Plusieurs syndicats de l’information dénoncent une situation inquiétante. Plans sociaux qui se multiplient, salariés et pigistes remplacés par l’IA, pression des propriétaires de médias qui sont aussi des entrepreneurs, financiers ou industriels font craindre pour la qualité de l’information transmise au public.
Des emplois de plus en plus menacés
Depuis décembre 2025, les acteurs de la presse magazine ou régionale ont annoncé la suppression de près d’un millier d’emplois, menaçant la pérennité de nombreuses rédactions. Depuis le mois d’avril, un plan de licenciement a cours au sein du groupe Bayard/Milan.
Le Syndicat National des Journalistes (SNJ) déplore 638 suppressions de postes annoncés depuis le mois de mars et s’attend à 300 ou 400 disparitions de plus avec l’arrivée d’un autre plan massif chez Ebra, le premier groupe de presse régionale (Le Dauphiné, Les Dernières Nouvelles d’Alsace, Le Progrès,etc.)
Cette saignée dans les médias depuis quelques mois explique l’urgence donnée à l’appel du 18 juin 2026. Le SNJ, la Filpac-CGT, SGJ-FO, Culture Sud Solidaires, la CFDT, SNPEP-FO ont organisé à Paris, Toulouse et Montpellier une journée de protestation sur l’avenir et la forme des métiers de l’information.
Signe de l’inquiétude des professionnels, mais aussi plus largement du public et des associations liées à la liberté d’expression, les Clubs de la presse, ACRIMED, la SAIF, la LDH ou encore Amnesty International France soutiennent cette initiative.
Contre la soumission aux algorithmes et à l’IA
A Toulouse, où les salariés de Milan (filiale de Bayard) sont venus témoigner de la brutalité du PSE qui les touche depuis avril, on pouvait lire sur les pancartes, outre les slogans évidents « Moins de journalistes, plus de fake news » ou « Notre précarité, c’est votre désinformation », un nouveau venu : « IA = Information Artificielle ».
En effet, l’utilisation de l’IA entraîne des suppressions de postes massives, comme cela a été le cas pour le magazine Le Point en 2025 (32 salariés et 26 pigistes réguliers ont été licenciés). Ou comme annoncé cette année chez Info Pro Digital qui produit de l’information pour les professionnels et a remplacé ses secrétaires de rédaction, soit 19 journalistes en CDI au total, par l’IA pour neuf de ses titres. Et ce, alors que le groupe avait réalisé des bénéfices avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement (Ebitda) de 38,4 millions d’euros en 2024 !
Un journaliste fait en outre remarquer que, depuis la montée en puissance des sites d’informations sur Internet, les habitudes d’écritures ont changé. Elles doivent désormais se conformer aux consignes de SEO (Search Engine Optimization) pour un bon référencement sur Google, et donc aux algorithmes de celui-ci. Ce qui implique une baisse de qualité du travail journalistique, une uniformité, un manque de profondeur et finalement… d’information.
L’indépendance des rédactions sur le fil
La Relève et La Peste, avec l’affaire qui l’oppose au géant pharmaceutique Pierre-Fabre, est bien placée pour savoir qu’il est périlleux pour une rédaction de mettre en cause de grandes entreprises. Dans un contexte où les procédures bâillon se multiplient, la prise de contrôle des médias par des grands patrons inquiète à juste titre. Nous vous décrivions ainsi l’ingérence des neuf milliardaires qui contrôlent 90% de la presse française ici.
Face à ces véritables empires, force est de constater que la loi anti-concentration de 1986 pèche par son manque d’application. Qu’un industriel, un banquier, possède son journal n’est pas nouveau ; mais la pression exercée désormais par les propriétaires milliardaires ultra-conservateurs sur les rédactions, le contenu des articles, l’orientation politique peut aussi conduire à des licenciements, un manque de visibilité sur le titre pour les équipes comme pour le public.
L’information est un bien commun à défendre, martèlent les syndicats : « Les journalistes, c’est l’assurance-vie de la démocratie. »
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