Malgré l’opposition locale, la construction de l’usine Biosyl a commencé à Guéret. Cette usine va produire des granulés de bois de chauffage à partir d’arbres feuillus, dont certains sont centenaires. Pire, le choix du site menace une espèce protégée : cette zone naturelle est l’abri des crapauds sonneurs à ventre jaune.
La destruction d’espèces protégées, en toute impunité
Depuis plusieurs années, des habitants du Limousin se mobilisent contre la construction de l’usine Biosyl, à Guéret. En 2024, la découverte de crapauds sonneurs à ventre jaune par des naturalistes bénévoles et opposés au projet Biosyl avait permis l’annulation du permis de construire. Mais la rectification de ce document a entraîné la reprise des travaux en février 2026.
« Ils ont revu leur implantation de façon à ne pas impacter la zone où se trouvent les sonneurs à ventre jaune. Ils ont fait une espèce de réserve : les sonneurs à ventre jaune auront leur flaque pour pondre, mais comme ils seront dans le bruit, la poussière, les vibrations, on conteste le fait qu’ils puissent continuer à se reproduire dans ces conditions, » explique Marie-Christine Girault, présidente de France Nature Environnement (FNE) 23.
Lors d’un rassemblement festif contre l’usine Biosyl, le 10 février 2026, les écologistes avaient constaté le démarrage des travaux de défrichement. Des associations dont Canopée, France Nature Environnement 23 (FNE) et Carduelis, avaient alors déposé une plainte auprès de l’Office Français de la Biodiversité pour « suspicion de destruction d’espèces protégées et de leur habitat ».
« Suite à cette plainte, ni l’OFB [ l’Office Français de la Biodiversité ], ni la DDT, ni la DREAL [Direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement ] ne sont intervenus », affirme Ernest.
C’est pourquoi lundi 27 avril matin, une cinquantaine d’habitants ont bloqué temporairement le chantier de construction de l’usine Biosyl. « On est venus pour marquer l’absurdité de la situation qui est qu’ils détruisent des espèces protégées en toute impunité et sans aucune constatation par les pouvoirs publics ».
« Biosyl ne tient pas ses engagements »
Les associations avaient également déposé un recours d’urgence devant le tribunal administratif de Limoges, pour arrêter les travaux le temps de chercher d’éventuelles espèces protégées. Mais le tribunal administratif de Limoges a rejeté leur demande.
Le TA a validé les mesures prises par Biosyl pour limiter l’impact du chantier sur les batraciens : décalage du calendrier des travaux, la conservation de zones humides et la pose de filets anti-batraciens, censés empêcher ces animaux d’accéder au site. La décision avait été saluée par Antoine de Cockborne, PDG de l’entreprise.

Le filet à batraciens a été enseveli sous les gravats
« Biosyl avait affirmé qu’ils ne reprendraient pas les travaux avant fin août, pour laisser passer la période de reproduction et de nidification », dénonce une des membres de l’association naturaliste Carduelis. « Finalement, ils ont repris leurs travaux au mois de mars. »
« La zone humide qui est dans le bas a été drainée partiellement, ensevelie sous des buttes de terre », ajoute Ernest. « Les filets anti-batraciens aussi, alors qu’ils les avaient mis eux-mêmes en expliquant qu’ils faisaient attention à ces espèces protégées. On constate qu’ils détruisent eux-mêmes les dispositifs qu’ils mettent en place. Biosyl ne tient pas ses engagements. »
Des procédures judiciaires initiées par les associations environnementales sont toujours en cours. En attendant, les travaux se poursuivent.
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