Sur le plateau de Millevaches, des habitants s’opposent à l’installation d’une porcherie industrielle près du lac de Vassivière. Ce plan d’eau artificiel de 1000 hectares, principal pôle touristique de Creuse, risque d'être pollué par le lisier issu des 1200 cochons que pourrait accueillir la ferme-usine de 1000 m². Le projet est porté par deux éleveurs bovins souhaitant agrandir et diversifier leur activité, dans le cadre d’une adhésion à la coopérative porcine Cirhyo, déjà implantée dans 33 départements.
Une opposition massive et quasi unanime
Depuis deux ans, de nombreux habitants se mobilisent pour empêcher l’implantation de la coopérative sur cette ferme située au cœur du Parc Naturel Régional de Millevaches en Limousin. En 2024, le collectif Non à la porcherie du lac a lancé une pétition qui a recueilli plus de 70 000 signatures.
Samedi 9 mai, plus de 300 personnes se sont réunies au bord du lac, sur la commune de Royère-de-Vassivière, pour protester contre l’installation de la porcherie.
Dans le cortège, composé d’habitants aux profils très divers, mais aussi de touristes attachés au territoire, beaucoup dénoncent les futures conditions d’élevage des animaux, qui seraient détenus dans des espaces réduits, sur caillebotis, sans accès à l’extérieur.
« Ça s’inscrit dans une culture extractiviste et productiviste, qui n’a aucun respect pour le vivant, dénonce Ophélie, membre du collectif Non à la porcherie du lac. Ça dénature totalement le travail des agriculteurs et des éleveurs. »
Un débat sur le modèle agricole
À travers l’opposition à l’implantation de cette coopérative, les habitants souhaitent élargir le débat sur le type d’agriculture souhaitée sur le territoire. Aujourd’hui, le Plateau de Millevaches est surtout marqué par la présence d’élevages bovins et ovins en plein air. Certains de ces éleveurs étaient présents à la manifestation.
« Cirhyo n’est pas une coopérative de producteurs qui se regroupent pour améliorer leurs conditions de travail et de rémunération, estime Ophélie. C’est vraiment une grosse machine qui n’a pour unique objectif d’augmenter son chiffre d’affaires en se moquant bien des conditions de travail et d’existence des éleveurs ».
Issue de plusieurs fusions successives, Cirhyo est devenue un acteur important de la filière porcine française. Depuis avril 2026, la coopérative, qui vend 1 363 000 porcs par an grâce à ses 480 adhérents, participe d’ailleurs à la fixation du prix du porc en France.
Les opposants pointent le fait que les éleveurs se trouveront enserrés dans des dépendances multiples : des conseils techniques aux directives de la coopérative, en passant par les cours du porc et des céréales.
« La coopérative va venir coloniser des fermes et capter la richesse en ubérisant les éleveurs, estime Ophélie. C’est ce qu’on appelle une filière intégrée : les éleveurs ne seront plus que des prestataires de service de Cirhyo. »
Des enjeux économiques contradictoires ?
Les opposants mettent également en avant les dégradations environnementales générées par le projet. Il prévoit en effet l’épandage du lisier produit par les 1200 cochons sur des parcelles agricoles, sur un territoire maillé par de nombreux cours d’eau et trois importants lacs, dont celui de Vassivière. Ce lisier, en apportant un excès d’éléments nutritifs dans les cours d’eau, pourrait favoriser le développement de cyanobactéries, dangereuses pour la santé humaine et animale.
Or, le lac de Vassivière, le plus vaste du Limousin, est au cœur du projet de développement touristique défendu par les pouvoirs publics locaux et régionaux.
De nombreux acteurs politiques et économiques, vent debout contre le projet, mettent notamment en avant les importants investissements réalisés pour développer le tourisme autour du lac et améliorer les systèmes d’assainissement afin de limiter les risques de pollution.
Alain Rousset, président de la région Nouvelle-Aquitaine, qui a investi 15 millions d’euros pour développer le tourisme autour du lac, s’est ainsi déclaré opposé au projet dans les colonnes de La Montagne. Le Conseil régional a pourtant voté une aide financière pour le projet.
Face à l’ampleur de l’opposition et deux jours avant la manifestation, le préfet de la Creuse, Jean-Philippe Legueult, a annoncé prolonger de deux mois l’étude de la demande d’autorisation de la porcherie.
« Il a fini par comprendre les enjeux. Il y a 2 gros acteurs économiques qui sont en train de s’affronter, estime Ophélie : Le Tourisme et L’agriculture. D’un point de vue financier, le tourisme, c’est des centaines d’emplois. Abîmer ça pour même pas un équivalent temps plein ça pose un petit problème de comptabilité. »
Les opposants à la porcherie attendent la décision préfectorale qui devrait être rendue au plus tard le 17 juillet.
Si la plupart des acteurs politiques et institutionnels locaux s’opposent au projet, il est en revanche défendu par la branche départementale de la FNSEA.
« Si tous les agriculteurs sont dans les clous et si tous les feux sont au vert, alors le préfet doit donner son accord. Sinon ça veut dire qu’on est plus chez nous, » a déclaré Christian Arvis, président de la FDSEA de la Creuse, rapporte Le Canard enchaîné dans un article du 16 avril.
“Nous aussi on est aussi chez nous, rétorque Ophélie. On a aussi le droit de vivre, de pouvoir se baigner, d’avoir de l’eau potable de qualité. Désolé.e.s d’exister. ”
En cas d’autorisation du projet, les opposants se disent déterminés à poursuivre la mobilisation, à entamer des procédures judiciaires et à fournir des preuves des pollutions générées par l’épandage de lisier.