur nos ressources forestières et en eau ! »

Ces projets mobiliseraient en effet des volumes importants d’eau : environ 400 000 m³ par an pour NACRE et 2,2 millions de m³ par an en moyenne pour E-CHO, selon les estimations les plus récentes d’Elyse Energy, l’entreprise qui porte le projet, avec un maximum annoncé de 3,1 millions de m³.

« Rapportée au débit du Gave de Pau, cette consommation représente moins de 1,5 % de la ressource disponible, y compris en période d’étiage et en tenant compte des projections climatiques à l’horizon 2100 », affirme Elyse Energy.

« Le gave de Pau a atteint fin septembre l’étiage le plus bas jamais enregistré », rétorque Jacques Descargues. « Il faut arrêter le gaspillage d’eau. »

« Pour qu’elles puissent être pérennes, nos ressources ne doivent pas servir à faire voler des avions mais rester pour faire vivre nos territoires avant tout », ajoute le maire de St-Goin.

Au-delà des prélèvements directs d’eau, ces projets sont également critiqués pour leurs effets sur les écosystèmes forestiers, qui jouent un rôle essentiel dans la régulation de la ressource hydrique.

« Les forêts ont un rôle de régulateur du cycle de l’eau », rappelle Jacques Descargues. « Par leur évapotranspiration et car elles permettent à l’eau de s’infiltrer dans le sol.  » 

Interrogée par La Relève et La Peste en février 2025, la PME Elyse-Energy avait confirmé qu’il faudra couper 14 000 ha de forêts les 5 premières années pour alimenter les usines.

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Eloi Boye

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