Le 31 mars dernier, une dizaine d’exploitations agricoles ont été perquisitionnées simultanément en Charente-Maritime, près de la Rochelle, afin de déterminer si elles ont recours ou non à l’usage de pesticides interdits. Ces opérations ont eu lieu dans une région céréalière où le surrisque de cancers pédiatriques inquiète les associations environnementales.
Selon la Cellule investigation de Radio France qui a révélé l’information, « les enquêteurs ont inspecté les lieux de stockage des produits, saisi des bidons et effectué des prélèvements de sols et de culture ». Le parquet de La Rochelle, qui avait ouvert une enquête après les plaintes de deux associations environnementales en 2025, a précisé aux journalistes que le but était de trouver des traces d’utilisation de pesticides interdits.
« Nous avons décidé collectivement de ne pas commenter l’enquête en cours », précise Franck Rinchet-Girollet, porte-parole de l’association Avenir Santé Environnement, l’une des associations à l’origine de la plainte, à La Relève et La Peste.
L’association est née en 2018 à la suite de l’apparition de plusieurs cas de cancers pédiatriques sur la commune de Saint-Rogatien. Depuis 2019, la Communauté d’Agglomération de La Rochelle finance des mesures de pesticides dans l’air réalisées par Atmo Nouvelle-Aquitaine sur la plaine d’Aunis, qui mettent en évidence des concentrations particulièrement importantes d’herbicides.
Des pesticides interdits ont aussi été retrouvés dans l’air. « C’est ce qui a commencé à nous alerter sur la question agricole », raconte Franck Rinchet-Girollet.
Les alertes ont aussi concerné la qualité de l’eau, avec plusieurs aires d’alimentation de captage d’eau potable qui ont dû fermer en raison de contaminations par des pesticides.
Des traces de pesticides chez les enfants
En 2024, l’Association Avenir Santé Environnement a financé le projet citoyen NEEXT (pour Nos enfants exposés aux toxiques), qui permis de faire analyser par le laboratoire d’un hôpital public les cheveux et les urines de 72 enfants de 3 à 17 ans de six communes de l’Agglomération.
« Sur l’ensemble de la cohorte, 45 molécules différentes étaient présentes dans les cheveux des enfants et 14 dans les urines », rapporte Franck Rinchet-Girollet, des traces de pesticides ayant été retrouvées chez tous les enfants.
Selon un article du Monde, « l’acétamipride et son métabolite (issu de sa dégradation dans l’organisme) ont été détectés dans les urines de 12 enfants (17 %) ». L’acétamipride est ce fameux pesticide néonicotinoïde, interdit depuis 2018 en France, que le sénateur Laurent Duplomb a tenté de réautoriser dans le cadre de la loi qui porte son nom puis plus récemment dans une nouvelle proposition de loi.
En 2025, une étude épidémiologique financée par La Ligue contre le cancer met en évidence trois zones de l’Agglomération de la Rochelle où le nombre de cancers chez les 0-24 ans est anormalement élevé. En plus de la commune de Saint-Rogatien, deux autres foyers au niveau des communes de L’Houmeau et de Saint-Vivien ont été identifiés.
« Saint-Rogatien n’est donc pas le seul point de surincidence de cancer pédiatrique. Le fait qu’il y en ait deux autres sur la même agglomération représente une alerte supplémentaire », indique Franck Rinchet-Girollet.
Un surrisque de cancer pédiatrique
« Face à l’inquiétude citoyenne, le préfet de la Charente-Maritime s’est saisi de la question et un projet scientifique appelé ExpoScan a pu voir le jour, avec le financement d’une thèse sur trois ans », précise Franck.
Le projet implique notamment l’agence régionale de santé (ARS), le CHU de Poitiers, l’Université de Rennes, la Ligue contre le cancer de Charente-Maritime, la Communauté d’Agglomération de La Rochelle, mais aussi l’association Avenir Santé Environnement et des médecins.
Il vise à répondre à cette question précise : existe-t-il des expositions environnementales spécifiques sur des zones présentant un regroupement atypique de cas de cancers pédiatriques ?
« Le but est d’aller chercher dans toutes les matrices de l’environnement les pesticides, les métaux lourds et les PFAS afin d’obtenir une cartographie complète des polluants environnementaux et de mettre en évidence de potentielles corrélations entre ces polluants environnementaux et les surincidences de cancers documentés », détaille Franck Rinchet-Girollet.
Pour le porte-parole de l’association, « ce projet représente une victoire que l’on a mis huit ans à obtenir. C’est exactement la réponse que l’on aurait aimé avoir dès que la première surincidence de cancer a été documentée. On aimerait que la méthodologie du projet soit reproduite dans tous les territoires, afin d’adapter les politiques régionales et nationales. »
Il ne s’agit pas d’en avoir après les agriculteurs, insiste Franck Rinchet-Girollet, mais bien d’en appeler à « la responsabilité de l’État, qui autorise la mise sur le marché des produits ».
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