En France, les écosystèmes sont à bout après le cinquième épisode de canicule de l’année. Face aux sécheresses récurrentes, il faut les soulager avec un changement radical : en finir avec la frénésie de la tondeuse à gazon.
En juin, la Ville de Bayonne avait provoqué l’émoi en rasant « par erreur » un jardin pédagogique scolaire vieux de 14 ans. En cause : la méconnaissance effarante des agents des espaces verts de la ville, incapables de faire la différence entre verveine, bourrache, pommes de terre, courges et herbes indésirables…
Iban, furieux, avait rapporté à La Relève et La Peste : « C’est un écocide causé par une vision hygiéniste de la nature, qui ne laisse pas la place à la biodiversité et aux herbes hautes. » Avec 40°C ce jour-là, les microorganismes ont probablement tous péri, sur au moins les cinq premiers centimètres du sol.
C’est hélas ce qu’on entend encore partout, y compris dans les campagnes, « l’herbe haute, ça fait pas propre ». Faudra-t-il détruire toute forme de vie pour que les fanatiques de la tondeuse à gazon aient enfin un sentiment de « propreté » ?

Image du haut : le jardin du voisin qui passe la tondeuse dès que l’herbe pousse

Image du bas : mon jardin, dont seules les allées ont été tondues depuis le début des canicules en mai 2026. Les pollinisateurs sont nombreux s’y réfugier durant les canicules. Date : 13/08/2026
Le temps presse. Partout dans l’Hexagone, les sols subissent une sécheresse massive. Selon l’Observatoire européen de la sécheresse (EDO), plus de 85 % du territoire était placé en situation de vigilance ou d’alerte sécheresse à la mi-juillet 2026, contre environ 65 % à la même période en 2025 et moins de 2 % en 2024, un été exempt de sécheresse généralisée.
Alors que juillet 2026 a été le troisième mois le plus sec, avec un déficit de pluies de près de 70%, la situation ne cesse de se dégrader. Au 1er août, la quasi-totalité (94%) des réserves souterraines en eau de la métropole présentait des niveaux en baisse, selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).
Jamais observé en France : 43% des petits cours d’eau sont actuellement en rupture d’écoulement ou victime d’assec. « C’est la situation la plus critique jamais enregistrée à cette période » de l’année, selon l’Office français de la biodiversité (OFB).
Les images satellites impressionnantes montrent une France asséchée, où le vert manque désespérément. Face aux sécheresses répétitives dans l’Hexagone, il devient urgent de changer radicalement les habitudes d’entretien paysager. Et surtout : laisser les herbes hautes.
Des mesures bien connues indiquaient ainsi que sur le même terrain, une herbe non coupée maintient le sol à environ 19,5 °C, tandis qu’une herbe coupée à 10 cm élève cette température à 24,5 °C. Un sol nu en plein été peut atteindre plus de 40 °C.
Avec ses racines plus profondes, l’herbe haute stabilise le sol, réduit le ruissellement des eaux de pluie et favorise l’absorption de l’eau par le sol. Les brins hauts retiennent les gouttes d’eau de la rosée matinale qui glissent ensuite vers les racines. Ce dernier point devient crucial alors que nous devons apprendre à ralentir l’eau pour la retenir plus longtemps, et qu’elle ait le temps d’hydrater les sols.
Grâce aux herbes hautes, l’arboriculteur Lucas Crochon n’a jamais irrigué sa parcelle en trois ans. Le secret de son succès : planter en profondeur dès l’automne pour un meilleur enracinement, intercaler des arbres entre les allées pour maintenir l’humidité, orienter spécifiquement des planches de culture et, surtout, garder l’herbe haute lors de la tonte.
« L’herbe étant haute, elle protège la terre du soleil, ce qui conserve l’humidité et crée une zone de refuge pour les auxiliaires. C’est un avantage de multiplier les sources dès le début, pour ne pas manquer d’eau », constate-t-il pour France3Régions. « J’ai conçu ma parcelle de façon à anticiper l’avenir, pour ne pas être pris au dépourvu en cas de grosse sécheresse. »
Un pari réussi. Cet été, malgré des pics de températures atteignant près de 40 degrés, ses petits fruits n’ont pas souffert de la sécheresse.
Au-delà des bienfaits pour le cycle de l’eau, les herbes hautes servent de gîtes aux insectes pollinisateurs, aux petits mammifères, aux oiseaux, à tout un florilège de vies indispensables à l’équilibre d’un jardin. De quoi s’assurer de longues heures de contemplation entre les couleurs, formes et textures qui offrent un spectacle nouveau à chaque saison.
Veiller à laisser des allées et juguler certaines espèces envahissantes est amplement suffisant dans l’entretien d’un jardin. Les herbes hautes : plus de temps libre, moins d’effort et plus de vie.
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