Depuis 1970, les populations d’animaux sauvages ont chuté de 73 %, mais certains territoires résistent encore. Selon un récent rapport de L'UNESCO publié en avril 2026, les 2 260 zones protégées qu’il désigne maintiennent des niveaux relativement stables de biodiversité et jouent ainsi un rôle crucial de résistance face à l’érosion du vivant.
2 260 sanctuaires pour la biodiversité
Le rapport « Vivre avec la nature dans les sites désignés par l’UNESCO : contributions mondiales et locales » révèle 2 260 sites vivants où les humains et la nature coexistent, du Dja au Groenland, façonnés par les menaces climatiques, la gestion communautaire et les savoirs autochtones.
Patrimoine mondial, réserves de biosphère, géoparcs : ce réseau s’étend sur plus de 13 millions de km², plus vaste que la Chine et l’Inde réunies. Leur importance écologique est majeure puisqu’ils abritent plus de 60 % des espèces recensées dans le monde, dont près de 40 % n’existent nulle part ailleurs.
Mais leur rôle ne se limite pas à la conservation. Ces espaces sont aussi des régulateurs climatiques majeurs. Leurs forêts contribuent à hauteur de 15 % à l’absorption annuelle de carbone forestier à l’échelle globale.
Des territoires où nature et sociétés coexistent
Dans ces lieux, la nature n’est pas séparée de l’humain : elle coexiste avec lui. Environ 900 millions de personnes y vivent, soit près de 10 % de la population mondiale. On y recense plus de 1 000 langues, signe d’une richesse culturelle étroitement liée aux écosystèmes.
Un quart de ces zones incluent des territoires de peuples autochtones. Une proportion qui grimpe à près de 50 % dans certaines régions comme l’Afrique, les Caraïbes ou l’Amérique latine. Le rapport met en lumière le rôle central de ces communautés dans la préservation des équilibres naturels, grâce à des savoirs et pratiques ancestrales.
Ainsi, les régions d’Araucarias (BR) et de Kütralkura (GP), au Chili, abritent plus de 120 000 habitants et de vastes forêts d’araucarias (Araucaria araucana), une espèce emblématique de l’identité nationale chilienne. Depuis des siècles, les Pehuenches entretiennent une relation ancestrale et profonde avec les araucarias, qui sont au cœur de leur culture, de leurs rituels et de leurs cérémonies, et dont la répartition correspond historiquement à leur territoire.
Sur le plan économique, ces sites ne sont pas en marge : environ 10 % du PIB mondial est généré dans ces zones et leurs environs.
90 % des espaces face à des pressions élevées
Mais ces sanctuaires ne sont pas intouchables. En une décennie, les risques liés au changement climatique ont augmenté de 40 %. Et d’ici 2050, plus d’un quart de ces sites pourraient franchir des seuils critiques irréversibles, entre disparition des glaciers, blanchissement des récifs coralliens ou transformation des forêts en sources d’émissions.
Car c’est là tout le paradoxe : ces territoires qui nous protègent pourraient, à terme, amplifier la crise. Stockant environ 240 gigatonnes de carbone, soit près de vingt années d’émissions mondiales, certains pourraient basculer de puits à sources de carbone sous l’effet du dérèglement climatique. À ces menaces s’ajoutent le stress hydrique croissant et le déplacement des espèces, qui fragilisent des équilibres écologiques parfois anciens.
Des sites oubliés des politiques climatiques
Malgré leur rôle stratégique, ces zones restent encore largement absentes des politiques climatiques. S’ils sont intégrés dans près de 80 % des plans nationaux pour la biodiversité, seuls 5 % apparaissent dans les stratégies climatiques des États.
Pourtant, agir rapidement pourrait changer la donne. Le rapport souligne qu’éviter chaque degré supplémentaire de réchauffement permettrait de réduire de moitié le nombre de sites exposés à des perturbations majeures d’ici la fin du siècle.
Face à l’urgence, plusieurs priorités émergent : restaurer les écosystèmes, renforcer la coopération internationale, mieux intégrer ces sites dans les politiques climatiques et reconnaître davantage le rôle des communautés locales.
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