Vous cherchez un média alternatif ? Un média engagé sur l'écologie et l'environnement ? La Relève et la Peste est un média indépendant, sans actionnaire et sans pub.

Canicule : des médecins portent plainte contre la dangereuse inaction du gouvernement

« C’est intolérable de recevoir des patients fragiles, alors qu’il fait plus de 40 °C dans les chambres. Les perfusions ne tiennent même pas à cause de la transpiration qui empêche le maintien des pansements. En pédiatrie, c’est encore pire. »

Après les canicules à répétition qui ont ponctué cet été et bouleversé le quotidien dans les hôpitaux et les Ehpad, le syndicat Jeunes Médecins porte plainte contre X pour des faits susceptibles de relever de la mise en danger de la vie d’autrui et attend des solutions concrètes de la part de la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, pour l’été 2027.

« Il est inacceptable que notre gouvernement ne se préoccupe pas des conséquences du réchauffement climatique. La plupart des hôpitaux, Ehpad et cabinets libéraux ne sont pas climatisés, alors que la chaleur entraîne une surmortalité », déplore Anna Boctor, pédiatre spécialisée en maladies respiratoires et allergiques de l’enfant à Vence, auprès de La Relève et La Peste.

Elle est aussi la présidente du syndicat Jeunes Médecins, qui entend lutter contre l’inaction du gouvernement. Les effets de la chaleur sont multiples, provoquant une hausse des admissions aux urgences et des hospitalisations, mais également des décès.

Le triste bilan de l’été reste à déterminer, mais d’ores et déjà Santé publique France rapporte 300 décès en excès fin mai, au moment du premier épisode de fortes chaleurs, et plus de 7 000 entre le 17 juin et le 22 juillet.

Des conditions de travail encore plus dégradées

« On ne mesure pas à quel point les fortes chaleurs peuvent avoir des effets néfastes sur la qualité des soins », indique la pédiatre. « C’est intolérable de recevoir des patients fragiles, alors qu’il fait plus de 40 °C dans les chambres. Les perfusions ne tiennent même pas à cause de la transpiration qui empêche le maintien des pansements. En pédiatrie, c’est encore pire. C’est extrêmement compliqué de travailler dans ces conditions. »

Selon le syndicat Jeunes Médecins, les fortes chaleurs ont aussi entraîné des reports d’examens et de dépistage, avec de potentielles pertes de chance pour les patients.

« Certains appareils, comme les IRM ou les scanners peuvent surchauffer et devenir inutilisables », détaille Anna Boctor.

Avec des températures élevées à l’hôpital et à leur domicile, certains soignants n’ont aucun moyen de récupérer et doivent parfois assurer des gardes de 24 heures à 40 °C. Toute cette fatigue accumulée se répercute nécessairement sur la qualité des soins.

« D’autant que les soignants doivent gérer le rafraîchissement des patients. Cela requiert un temps considérable de passer dans toutes les chambres pour donner à boire aux patients, les rafraîchir, leur fournir des linges mouillés… », décrit la pédiatre.

« C’est quelque chose dont on ne parle pas, qui est essentiel, mais qui ajoute du temps de travail aux soignants, déjà débordés. »

Des moyens insuffisants en réponse aux canicules

Fin juin, le gouvernement a annoncé une enveloppe de 100 millions d’euros d’aide immédiate pour équiper les établissements, 30 000 climatiseurs d’appoint ayant été promis.

« Cette annonce a suscité de nombreuses questions au sein de notre syndicat, restées sans réponse, concernant la répartition du budget par établissement, les critères et modalités retenus, le type de matériel prévu… », souligne la présidente, rappelant que la France compte 1 340 hôpitaux publics, qu’il faut équiper l’ensemble des chambres et que les climatiseurs mobiles représentent une solution inadaptée à l’hôpital. « Sur le terrain, mes collègues n’ont jamais vu la couleur de ses climatiseurs… »

Le syndicat Jeunes Médecins déplore aussi le manque d’anticipation et l’absence de volonté du ministère de la Santé de mener une réflexion collective avec les représentants des professionnels de santé et des patients.

« Au lieu de cela, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, nous a convoqués le 9 juillet, du jour au lendemain et plus d’un mois après le premier épisode de chaleur », raconte Anna Boctor, ne cachant pas sa colère. « Elle nous a présenté un plan d’actions, élaboré entre bureaucrates, qui vise surtout à gérer le flux de patients, c’est-à-dire à réquisitionner tous les personnels de santé, y compris ceux en vacances. »

La pédiatre ne peut s’empêcher de souligner l’ironie de la situation alors que le ministère de la Santé publiait fin mai son plan pour la santé des professionnels de santé.

Mais pas d’inquiétude : « dans dix ans, 100 % des hôpitaux seront adaptés au réchauffement climatique », a indiqué le 24 juin Stéphanie Rist sur France 2.

Une annonce hors sol, avec une échéance bien trop lointaine étant donné les épisodes caniculaires voués à se répéter, qui a choqué la présidente du syndicat Jeunes Médecins.

La pédiatre constate qu’« aucune étude de faisabilité ne semble avoir été réalisée en vue de climatiser correctement les hôpitaux, alors que de nombreux aspects sont à prendre en compte, aussi bien au niveau électrique que sanitaire, et que de nombreux établissements publics sont vétustes ».

Une détermination à lutter contre l’impunité

Face à ces constats catastrophiques et à l’inaction du gouvernement, le syndicat Jeunes Médecins a déposé une plainte contre X afin que la justice établisse des responsabilités, pour des faits susceptibles de relever de la non-assistance à personne en danger et de la mise en danger de la vie d’autrui.

Le syndicat a par ailleurs envoyé une mise en demeure à Stéphanie Rist début août, un moyen juridique d’exiger une réponse de sa part dans les deux mois.

« La justice est le meilleur moyen de maintenir un bras de fer dans le temps et nous sommes déterminés à aller au bout de notre action pour que cette irresponsabilité ne reste pas impunie », promet Anna Boctor. « Nous souhaitons convaincre les associations de patients et les autres syndicats de professionnels de santé de se joindre à nous. »

Le syndicat Jeunes Médecins compte aussi sur un soulèvement citoyen durable pour faire pression sur le gouvernement. « Les gens sont en colère après cet été, personne ne veut revivre ça », assure la pédiatre.

S’informer avec des médias indépendants et libres est une garantie nécessaire à une société démocratique. Nous vous offrons au quotidien des articles en accès libre car nous estimons que l’information doit être gratuite à tou.te.s. Si vous souhaitez nous soutenir, la vente de nos livres financent notre liberté.

Charlene Catalifaud

Faire un don
"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

Votre soutien compte plus que tout

Eau, un nouveau livre puissant qui va vous émerveiller 💧

Notre livre Eau vous invite à prendre conscience que l’eau est à l’origine de toute vie sur Terre et qu’elle est aujourd’hui une ressource rare et menacée. Cette magnifique photographie le rappelle très bien. Sans elle, les cellules, les plantes et les êtres ne seraient pas apparus. Nous devons tout faire pour la protéger.

Après une année de travail, nous avons réalisé l’un des plus beaux ouvrages tant sur le fond que sur la forme.

Articles sur le même thème

Revenir au thème

Pour vous informer librement, faites partie de nos 80 000 abonnés.
Deux emails par semaine.

Conçu pour vous éveiller et vous donner les clés pour agir au quotidien.

Les informations recueillies sont confidentielles et conservées en toute sécurité. Désabonnez-vous rapidement.

^