Au Vietnam, empêcher une femme de travailler peut désormais coûter cher. Depuis le 1er mai 2026, le pays sanctionne les personnes qui entravent l'activité professionnelle d'un membre de leur famille pour des raisons liées au genre. Une mesure qui vise à combattre des stéréotypes encore bien ancrés malgré des décennies de progrès en matière d'égalité.
Une amende pour ceux qui empêchent les femmes de travailler
Le gouvernement vietnamien a adopté le décret 76/2026, qui prévoit une amende pouvant aller de 5 à 10 millions de dôngs vietnamiens pour toute personne qui entrave l’activité économique d’un membre de sa famille, au motif qu’elle est une femme.
Concrètement, la mesure vise les situations dans lesquelles un membre de la famille empêche un autre d’exercer une activité génératrice de revenus pour des raisons liées au genre. La réforme s’inscrit dans un dispositif plus large de lutte contre les discriminations entre les femmes et les hommes.
Le décret 76 veut ainsi éradiquer le sexisme en interdisant toute une série de comportements, dont ceux qui imposeraient les corvées ménagères aux femmes, décideraient à leur place pour la contraception, les empêcher de créer leur entreprise ou à proférer des insultes misogynes contre des femmes occupant des postes à responsabilité.
Avec 75,9 % de femmes actives, le Vietnam se situe aussi au-dessus de la moyenne en Asie, de 71,6 %. Cependant, seules 19,4 % des entreprises vietnamiennes sont dirigées par des femmes [25 % en France, selon les données de la Banque de France], et celles-ci ne sont actionnaires majoritaires que dans 19,7 % des cas.
Le nouveau texte renforce également les pouvoirs de la police pour assurer le respect de ces dispositions.
Des stéréotypes encore bien présents
Le Vietnam dispose déjà d’un cadre juridique relativement avancé en matière d’égalité de genre. Pourtant, comme dans de nombreux pays, les pratiques sociales évoluent souvent moins vite que les textes de loi.
Selon un rapport régional 2024 sur l’Asie du Sud-Est, publié par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le Vietnam s’est doté d’un cadre juridique relativement favorable à l’égalité entre les femmes et les hommes. Mais les normes sociales restent tenaces.
Les femmes continuent notamment d’être davantage associées aux responsabilités domestiques et familiales, ce qui contribue à perpétuer des inégalités dans la société. Un contraste frappant dans un pays où le taux de participation des femmes au marché du travail atteignait environ 69 % en 2024, selon les données de la Banque mondiale.
À l’échelle mondiale, un rapport publié en 2024 par ONU Femmes souligne que les femmes continuent d’assumer une part disproportionnée du travail domestique non rémunéré, un facteur clé de limitation de leur autonomie économique et de leurs perspectives professionnelles.
Quand les lois tentent de faire évoluer les mentalités
Cette nouvelle sanction traduit une tendance observée dans plusieurs pays : utiliser le droit non seulement pour protéger des droits existants, mais aussi pour faire évoluer des comportements discriminatoires.
Au Vietnam, s’il est interdit de faire des avortements sélectifs fondés sur le sexe de l’enfant, il est toujours possible d’en obtenir. Résultat, en 2025, on comptait 900 naissances de filles pour 1 000 garçons, alors qu’elles étaient 935 en 2007.
Si la mesure envoie un signal politique clair, elle ne règle pas à elle seule les inégalités structurelles. L’autonomie économique des femmes reste conditionnée à la fois par les opportunités sur le marché du travail et par la persistance de normes sociales profondément ancrées.
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