Sous la coquille que l’on retrouve souvent dans nos assiettes se cache un organisme aux capacités sensorielles dignes d’un système optique et nerveux complexe. Dotée de dizaines, voire de centaines d’yeux, capable de détecter des substances chimiques dans l'eau et de percevoir les vibrations de son environnement, elle possède un arsenal sensoriel bien plus sophistiqué qu'on ne l'imagine.
Jusqu’à 200 yeux pour surveiller les dangers
En observant une coquille Saint-Jacques vivante ouverte, on distingue au bord de son manteau de petits points bleutés : ses yeux. Selon les espèces, elle peut en posséder jusqu’à 200. Contrairement à l’œil humain, ils reposent sur un miroir microscopique composé de cristaux de guanine, formant un système optique capable de produire des images et de détecter les mouvements.
Des travaux publiés dans Science, en 2017, ont montré que chaque œil fonctionne comme un système à miroir concave, proche d’un télescope miniature naturel.
Moins précise que celle des vertébrés, cette vision suffit néanmoins à repérer l’approche d’un prédateur, notamment une étoile de mer. En cas de danger, la coquille Saint-Jacques peut refermer instantanément sa coquille ou se déplacer par propulsion d’eau.
Ce système visuel, à la fois singulier et efficace, illustre la diversité des solutions développées par l’évolution pour percevoir le monde et inspire aujourd’hui des recherches en optique bio-inspirée.
Une perception du monde sans nez ni oreilles
La vision n’est qu’une partie de son système sensoriel. La coquille Saint-Jacques n’a ni nez ni oreilles, mais elle perçoit malgré tout son environnement grâce à la chimioréception, un système de cellules sensorielles réparties sur ses tentacules, son manteau et ses branchies.
Il lui permet de détecter la présence de prédateurs et de réagir aux changements du milieu, sans qu’il s’agisse d’un odorat au sens strict. Elle perçoit aussi les vibrations et les mouvements de l’eau grâce à la mécanoréception, ce qui lui permet de détecter un danger avant même de l’avoir vu.
Une sentinelle de la santé des océans
Au-delà de ses étonnantes capacités sensorielles, la coquille Saint-Jacques est aussi un véritable indicateur de l’état des océans. Sa coquille conserve des traces de sa croissance quotidienne, que les scientifiques peuvent analyser pour reconstituer les conditions dans lesquelles elle a vécu. Ces stries permettent notamment de détecter l’impact de la pollution, des proliférations d’algues toxiques ou encore des variations de température.
Véritable archive naturelle, elle offre ainsi aux scientifiques un regard unique sur les transformations des océans au fil du temps.
Loin d’être un simple coquillage, la coquille Saint-Jacques révèle un organisme encore loin d’être entièrement compris. Si sa structure est aujourd’hui bien décrite, ses systèmes sensoriels continuent d’interroger les biologistes.